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Mercure - Itinéraires Culturels

On connaît surtout le château d’Angers pour la tenture de l’Apocalypse. Il faut reconnaître qu’elle est fabuleuse. Mais le château mérite tout de même de l’attention, il ne faut pas l’oublier. C’est un chef-d’œuvre d’architecture et d’organisation défensive, né dans de circonstances politiques conflictuelles importantes.

Depuis le milieu du XIIe siècle, un conflit oppose les Capétiens et les Plantagenêts. La reconquête du royaume par Philippe II Auguste après la mort de Richard Cœur de Lion (1199) sur Jean sans Terre se solde par l’éviction des Plantagenêts du continent avec des batailles célèbres comme Château-Gaillard (1204) et l’ouverture de l’ouest avec la reprise de la forteresse de Chinon en 1205. Les Plantagenêts reculent jusqu’à la bataille de Bouvines et le traité qui suit en 1214/1215. Il convient de marquer symboliquement la présence royale dans l’ouest. Chinon est modifié par Philippe Auguste dès 1205, puis de nombreuses tours « philipiennes » sont édifiées un peu partout.
Dans la capitale historique de l’Anjou, on décide l’édification d’une forteresse dès 1230, de manière à marquer le pouvoir de Saint Louis face aux bretons (alliés des Plantagenêts depuis longtemps). C’est Blanche de Castille (mère de Louis IX) qui dirige les opérations.
Nichée sur impressionnant promontoire, face à la Maine, le château possède une muraille, garnie de tours, sur 3 fronts, le front ouest, à pic, n’en ayant pas besoin. Sur les autres côtés du pentagone sont alignées 17 tours, éloignées de moins de 20 mètres chacune. Elles font plus de 12 mètres de diamètre.

Les tours, la courtine et le fossé Les tours et le chemin de ronde

Comme dans chaque château de la Loire, les matériaux locaux servent pour la construction. Cette couleur noire des murailles est due au schiste utilisé, avec des bandeaux de pierre de taille qui contrastent, mais il semble que cela ne soit que décoratif. A l’origine les tours sont plus haute de 8 mètres (par rapport à aujourd’hui), si on y ajoute les toitures et le crénelage (alternance de créneaux et d’archères). La proximité des tours rendait les armes de jet particulièrement efficaces ici. La couleur ajoute à l’aspect austère de l’ensemble tentant de dissuader d’une attaque, y compris avec les deux portes monumentales : la porte de la ville et la porte des champs.

La porte de la ville

L’enceinte fut construite en une seule fois au XIIIe siècle. Il n’en va pas de même pour les logis. Ils furent constamment remaniés. Il est encore possible de voir l’ancienne grande salle (en ruine), l’aula, du château comtal primitif, connue sans doute par les Plantagenêts, mais existante depuis le XIe siècle. Cette salle est très grande, 13 mètres de large pour 26 de long, et fut régulièrement remaniée jusqu’au XIVe siècle.

Grande salle du château comtal, XIe siècle

En revanche, le logis royal, la chapelle et le châtelet sont entièrement construits par Louis II d’Anjou et le Roi René (tirant son nom de ses prétentions sur les royaumes de Naples et des deux Sicile, de Jérusalem et de Hongrie, ajoutées à son titre de duc de Lorraine) , fin XIVe et XVe siécles. L’ensemble des logis a perdu son décor intérieur. Y sont exposées aujourd’hui quelques pièces de tapisseries et de mobilier, mais assez mineures en fait.

Le châtelet, XVe siècle La chapelle, 1410 Logis royal et chapelle

La chapelle, très élégante, construite en 1410, possède une nef unique. Nous y découvrons des éléments d’architecture remarquables : de fines nervures prismatiques courent des arcs aux piliers à peine interrompues par des chapiteaux peu marqués. Cette chapelle est une volonté de Yolande d’Aragon, femme de Louis II d’Anjou, future belle-mère de Charles VII.

Cette élégance se retrouve dans le châtelet, avec ses deux tourelles en encorbellement et ses deux pignons à choux frisés.
L’ensemble de ses constructions est disséminé dans ces imposantes murailles, dans un jardin très agréable. Il faut tout de même reconnaître que nous avons du mal à comprendre globalement l’organisation spatiale du site au Moyen Age.
Les tours des murailles visibles aujourd’hui sont différentes de celle de l’époque du roi René. Elles ont en effet été arasées à la fin du XVIe siècle pour s’adapter à l’installation de l’artillerie dans la défense. Les terrasses à feu sont abaissées d’environ 1,60 mètre par rapport à la hauteur initiale pour arriver au niveau des courtines, de manière à faciliter les circulations et protéger au mieux les canonnières. Les courtines se sont vues renforcées par des remblais de terre d’au moins 6 mètres.

Surélévation d'1,60 m. des canonnières

La promenade sur ces murailles est impressionnante, elle est aussi l’occasion d’avoir des vues exceptionnelles sur la ville et notamment sur la cathédrale Saint-Maurice.

Cathédrale Saint-Maurice vue depuis le château

Evidemment, le plat de résistance de la visite est la découverte de la tenture de l’Apocalypse. Louis Ier d’Anjou, frère du roi Charles V, fait la commande, à la fin du XIVe siècle, de cartons au peintre du roi, Jean de Bruges. C’est à lui que l’on doit la fascinante expressivité des visages de l’ensemble. Tissée dans des ateliers parisiens, de 1373 à 1382, elle encore en très bon état pour son grand âge. On peut observer la qualité exceptionnelle de ces tapisseries et le soin dans le tissage : les extrémités des fils sont cachés dans l’épaisseur du tissage, l’envers est aussi net que l’endroit.

Sur plus de 107 mètres, on découvre la quasi-totalité des scènes de l’Apocalypse selon Saint-Jean. A l’origine la tenture était composée de 6 pièces comportant chacune quinze tapisseries. Il ne manque que de rares scènes sur l’ensemble : certaines perdues, d’autres ont subi les usures du temps. Elle n’en reste pas moins extraordinaire à observer.

La tenture est maintenant exposée dans une galerie spécialement conçue à cet effet, avec éclairage et climatisation pour optimiser la conservation de ces pièces rares. Pour une bonne compréhension de la tenture, nous ne saurions trop vous conseiller de suivre une visite guidée qui sont assurées régulièrement par les agents du monuments qui sauront vous raconter l’Apocalypse et, en même temps, vous initier à l’art extraordinaire de la tapisserie. Vous pouvez aussi suivre la visite grâce à des audioguides, mais vous savez à quel point nous avons ces machines en horreur ! Un guide sera, à notre avis, toujours meilleur que ces machines.

La visite du château d’Angers est un réel plaisir pour plusieurs raisons. C’est l’occasion de déambuler sur des murailles fascinantes et dans un jardin très agréable. La chapelle possède une architecture intéressante, même si elle est malheureusement très vide.

Les logis sont par contre assez peu garnis. Les tapisseries exposées sont de qualité bien moindre que l’Apocalypse, à croire que c’est exprès pour ne pas faire d’ombre au chef-d’œuvre ! Les salles sont assez vides et sombres.

Malgré cela, c’est un site à connaître qui mérite que l’on s’y arrête. Il est clair qu’il existe peu d’endroits en France avec de telles fortifications et la tenture de l’Apocalypse vaut à elle seule le déplacement.

Voûte Plantagenêt de la cathédrale Saint-Maurice ici.
Plus d’infos : angers.monuments-nationaux.fr
par Nicolas Mémeteau publié dans : Val de Loire
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Le conseil général d’Indre-et-Loire, qui gère neuf monuments, a l’intelligence d’ouvrir un chantier de restauration à la visite au château de Chinon.

Plutôt que de fermer le monument jusqu’à la fin du chantier (prévue pour fin 2008) et perdre une grosse partie des 100 000 visiteurs annuels, le château reste ouvert toute l’année et propose un aménagement unique sur le chantier de fouille.

 

Le site n’ayant pas encore été traité dans Monumental (bientôt), quelques explications s’imposent. La forteresse de Chinon se compose en fait de trois châteaux : le fort du Coudray (château du XIIIe siècle de Philippe Auguste), le château du Milieu (époque Charles VII) et le fort Saint-Georges. L’ensemble des constructions à Chinon est assez ruiné, ce qui n’empêche pas le succès très mérité de ce site, au vu de la richesse historique et architecturale du monument. Lors d’une visite, ce sera l’occasion d’évoquer les comtes d’Anjou, les luttes entre Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion et la célèbre rencontre entre Charles VII et Jeanne d’Arc en 1429. Monumental prendra le temps d’y revenir largement prochainement.

Le chantier est très important à Chinon et aurait pu nécessité une fermeture, pendant 2 ans, comme c’est le cas pour un autre site du conseil général, au Grand Pressigny, où le musée de la préhistoire, connu nationalement, ne rouvrira que fin 2008.

 
Revue de détail des restaurations en cours à Chinon :

- Le fort du Coudray : les restaurations permettront de restituer la distribution de la tour pour une parfaite compréhension de son système défensif.

 

- Le château du Milieu : Le projet de restauration des toitures des logis royaux concerne uniquement les deux corps de bâtiment à l’ouest : grands combles et petits combles. À l’est, le troisième corps, appelé salle de la Reconnaissance, aujourd’hui presque complètement détruit, restera dans son état actuel. Le principe de cette restauration est de retrouver la silhouette traditionnelle de ces logis.

 

- Le fort Saint-Georges : Constitué actuellement de ses seuls remparts, dont le rempart sud entièrement en cours de restauration, le fort Saint-Georges sera la partie la plus visible et la plus spectaculaire de cette campagne de sauvegarde. Il accueillera un bâtiment totalement contemporain et sera désormais l’entrée principale de l’ensemble de la forteresse.

(Source : site Internet des monuments départementaux)

Cette restauration vient alors qu’une grande campagne de fouille s’est déroulée depuis 2003 et qui a permis d’enchaîner sur ces travaux de grande ampleur.

 

La visite du chantier est bien sûr payante mais pour une somme modique, de 3 €, et de nombreuses visites guidées vous permettront de découvrir un chantier de restauration dans ces moindres détails, ce qui n’est pas si courant. 
Des visites de chantier sont organisées chaque samedi et chaque dimanche, jusqu'au 30 septembre 2007. Avec un casque sur la tête, on vous explique le chantier en cours, ainsi que la politique de conservation du site.

 
Informations : Monuments-Touraine.fr
Tarif unique : 3€, gratuit pour les moins de 12 ans.
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par Nicolas Mémeteau publié dans : Val de Loire
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Une décision d’Henri IV, du 25 juin 1598, relance un certain nombre de nouveaux projets au château, connues par des dessins de Du Cerceau. Mais ces constructions ne seront jamais finies, elles s’effondreront même en partie en 1756, et le reste sera détruit une dizaine d’année plus tard.

Henri IV séjourne de nombreuses fois au château, qui conserve donc son statut de résidence royale. Louis XIII et Anne d’Autriche y passent aussi en 1616 et Marie de Médicis y est assigné à résidence par le jeune roi de 1617 à 1619. Elle s’en évade d’ailleurs dans la nuit du 21 au 22 février, profitant des travaux dans le château.

Louis XIII donne ensuite le comté d’Orléans en apanage à son frère Gaston. Ce dernier décide alors de s’installer à Blois en 1634 et de s’y faire construire un château entièrement neuf.

La conception est confié à François Mansart qui opte pour le nouveau parti à la mode : le logis en fond de cours. Les modifications, apportées par Gaston lui-même, font s’envoler le coût de la construction. La stérilité du couple royal explique l’acceptation sans sourciller des demandes financières toujours en augmentation de Gaston d’Orléans qui, en l’absence d’héritier, est, de fait, le successeur de Louis XIII.

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Mais le chantier s’arrête brutalement en 1638 après la naissance de Louis Dieudonné, futur Louis XIV. Alors que le projet comportait quatre ailes, et même des modifications sur les abords du site, seule une aile en fond de cour est construite, à la place de la « perche aux bretons » et du logis de Charles IX. Une partie du logis de François Ier est détruite, ce qui explique le non symétrie actuelle de la façade Renaissance (l’escalier n’est plus au milieu !) et la jonction maladroite entre les deux ailes.

Jonction entre les ailes François Ier et Gaston d'Orléans

Malgré l’installation définitive de Gaston vers 1652-1653, après la fronde, les travaux ne reprennent pas et il vit dans l’aile François Ier. L’avant-corps central est vide, ce n’est qu’une cage d’escalier sans escalier (il ne sera réalisé qu’en 1932 !) et des logis sans plancher ! Gaston d’Orléans meurt au château le 2 février 1660.

Cette « aile Gaston d’Orléans », même si elle n’est qu’une coquille vide, est tout de même un chef-d’œuvre de l’architecture classique et l’affirmation d’un architecte de génie du XVIIe siècle, François Mansart. La composition est caractérisée par cet imposant avant-corps en saillie, au centre, qui est en fait une énorme cage d’escalier. Le but sera d’y faire tenir le fameux escalier suspendu de Mansart.

La façade présente ce que le classique fait de mieux : la superposition des ordres sur les trois niveaux (dorique, ionique, corinthien). L’antiquité omniprésente de cette architecture se caractérise par la présence importante de colonnes et de pilastres à l’antique, avec, donc, des ordres différents selon les niveaux, sur les chapiteaux sculptés. Cette technique est déjà utilisée en France durant la Renaissance,notamment grâce à Philibert Delorme, lui-même inspiré du traité italien d’architecture de Sebastiano Serlio (1537), testé par ce dernier à Ancy-le-Franc. Ce traité a révolutionné l’architecture de la deuxième Renaissance française et sera systématisé au XVIIe, avec de grands architectes comme Salomon de Brosse, au Palais du Luxembourg à Paris. Ce palais est d’ailleurs une sorte de modèle pour l’édification de cette aile.

Détail de l'avant-corps central, colonnes doriques (RDC) et ioniques (1er étage)

Cet avant-corps présente notamment deux nouveautés : une double coupole emboîtée l’une dans l’autre et la charpente à comble brisé, qui fera école et sera réutilisé durant tous les XVIIe et XVIIIe siècles.

Double coupole emboîtée de la cage d'escalier

Le portique concave vient adoucir la saillie de l’avant-corps, avec toujours la présence forte de colonnes cannelées, comme sur les temples antiques, à la différence près que certaines cannelures ne sont pas terminées, puisque le chantier s’est arrêté du jour au lendemain.

Abandonné par Louis XIV, la Régence pense un temps y faire venir en exil le parlement, vers 1720. Le projet est abandonné la destruction est même programmé en 1788, date à laquelle le ministère de la guerre propose d’y installer un régiment.

La Révolution fait disparaître la statue équestre de Louis XII ainsi que la quasi totalité des armoiries et emblèmes royaux. La démolition est à nouveau envisagé, avant que Napoléon décide de céder le monument à la ville de Blois, le 10 août 1810. Malgré la présence militaire, l’aile François Ier est ouverte à la visite sous la Restauration. Les visiteurs sont de plus en plus nombreux, notamment Hugo, Balzac et Dumas. Le concierge du château est alors chargé de la visite et son imagination débordante fait naître quelques légendes qui ont encore la vie dure, comme les oubliettes et les fameux placards à poison de Catherine de Médicis.

Les monuments historiques de Mérimée décident en 1844 la réhabilitation du château et c’est Félix Duban qui est chargé des études préalables. On lui doit de splendides aquarelles du château, avant restaurations. Duban est ensuite en charge du chantier de restauration, secondé par Jules de la Morandière, qui a déjà officié à Chaumont-sur-Loire (v.article), dans les années 1840.

Ce chantier fera date, puisque Duban décide la complète « recréation » des intérieurs de l’époque Renaissance, d’après des estampes d’époque ou des travaux d’érudits comme Louis de la Saussaye par exemple. Il s’appuie aussi sur la recherche de motifs textiles existant au XVIe siècle et sur sa connaissance des décors polychromes italiens de l’Antiquité romaine, de la Renaissance italienne et de l’expérience de son précédent chantier, celui de la Sainte-Chapelle. Il en reste des décors idéalisés, rêvés disent certains, en tout cas, extrêmement colorés, comme ils pouvaient l’être à l’époque de François Ier. Il redéfinit aussi, de fait, la distribution intérieure, mais ne recrée pas de mobilier. Cette philosophie fait école et sera employé dans les années suivantes dans presque tous les châteaux de la Loire, comme Chenonceau, Chaumont, Azay-le-Rideau, Amboise, Langeais, Le Lude ou Meillant.

Le reste du château, aile Louis XII, chapelle Saint-Calais et salle des Etats, est restauré sous le second empire et se poursuit jusqu’à la mort de Duban en 1871. L’aile Gaston d’Orléans devra attendre. Le projet de Duban, que souhaite réaliser Jules de la Morandière n’est pas du goût de Viollet-le-Duc. L’escalier ne sera donc réalisé qu’en 1932.

Vue générale de la cour

Visiter aujourd’hui :


La distribution intérieure est donc l’œuvre de Duban. Nous ne pouvons savoir qu’elle était les pièces d’origine de l’aile François Ier, donc la salle des capitaines des gardes, la galerie de la Reine (…) sont des recréations des appartements royaux. Beaucoup avaient disparu déjà avec la construction de Gaston d’Orléans. La seule salle authentique est le cabinet de la Reine (en bordure de l’aile XVIIe) avec ses 180 panneaux décorées en candélabres, tous différents, qui est, à elle seule, un chef-d’œuvre unique de la Renaissance française. Elle s’ouvre par de petits placards, dont les portes s’ouvrent avec de petites pédales. Ce sont ceux qui ont alimentes la légende de Catherine alors que nous savons aujourd’hui que c’était le cabinet du roi – et non de la reine ! – qui aimait à y exposer des objets de valeurs, et non des poisons !

Le cabinet de la Reine et ses famaeux panneaux décorés en candélabres

Le rez-de-chaussée de l’aile François Ier vous donnera aussi l’occasion d’admirer un musée lapidaire intéressant qui expose des sculptures originales, remplacées lors des restaurations successives.

L’aile Louis XII est l’actuel Musée des Beaux-Arts de la ville. On y découvre une galerie de tapisseries et de portraits exceptionnelles, sans oublier les peintures du XVIIe et XVIIIe siècles. L’aile Gaston d’Orléans permet de découvrir des expositions temporaires et d’accueillir des séminaires et conférences (notamment durant les Rendez-Vous de l’histoire, dont nous avons parlé en octobre).

La visite est passionnante, même si les intérieurs, recréés au XIXe siècle, peuvent choquer. Cependant, l’histoire du château est tellement riche (privilégiez la visite guidée) que c’est un site incontournable de la vallée de la Loire.

Le château est ouvert toute l’année. Plus d’infos sur la visite et les horaires du château ici.

par Nicolas Mémeteau publié dans : Val de Loire
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François d’Angoulême monte sur le trône le 1er janvier 1515. Il a 19 ans. Certes, il va modifier le château de Blois, mais nous savons qu’il a fait bien plus que cela. Dans les premières années de son règne, ou tout lui sourit, il va lancer de grands projets d’architecture, inspirés des découvertes qu’il a pu faire en Italie, mais il su les faire adapter au goût français. Sans le savoir, il lance la Première Renaissance Française, avec Blois, bien sûr, mais aussi avec Chambord, qui est son autre grande réalisation.

Nous avons vu les modifications apportées par Louis XII entre 1498 et 1503 (v. article). Une douzaine d’année seulement après la construction de l’aile de son prédécesseur, François Ier se lance dans l’aménagement du palais de sa capitale. Les travaux commencent vers 1516 ou 1518.

Le jeune monarque est confronté à un problème de taille dans l’édification de son aile, qui vient remplacer le vieux logis occupé par Louis XII, la présence de l’enceinte du XIIIe, contre laquelle est adossé le logis médiéval. L’architecte (non connu) va alors édifier l’aile de part et d’autre de la muraille, c’est la grande originalité de cette construction. Cette fortification se devine encore, lors de la visite, vous devrez passer à travers un énorme mur de refend, pour passer des salles donnant sur la cour aux salles donnant sur la façade des Loges.

La façade des Loges, Blois. Anciennement, elle donnait sur les jardins du Roi

Cette façade donne sur les jardins, déjà évoqués (v. article précédent). Elle est la trace la plus évidente de l’influence italienne au château. Elle s’inspire en effet de la façade conçue par Bramante, finie par Raphaël, au palais du Vatican, dans la cour Saint-Damase. Quant à l’inspiration supposée, pour la travée rythmique, alternance entre pilastres jumelés et arcs, du palais du Belvédère de Bramante, elle est aujourd’hui contestée. L’originalité est que chacune des loges est indépendante, elles ne communiquent pas entre elles. Le but est, bien sûr, de pouvoir profiter, en hauteur, de la vue sur les splendides jardins italiens disparus au XIXe siècle, avec l’arrivée de la gare à Blois.

La façade sur cour est sans doute essentielle dans l’histoire de l’architecture de la Renaissance française. Il manque deux travées à cette aile, détruite par Gaston d’Orléans, pour y installer l’aile classique, ce qui déséquilibre un peu l’ensemble. A l’origine, l’escalier d’honneur était au centre de l’aile, ce qui n’est plus le cas.

Façade François Ier, avec le célèbre escalier

Nous voyons bien que nous sommes à une période de recherche et de changements d’idées, car il existe des traces de modifications liées à la construction. L’ornementation est plus riche à droite de l’escalier qu’à gauche. Nous y retrouvons cependant ce qui deviendra le classique de cette architecture, le quadrillage, créé par les pilastres, autour des croisées, confrontés aux moulures horizontales, entre les étages. Ce quadrillage doit mener le regard vers le haut, attirer par les lucarnes, richement sculptées. Pourtant, ici, on note une imposante corniche, qui gâche cette élévation, c’est là aussi le signe de choix curieux et encore expérimentaux pour la Renaissance. Elle s’interrompt d’ailleurs pas pour le gigantesque et célèbre escalier, elle le contourne.

Quadrillage de la façade, dû aux pilastres qui encadrent les fenêtres, ainsi que les moulures. Lucarnes, presque invisibles, à cause de la corniche.

Cet escalier d’honneur est le point d’orgue de la construction, la façade s’organise normalement autour de lui. Tout en conservant une grande tradition française (la vis hors-œuvre, comme à Chaumont par exemple, même plan, même taille), il est modernisé par un décor sculpté extraordinaire, emblèmes royaux, ornements italiens inspirés du répertoire antique (statues, balustres, candélabres…). Quant à connaître la responsabilité de Léonard de Vinci, dans cette œuvre, comme dans l’escalier de Chambord, elle n’est que conjecture, faute de preuves tangibles. Ceci ne remet pas en cause l’amitié qui lie les deux hommes dans ces années, puisque c’est bien François Ier qui fait venir Léonard en France en 1516, l’installe au Cloux (le Clos Lucé), le considère comme son père, jusqu’à la mort du génie à Amboise, en 1519. C’est d’ailleurs dans la chapelle du château d’Amboise que se trouve le tombeau de l’artiste.

Malgré sa célébrité, cette aile est tout de même peu occupée par François Ier, car dès son retour de captivité en Espagne(1526), il décide l’installation de la cour en Ile de France (vers 1528). Deux ans de captivité ont un peu perturbé la capitale et beaucoup de remous se font sentir à Paris. Le roi souhaite donc s’en rapprocher, s’installe donc dans les environs, Fontainebleau (dont les importantes transformations débutent), Saint-Germain-en-Laye, Rambouillet (ou le roi meurt le 31 Mars 1547).

L'escalier, vu du sol. Détais sculptés Emblêmes royaux de François Ier et de Claude de France

La distribution intérieure du château fut modifiée au XIXe siècle, lors des restaurations de Félix Duban. Nous les évoquerons lors du troisième et dernier article sur le château.

François Ier ne délaisse pourtant pas le Val de Loire après 1528, puisqu’il suit le chantier de Chambord, lancé en 1519 et Blois est depuis son accession au trône la « pouponnière » royale, où Claude de France mettra au monde sept enfants entre 1515 et 1524. Les enfants royaux sont élevés au château par la suite jusqu’à l’adolescence, et le roi vient souvent les voir. Cette tradition perdurera encore avec Catherine de Médicis.

Blois peut recevoir beaucoup de monde et ne s’en prive pas. Le roi y reçoit l’empereur Charles Quint en 1539 et organise de grands bals jusqu’en 1547. C’est d’ailleurs lors de l’un d’eux, en 1545, que Pierre de Ronsard rencontre Cassandre Salviati, fille d’un influent banquier italien, propriétaire du château voisin de Talcy, où Ronsard séjourna et y composa des vers désormais célèbre (v. article sur Talcy).

Les fêtes continuent sous Henri II, ou le roi et Catherine de Médicis rendent visite à leurs nombreux enfants. Le très court règne de François II et Marie Stuart (1559/1560) se déroule essentiellement à Blois. Mais c’est à ce moment que les tensions entre catholiques et protestants poussent le couple à se réfugier à Amboise, puis à Fontainebleau, mieux protégés.

La Régente Catherine de Médicis, pendant la minorité de Charles IX, multiplie les chasses et les fêtes en Val de Loire, à Chenonceau et Blois (v. article), dans les années 1560. En 1571, l’amiral de Coligny reçoit à Blois, en grande pompe le jeune roi et la Régente et un traité avec l’Angleterre y est signé l’année suivante. Charles IX fait d’ailleurs édifier le « Logis Neuf », à l’angle du jardin du roi et Catherine ordonne l’érection sur la cour d’une galerie d’arcades d’ordre dorique pour faciliter les circulations depuis l’escalier François Ier, le long du logis royal. Tout ceci disparut, entre les constructions de Gaston d’Orléans et les restaurations de Duban.

Axe de l'escalier

C’est encore dans ce château que le roi Henri III, dernier fils de Catherine à régner, réunit les Etats généraux en 1576, en conséquence de sa réconciliation forcée avec son frère François d’Alençon. C’est lors de cette réunion que la France adhère à la Sainte Ligue, fraîchement constituée. Ces mêmes Etats généraux sont à nouveau convoqués en octobre 1588, alors que la puissance des ultra-catholiques, notamment les Guise, est à son comble, prêts à faire vaciller le roi. Ceci aboutit d’ailleurs à l’assassinat du Duc de Guise le 23 décembre dans la chambre d’Henri III au château (nous y reviendrons prochainement), peu avant la mort de la Reine Mère, Catherine de Médicis, le 5 janvier 1589, toujours à Blois. La dynastie des Valois prend fin quelques mois plus tard, le 1er août 1589, lorsque Jacques Clément assassine le roi Henri III.

Cela correspond avec la fin indéniable d’une grande époque pour le château et la ville de Blois. A croire que le destin du château était intimement lié à la dynastie des Valois-Angoulême. Car, même si d’autres évènements intéressants vont se dérouler autour de ce château aux XVIIe et XIXe siècle, le siècle de la Renaissance reste sans aucun doute l’âge d’or du château.

Vue d'ensemble

A suivre : Blois, de Gaston d’Orléans à Félix Duban, visiter le château aujourd’hui.

Site du château de Blois (nouveauté 2008) : chateaudeblois.fr
par Nicolas Mémeteau publié dans : Val de Loire
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L’histoire du château de Blois est extrêmement riche et importante dans l’histoire locale. A tel point que nous ne pensons pas la traiter en un seul et même texte. Nous allons donc y consacrer trois articles. Le premier sera centré sur l’histoire médiévale du château, de sa fondationau au Xe siècle jusqu’à la mort de Louis XII, le 1er janvier 1515.

 

Le château lui-même est l’un des plus riches du Val de Loire, richesse historique, dans un premier temps, richesse architecturale ensuite. Les passages prestigieux sont légions, jugez plutôt : Louis XII, Anne de Bretagne, François Ier, Claude de France, Catherine de Médicis, Henri III… jusqu’à Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII, prétendant à la couronne jusqu’à la naissance de Louis Dieudonné, futur Louis XIV en 1638. Que de grands noms de l’histoire de France. Chacun à sa manière va occuper le château en y laissant son empreinte dans l’architecture. Cela en fait un château unique dans la région. Même au XIXe siècle, Blois est précurseur. Il est l’un des premiers grands châteaux à être restauré (Félix Duban recréa complètement les intérieurs et réhabilita les façades) et fera donc date.

 

Mais son histoire commence bien avant ses fréquentations prestigieuses.

C’est Thibaut le Tricheur (v. 940/975), comte de Blois, qui, le premier, va édifier une tour sur le promontoire qui domine la Loire. Il semble que la construction soit en pierre et complétée par son petit-fils Eudes II, autour des années 1030. Nous savons, par un texte de 1080 qu’il existe alors une tour et un palais dissocié, avec plusieurs chambres et des cheminées. Nous nous souvenons de la rivalité d’alors entre les comtes de Blois et le comte d’Anjou, Foulques Nerra, nom qui revient presque systématiquement dans l’histoire médiévale ligérienne. Ceci explique la présence de fortifications dans la capitale du comté dès le XIe siècle.

Dans les dernières années du XIe siècle, le comte Etienne fait bâtir une enceinte, distincte de celle du château qui englobe une chapelle dédiée à Saint-Calais (remaniée mais qui existe encore aujourd’hui dans la cour du château). Il ne reste rien de ces constructions dans le château actuel.

Au XIIe siècle, une autre église est édifiée, dans l’avant-cour du château. La collégiale Saint-Sauveur fut jusqu’à sa démolition, en 1793, l’église paroissiale du château.

Le XIIIe siècle voit la reconstruction des enceintes urbaines. Ce chantier touche aussi les fortifications du château. Elles sont totalement reprises, pour atteindre plus de 650 m. de long et munies de trois portes fortifiées. Sur le front sud, l’une des tours du XIIIe est visible, c’est la tour du Foix.

La tour de Foix (XIIIe siècel)
 

Mais le témoin le plus imposant et les plus intéressant du Moyen-Âge est la Salle des Etats. Longue de 30 mètres et large de 18, c’est la plus belle trace du château comtal médiéval du XIIIe s. La salle est divisée en 2 nefs, du fait de sa grande largeur, séparées par une arcature retombant sur une colonnade.

 

Le château tombe dans les mains de la famille d’Orléans à la fin du XIVe siècle, en 1391. D’importants travaux sont entrepris au XVe siècle, avec en particulier la reconstruction de la « grosse tour du chastel ». Sont mentionnés aussi en 1465 l’édification d’une galerie et d’un escalier (outil de prestige par excellence), mais la mort du duc Charles cette même année et l’emprisonnement de son fils Louis (futur Louis XII) à Bourges empêche la rénovation totale de cette forteresse médiévale.

La cour du Duc d’Orléans au XVe s. est alors somptueuse et brillante : collections de manuscrits, concours de poésie (ou brille notamment François Villon)…

 

La mort brutale en 1498 de Charles VIII, alors âgé de 28 ans, à Amboise, propulse le duc d’Orléans Louis sur le trône et fait de Blois la capitale du royaume. C’est le début de la période faste pour la ville de Blois, qui va durer tout au long du XVIe siècle.

Le roi réside avec la reine Anne de Bretagne, épousée le 8 janvier 1499 et va donc transformer le château pour jouer comme il se doit son nouveau rôle et accueillir la cour et l’administration royale, sans oublier toute l’héraldique royale, porc-épic et hermine entre autres. A l’emplacement des anciennes fortifications et portes se trouve l’aile aujourd’hui appelée « aile Louis XII », accolée à la salle des Etats. Cette partie semble terminée vers 1501 lors de la visite des archiducs d’Autriche, soit trois ans à peine après l’accession au trône de Louis.

 

Cette aile est très moderne pour l’époque, entièrement en brique et pierre, et l’on y voit un agencement particulier dans la distribution intérieure. De plus, la galerie sur cour est vraiment exceptionnelle. Chaque pile de cette galerie possède en alternance un décor sculpté en candélabre ou de fleur de lys et d’hermine d’une grande finesse qui annonce la Renaissance prochaine. De part et d’autre de cette galerie se trouvent deux escaliers, dont celui de droite est un vrai escalier d’honneur, très imposant, lui aussi et magnifiquement décoré.

Galerie sur cour Galerie sur cour Grand escalier
 

Sur la façade, on note la présence de balcons aux appartements du premier étage où l’on dit que Louis XII conversait de temps à autre avec des personnes situées, elles, dans l’avant-cour. Cette aile est un pur chef-d’œuvre gothique flamboyant, très ornée, notamment dans les hauteurs avec les lucarnes, mais aussi les gouttières (v. instantané), sans oublier une imposante porte d’entrée, surmontée d’une statue équestre du roi sous un dais, véritable dentelle de pierre.

Statue équestre
 

Nous savons toutefois que cette aile n’était pas la demeure du roi, mais celle des invités. Le roi et la reine logeaient dans le vieux logis, le long de la muraille, aujourd’hui remplacé par l’aile François Ier. Ce logis ancien nous est inconnu, mais devait être suffisamment confortable pour que le roi y habite, plutôt que dans la nouvelle aile qu’il venait de construire. En face de ce vieux logis se trouvent les jardins du château, qui ne cesseront de s’agrandir avec François Ier, au milieu desquels se dresse le pavillon Anne de Bretagne, petite construction centrée, avec une chapelle, encore visible aujourd’hui. Les jardins sont l’œuvre de Pacello da Mercogliano, jardinier de talent ramené d’Italie par Charles VIII, déjà créateur des jardins d’Amboise. L’accès vers les jardins se faisait par une galerie, qui passait au-dessus des fossés, appelée la « galerie des cerfs », nom lié aux trophées de chasse qui s’y trouvaient en décoration. A cela s’ajoute une orangerie et deux jeux de paume.

Le chantier continue durant des années avec la réfection de la chapelle Saint-Calais, consacrée ne 1508. Une galerie longe cette chapelle pour accéder à l’est à l’édifice, en fond de cour, appelé la « perche aux bretons ». Ce bâtiment, connu grâce aux gravures de Jacques Androuet du Cerceau, est énorme et remplace certainement la forteresse du XIe : une tour d’escalier à noyau carré desservant une galerie d’accès au logis et à l’aile, ainsi qu’un autre bâtiment occupant l’actuelle terrasse de Foix, jusqu’à l’enceinte du château. Cette partie a disparu, puisque c’est maintenant l’emplacement de l’aile « Gaston d’Orléans » construite au XVIIe siècle.

Le 1er janvier 1515, Louis XII meurt. Par mariage avec Claude de France, la fille du roi, François d’Angoulême monte sur le trône et va lui aussi profondément modifier le château.

Le porc-épic, emblême de Louis XII
 

Sont visible dans le château aujourd’hui l’aile Louis XII qui accueille le musée des Beaux Arts de la ville de Blois, la salle des Etats en restauration jusqu’au printemps prochain)  et la tour de Foix du XIIIe siècle, seuls vestiges médiévaux de l’ensemble.

 
Photos : septembre 2006
A suivre : Blois au XVIe siècle (1515/1589)
Site du château de Blois (nouveauté 2008) : chateaudeblois.fr
 
par Nicolas Mémeteau publié dans : Val de Loire
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