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Mercure - Itinéraires Culturels

Le château de Montrésor est l’un des nombreuses places fortes dues ou attribuées à Foulques Nerra. Celle-ci semble être construite vers 1005.
Dans la deuxième moitié du XIIe siècle les Plantagenêt gère donc la région, dont la cité de Loches toute proche. Philippe Auguste la prend en 1188, la même année que Lavardin, en Loir-et-Cher, et ordonne sa destruction par lettres patentes en 1203.
Il faudra attendre alors la fin du XIVe siècle, 1395, pour que Jean de Bueil amorce une restructuration du site. Mais c’est Imbert de Bastarnay, seigneur de Bridoré qui réaménage complètement le château pour lui donner son aspect actuel. Imbert est connu pour avoir été le conseiller financier des rois de la fin du XVe (Louis XI, Charles VIII, Louis XII et François Ier) et pour être le grand-père de Diane de Poitiers.

A l’extrémité ouest du promontoire s’élève l’ancienne motte castrale. Du château de Jean III de Bueil ne subsiste que le châtelet d’entrée d’allure extrêmement curieuse d’ailleurs. Le logis en revanche est bien celui d’Imbert, de la fin du XVe siècle. On y retrouve en effet un style d’architecture gothique, avec deux tourelles à mâchicoulis, ainsi que la seconde enceinte que l’on peut suivre sur toute la face nord, l’occasion d’y voir une fausse-braie.

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Les précisions historiques sont maigres, mais il faut dire que le château met principalement l’accent sur la nouvelle occupation, à partir de 1849, par un certain polonais du nom de Xavier Branicki, héritier d’une riche famille. Il restaura ou reconstruisit le logis d’Imbert et apporta une grande collection de peintures russes et polonaises. Il a tellement modifié le château qu’il ne reste rien d’authentique du logis d’Imbert de Bastarnay et seulement l’enceinte du site de Jean de Bueil. La collection naturalisé du grand salon est énorme, frisant d'ailleurs le ridicule dans sa présentation. nous avon vu quand même un grand escalier en vis menant au premier qui nous a beaucoup plu.
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Le château à visiter aujourd’hui est donc celui du dernier occupant. Le site propose une vue assez exceptionnelle sur la vallée de l’Indrois, aussi bien dans le logis que sur les murailles. Malheureusement, c’est presque la seule chose intéressante à voir à au château. Nous ne pouvons vous cacher que nous sommes très déçus par la visite. Tout le château est XIXe et il n’est que très peu fait état de sa riche histoire. Mais c’est surtout l’encadrement, l’accueil et le prix qui nous ont désagréablement surpris.

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Il y a longtemps que nous n’avions pas été si mal accueilli dans un château du Val de Loire (un homme en survêtement sale, nous avions l’impression de le déranger !) Il nous a fallu bataillé pour connaître le prix (7 €) qui n’est d’ailleurs affiché nulle part. Le parc pourrait être magnifique, si seulement quelqu’un l’entretenait. On ne vous donne même pas de dépliant de visite, juste un classeur qu’il faut rendre à la fin (pour ce prix quand même !). Et comble de tout, pour aller aux toilettes, il vous faut aller chez l’habitant, chez les propriétaires, qui vivent dans les dépendances. Honnêtement, nous n’avions pas vu cela depuis fort longtemps. La mise en valeur laisse vraiment à désirer et c'est bien dommage.

Si jamais vous passez près de Montrésor, arrêtez-vous plutôt à la collégiale qui elle est superbe. Elle date du XVIe siècle, vous y verrez le tombeau d’Imbert de Bastarnay, ainsi qu’un façade vraiment intéressante.
Le village est aussi très beau et bénéficie de l'appellation "plus beau village de France". Le château n'est pas a son image.

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par Nicolas Mémeteau publié dans : Val de Loire
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Villandry est sans aucun doute la meilleure surprise de l’année. Tout le monde connaît les jardins les plus célèbres du monde, bien sûr. Nous-mêmes les connaissions, mais jusqu’à présent nous n’avions jamais pris la peine de nous rendre dans le château, aussi invraisemblable que cela paraisse !
C’est maintenant chose faite. Le château d’aujourd’hui est le monument restauré par Joachim Carvallo depuis 1906. Mais son histoire est bien plus ancienne.

Il existe une vieille forteresse dès le XIIe siècle à l’emplacement de l’actuel château Renaissance. C’est en effet là que Henri II d’Angleterre vient reconnaître sa défaite face à Philippe Auguste, le 4 juillet 1189, 2 jours avant sa mort à Chinon, lors de la « Paix de Colombiers » (nom médiéval de Villandry). il n'en reste aujourd'hui que le donjon, duquel on a une vue imprenable sur les jardins et les toitures du château.

Le donjon XIIe

Le célèbre château Renaissance vient remplacer la forteresse sous l’égide de Jean Le Breton, l’un des nombreux financiers qui se construit, dans la première moitié du XVIe siècle une demeure prestigieuse en Val de Loire, à l’instar de Gilles Berthelot à Azay-le-Rideau, Thomas Bohier à Chenonceau, Jacques de Beaune à Semblançay et à Tours, ou Florimond Robertet à Bury…

Les logis

Le nouveau château se construit, de 1532 à 1536, sur une plateforme entourée d’eau, reprenant le plan classique de Bury : un corps de logis au fond de la cour pavée, deux ailes en retour, et, sans doute, disparue, une quatrième aile fermant la cour (comme à Ussé ou à Chaumont). Il se trouve être le dernier grand château construit à l’époque de la présence royale dans la vallée de la Loire. On y retrouve donc un décor sculpté Renaissance, similaire à Azay ou Blois par exemple, à ceci près qu’il a perdu toutes les influences médiévales : le faux chemin de ronde ou les mâchicoulis décoratifs d’Azay ont disparu. 

Façade sur la cour d'honneur Lucarnes

L’ordonnance des façades repose sur un quadrillage de lignes horizontales (bien connu à Blois, les bandeaux séparent les niveaux et les traverses des croisées) et de lignes verticales (les pilastres encadrent les arcades, les croisées, les lucarnes et les meneaux). Les lucarnes richement décorées et leurs frontons-pignons ornés de volutes et de candélabres rappellent encore et toujours Blois, Azay, mais aussi Chambord (les losanges y sont sûrement pour quelque chose !) 
Pilastre séparant les arcades du rez-de-chaussée Cour d'honneur

En revanche, les ordres employés sont plus rigoureux et les deux premiers niveaux plus sobres, comme à Fontainebleau, dans ces mêmes années 1530. Ce style dit « Ile-de-France » se retrouve dans la disparition des tours d’angle au profit des deux pavillons carrés. Ces pavillons d’angles sont un peu saillants, presque indépendants, avec leurs toitures propres, ce qui fait penser à ce que l’on trouvera dans les mouvements de Seconde Renaissance (comme à Ecouen) et surtout les monuments classiques du XVIIe

En 1754, le marquis Michel-Ange de Castellane modifie en profondeur le château. Mais toutes modifications sur l’architecture ont disparu aujourd’hui. Le docteur Carvallo a préféré rendre à Villandry son aspect Renaissance sur les façades, ce qu’il n’a pas fait dans les aménagements intérieurs. C’est là l’une des surprises essentielles. Villandry est un château Renaissance avec des intérieurs complètement XVIIIe. Ils sont cependant magnifiques. Toutes les pièces ouvertes à la visite sont exceptionnelles. Le château possède notamment des parquets exceptionnels réalisés par des maîtres compagnons. Vous y verrez aussi un plafond unique, dans le salon oriental, sans oublier la salle à manger ou la chambre de Jérôme Bonaparte, dont voici le plafond.

Le plafond de la chambre de Jérôme Bonaparte Parquet Parquet Le plafond du salon oriental

La réorganisation des Carvallo est importante. Ils apportent notamment toute une collection de peinture espagnole assez intéressante.

Bien sûr, Villandry est surtout connu pour ces jardins. Ils sont, c’est vrai, tout simplement extraordinaires. Ils ne sont pas authentiques de l'époque. C'est M. Carvallo qui les a recréé. Les soubassements des anciennes terrasses à l'italienne ont été retrouvé lors de fouilles. Ces terrasses existaient donc bel et bien. Carvallo a étudié en profondeur les planches des Plus excellents bastiments de France de Jacques Androuet du Cerceau et a fait de nombreuses retraites dans des monastères pour comprendre l'art du jardin médiéval. Il y trouvera d'ailleurs la foi, lui qui était un scientifique se convertit alors au catholicisme.

Le potager Les jardins d'amour

Nous bénéficions dans le château de vues fabuleuses, excellent préalable avant de se jeter et de se perdre dans ses allées. Ils sont composés de 4 grandes parties : le jardin d’ornement (avec les jardins d’amour en 4 carrés et le jardin des croix), le jardin d’eau au fond (qui n’est pas sans rappeler un certain parc d’Ile-de-France, celui du Roi Soleil), le jardin des Simples (traditionnel du Moyen-Age, avec ses plantes médicinales, condimentaires et aromatiques, un festival de senteur) et bien sûr le Potager, la partie la plus connue. Ce dernier est vraiment une exception et vaut à lui seul le détour : des variétés choux, de piments, de céleri, toutes plus bizarres, belles et exotiques les unes que les autres ; l’occasion de découvrir ou redécouvrir des variétés de plantes oubliées. Tout cela dans un festival de couleurs… Il y a une grande sensation de calme et de paix lors de la découverte de ses jardins.

Un des carrés du potager Un plant de chou Une autre variété de chou
La jardin d'eau

Très honnêtement, nous pensions nous ennuyer à Villandry. Beaucoup nous avaient décrit l’aspect kitsch, voire ridicule des intérieurs et le côté surfait ou surmédiatique des jardins. Il n’en est rien, à notre avis, bien au contraire. C’est pourquoi ce site est la bonne surprise de l’année. Nous avons adoré les façades Renaissance, les intérieurs XVIIIe, magnifiquement restaurés ainsi que la perfection de l’ordonnancement des jardins. Nous ne saurions trop vous conseiller un détour par Villandry, dès que le moindre rayon de soleil pointe son nez.

Le château organise beaucoup de visites guidées. Elles sont de qualité et vous apprendront beaucoup de choses sur le château et sur les jardins. Cela nous paraît essentiel pour ne pas passer à côté d'un tel lieu.Il est vrai que souvent les sites très connus nous déçoivent. Ce n'est pas le cas à Villandry.

Infos : chateauvillandry.com

par Nicolas Mémeteau publié dans : Val de Loire
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Nous vous proposons une promenade dans un lieu bucolique et charmant, le château de Candé. Cet article, comme la visite qui l’a précédée, est inhabituel, à plus d’un titre. D’abord parce qu’il s’agit d’un château construit ou plutôt reconstruit au XIXe siècle. C’est bien la première fois que nous évoquons ce genre de site, de style néo-gothique. Ensuite parce que ce ne sont pas les aspects historiques ou architecturaux qui nous ont marqué, mais plutôt l’ambiance général du monument qui nous a séduit.

Le château de Candé n’est ouvert à la visite que depuis 2000. Il en résulte un climat particulier, une sorte de fraîcheur du monument ou l’on sent un gros potentiel, mais où beaucoup de choses restent à faire. De fait, on se dit qu’on reviendra pour voir évoluer le lieu. C’est d’ailleurs notre cas, puisque nous l’avons visité 3 fois depuis début 2006, c’est vous dire l’affection que nous y portons.

Le château est d’abord construit au XVIe siècle par François Briçonnet. Ce personnage est très connu localement pour avoir été maître de la Chambre aux Deniers en 1511, auprès de Louis XII, et maire de Tours. Il ne reste pas grand-chose de cette base Renaissance, puisque de profondes modifications viendront à partir de 1864, par un certain Santiago Drake del Castillo, héritier d’une famille de planteurs de tabac anglo-cubaine. Il lui donnera, par l’entremise de son architecte, le tourangeau Jacques-Aimé Meffre. Le pavillon de plaisance Renaissance devient alors un grand édifice néo-gothique.

Le domaine est acheté en 1927 par Charles-Eugène Bedeaux, industriel franco-américain. Ses travaux vont surtout concerner la modernisation du bâtiment, pour tout ce qui concerne le réseau électrique, l’eau, le chauffage central, ainsi qu’un standard téléphonique de plus de 80 lignes, certainement le premier de ce genre en France.

L’évènement le marquant dans l’histoire du monument se produit le 3 juin 1937. C’est ce jour que se marient au château Edward VIII d’Angleterre et Wallis Simpson, roturière et deux fois divorcée. Ce liaison et ce projet de mariage, interdit par l’église anglicane car il ne peut être question pour un roi d’épouser une femme divorcée, poussera Edward à abdiquer pour épouser la femme qu’il aime.

Cette année est l’occasion d’une belle exposition fêtant le soixante-dixième anniversaire de cette union. Tout au long du parcours dans le château, vous découvrirez beaucoup d’objets retraçant la vie d’Edward de Windsor, dont une compilation de films d’actualité très intéressante, et surtout le mariage. Sont réunis à Candé de magnifiques costumes authentiques de Wallis, ainsi que les tenues de mariage du couple, portées lors de la fameuse photo prise sur le perron du château. Une salle est même consacrée aux tenues de la duchesse de Windsor. On y découvre d'authentiques robes signées par des grands noms de la haute-couture : Dior, Chanel, Givenchy, Jacques Fath, Lanvin... Les amateurs de belles tenues seront comblés.

La célèbre photo prise sur le perron du château après la cérémonie

Le parcours dans le château est l’occasion de découvrir beaucoup d’éléments de mobilier assez intéressants. Les cheminées  en pierre sont assez incroyables. Elles ne paraissent pas à leurs places, et c’est bien normal, puisque certaines ont été importées d’Angleterre par  Bedeaux.

Cheminée de la salle à manger Cheminée de la bibliothèque

Deux pièces ont particulièrement retenu notre attention, sur la douzaine visitable. La bibliothèque est tout simplement extraordinaire. Elle possède deux niveaux de rangements ; on accédait au deuxième par de petits escaliers en bois. Dans cette pièce se trouve un orgue, installé en 1930 et classé monument historique en 1993. C’est un Skinner, célèbre facturier américain. Ses tuyaux courent sur les trois niveaux du château pour lui donner un son particulier. La restauration de l’orgue est en cours, il devrait fonctionner en 2008.

La bibliothèque

La salle de bain art-déco est aussi remarquable. Les murs sont recouverts d’une pâte de verre bleu turquoise magnifique. Elle bénéficie de tout el confort moderne : un chauffe serviette et surtout une baignoire capable de se remplir et de se vider en moins d’une minute !

La salle de bain La salle de bain La pâte de verre au dessus de la baignoire

N’oubliez pas de déambuler dans le parc. Vous ne le visiterez sans doute pas en entier car il fait plus de 200 hectares ! Autour du château se tiennent les communs XIXe, dont une écurie, sans oublier un pavillon de chasse. Le domaine est très grand et très complet. Tout ne se visite pas, mais nous espérons que de plus en plus d’éléments seront ouverts à la visite. Nous savons qu’une restauration des cuisines, sous le château, est déjà prévue, pour une ouverture probable en 2008.

Nous vous le disions, au-delà du charme indéniable du lieu, il possède un potentiel assez étonnant. Ce lieu a vocation pour accueillir des expositions chaque année. Une étape atypique pour Monumental, mais tout à fait convaincante. Les dates d’ouvertures sont le seul bémol que nous apporterons. Le château n’est ouvert que 6 mois par an, d’avril à fin septembre, du mercredi au dimanche seulement pour septembre.
La superbe exposition sur le mariage Windsor fermera donc ses portes le 30 septembre prochain. Nous vous conseillons donc de ne pas traîner si cela vous intéresse. 

Château de Candé
37260 Monts
Tel. 02 47 34 03 70 / Fax. 02 47 26 77 17
www.monuments-touraine.fr
www.chateau-cande.fr 

Ouvert du 1er avril au 30 septembre, du mercredi au dimanche et jours fériés, de 10h à 18h. Tous les jours en juillet-août. Entrée 4 €, gratuit pour les moins de 12 ans.

par Nicolas Mémeteau publié dans : Val de Loire
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Depuis la prise de la Touraine par Philippe Auguste, en 1205, la forteresse de Chinon demeure un lieu de garnison important du royaume. Elle accueillit même les dignitaires templiers, en 1308, pour quelques semaines de résidence surveillée, après le rendu du verdict du célèbre procès. C’est toutefois le hasard qui poussera les condamnés et leur troupe à séjourner ici. Le pape, Clément V, alors à Poitiers, souhaite rencontrer ces derniers. On les conduits donc de Tours (lieu du verdict) à Poitiers. Or, sur le chemin, un certain nombre des prisonniers et des gardiens tombent malades, on ne sait pourquoi (intoxication alimentaire ?). Il faut alors trouver un endroit sûr pour s’arrêter et se soigner. Ce devait être dans la région puisque la troupe et ses fameux prisonniers (dont Jacques de Molay) y séjourne quelques temps vers août 1308. C’est l’occasion pour les prisonniers, qui occupent la tour du Coudray, de réaliser de splendides graffitis, dans la pièce principale de la tour. A cause de ces dessins, ce passage est resté célèbre, alors qu’il relève plus de l’anecdote qu’autre chose.

Après la défaite d’Azincourt, en 1415, la France est occupé conjointement par les anglais et les Bourguignons. Paris est même occupé dès 1418, ce qui pousse le dauphin de France, le futur Charles VII à fuir la capitale. Il court se réfugier à Bourges, dans un premier temps, puis à Chinon.

Le traité de Troyes, de 1420,  est signé entre l’Angleterre et la France. Le royaume est alors représenté par Isabeau de Bavière, la reine, le roi Charles VI dit « le Fol » portant alors bien son surnom et étant dans l’incapacité de la signer. Ce traité, entre autre, désigne Henri V d’Angleterre comme successeur sur le trône de France, après la mort de Charles VI. Le Dauphin est donc déshérité du trône, avec l’accord de sa propre mère. Toutefois, en 1422, après la mort du roi de France, le souverain anglais décède à son tour, quelques semaines plus tard, ce qui fait du Dauphin Charles, le nouveau roi de France, malgré tout.

Charles VII devient donc le roi de France, mais sans sacre, la ville de Reims étant toujours dans les possessions anglaises. Et comme le roi de France est roi de droit divin, tant qu’il n’est pas sacré se pose un problème de légitimité.

Le roi s’installe dans ses nouveaux logis vers 1425. Chinon sera sa résidence principale jusqu’à la fin de son règne. Les nouveaux logis royaux prennent place dans le château du Milieu, en lieu et place de l’ancienne chancellerie Plantagenêt (voir article précédent sur Chinon) et de quelques modestes constructions commencées sous Charles V. Le logis est en 3 parties : la grande salle, les appartements privés de Charles VII et de la reine Marie d’Anjou et une partie intermédiaire, de 2 grandes salles, lieux de passage du roi vers la grande salle.

Vestiges de la grande salle, avec le manteau de la cheminée

Cette grande salle est resté célèbre, avec la fameuse scène dite « de la Reconnaissance », qui donne son nom à la salle aujourd’hui. Ici, Jeanne d’Arc, le 8 Mars 1429, reçue pour la première fois au château, reconnut Charles VII, qui, pourtant, s’était caché au milieu des autres courtisans, tout en ayant placé quelqu’un sur le trône à sa place. Malgré le subterfuge, Jeanne reconnaît le souverain et se jette à ses pieds. Cette salle est en ruine actuellement et ne sera pas reconstruite dans le chantier actuel (article ici), car elle est tout simplement mal connue. Beaucoup de textes racontent la scène, mais personne ne parle du décor, ce qui est bien dommage pour les restaurateurs de monuments ! La seule chose certaine est qu’il n’y avait pas de niveau sous combles, et donc, au-dessus des têtes de la cour s’étendait la grande charpente. La dite Jeanne ne séjourna qu'une fois au château, avant son départ pour Orléans, vraisemblablement vers avril 1429. Elle logea alors dans l'ancienne "camera" de la tour du Coudray, d'où elle avait un accès privatif vers la chapelle Saint-Martin.

D’est en ouest, dans les logis, outre la grande salle, se trouve ,accolés à cette dernière, deux espaces intermédiaires, semi-publics, lieux de passage obligé du roi, pour se rendre de ses appartements privés à la grande salle. Les appartements privés de Charles VII et de Marie d’Anjou occupent la partie ouest du logis.

Logis royal, front ouest, appartements privés de Charles VII

Une courtine est ajoutée qui relie le logis à la tour de Boissy. Elle est surmontée d’une galerie de circulation. Le fort du Coudray et le château du Milieu se retrouve ainsi relié, ce qui n’était pas la volonté de Philippe Auguste. Le fossé sec est alors délimité par ce mur, alors qu’il était totalement ouvert vers la ville, au XIIIe siècle.

Le bâti reste cependant assez modeste dans le château. Cela signifie que la cour n’est pas logée au château. L’entourage royal doit se débrouiller et se loger dans la ville médiévale, aux pieds du château. La cité médiévale en a gardé aujourd’hui de magnifiques traces, par des maisons exceptionnelles du XVe siècle.

Le successeur de Charles VII, Louis XI, s’installera à Tours, et notamment au Plessis-les-Tours. Le site de Chinon est totalement abandonné dans les années 1460. C’est sûrement l’un des seuls sites du Val de Loire de cette importance dont l’histoire s’arrête brutalement au Moyen Age. Les chinonais viendront à plusieurs reprises pour utiliser cette exceptionnelle carrière de pierre, à ciel ouvert. Et ils ne seront pas les seuls : Richelieu fait racheter le site en 1634, pour lui aussi l’utiliser comme carrière de pierre, pour son propre château, alors en construction, à Richelieu., distante d’un vingtaine de kilomètres seulement.

Cinq siècles de total abandon explique l’état de ruine de l’essentiel du bâti aujourd’hui, jusqu’en 1855, date à laquelle Prosper Mérimée décide la consolidation et la conservation de l’ensemble.

La tour de l’horloge, bâtie au XIVe siècle, est toujours en un seul morceau, on ne sait réellement pourquoi. Il existe une sorte de superstition, à propos de la cloche de la tour, la Marie-Javelle, fondue en 1399. Une inscription, peut-être contemporaine indique : « Marie-Javelle je m’appelle / celui qui m’as mis, m’a bien mis / celui qui m’ôtera s’en repentira ». De là à dire que c’est la raison pour laquelle la tour est intacte… nous ne pouvons l’affirmer.

Tour de l'horloge, vue de l'intérieur du site Tour, vue de l'extérieur Chemin de ronde, tour de l'horloge

Elle abrite maintenant le musée Jeanne d’Arc, retraçant l’épopée de la pucelle. Ce musée et ses collections sont gérés par une association, la société des Amis de Jeanne d’Arc. Au sommet de cette tour, vous accédez au chemin de ronde. Vous pouvez alors faire le tour du chemin, observer les machicoulis. on a alors une vue exceptionnelle sur la ville médiévale située au pied du château.

Le site est en travaux pour encore plus d’un an et demi (fin prévue des travaux fin 2008, début 2009, voire article sur le chantier ici). Visiter le site aujourd’hui, c’est donc un accès à toutes les tours de défense, la tour de l’horloge et son musée mentionnée plus haut, ainsi qu’un chapiteau montée dans le parc du château du Milieu ou est projeté un diaporama historique, avec des éclairages amusant sur une maquette du site.

Sont fermés : la tour du Coudray, en restauration jusqu’à la fin 2007, et les logis royaux, dont la réouverture est pour l’instant prévue début 2009.

N’oubliez pas les visites guidées, elles y sont passionnantes : l’occasion d’évoquer la grande histoire du château, ainsi que des éclaircissements sur le chantier en cours. Et dès le mois de juillet, le chantier sera visitable, avec un guide, uniquement le week-end, lorsque les ouvriers ne travaillent pas.

Tout ceci pour la modique somme de 3 €, on ne peut faire beaucoup mieux, par les temps qui courent ! Une grande fortresse royale à connaître absolument, même si quelques parties sont actuellement fermées. N’hésitez pas d’ailleurs à le découvrir maintenant, pendant les travaux et après, une fois finis.
Soyez sûrs que nous suivrons au plus près l'avancée des ces gigantesques travaux.


D'autres infos sur la page de Chinon de monuments-touraine.fr

par Nicolas Mémeteau publié dans : Val de Loire
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La forteresse royale de Chinon est l’un des lieux où des évènements clés de l’histoire de France se sont déroulés. De plus, l’histoire de la Touraine est intimement liée avec les différentes étapes de l’histoire de ce site. Il y a concrètement deux périodes importantes dans l’histoire du châteaux : le XIIe siècle et les Plantagenêt et le XVe avec la présence de Charles VII. Nous allons d’abord évoquer l’histoire du monument de sa fondation jusqu’à la prise du château par Philippe Auguste, en 1205, et les transformations qui en découlèrent.

Tout commence au Xe siècle, vers 943, quand Thibaut le Tricheur (910/975), comte de Blois, fait construire la première motte castrale. Chinon et la Touraine font alors partie des possessions des comtes de Blois. A ce moment, Chinon fait office de poste « frontalier », encore que ce mot n’existe pas au Moyen Age, vis-à-vis des possessions du comte d’Anjou, toutes proches.
Cette motte n’est pas connue dans le détail, car l’emplacement supposé n’a jamais été fouillé jusqu’à présent. Nous ne pouvons que nous baser que sur les connaissances théoriques : une palissade et au milieu de la basse-cour ainsi délimitée, une tour, vraisemblablement carrée, le tout étant évidemment constituée de bois. Y avait-il à la base de ces édifices, palissade et tour, une assise en pierre ? Des fouilles permettraient sans doute de la dire.

Entre 1025 et 1040, Foulques Nerra prend la Touraine, et donc Chinon, dans cet intervalle, pour l’intégrer au comté d’Anjou. Nous ne savons pas s’il modifie le site. Nous connaissons les donjons laissés à la postérité par ce dernier : Loches (le mieux conservé), Montbazon, Montrichard, Langeais. Pour autant à Chinon, n’étant pas alors à proximité d’un territoire ennemi, mais plutôt au cœur des terres angevines, l’intérêt semble moindre pour ce lieu, stratégiquement du moins. L’aspect symbolique de la construction d’une tour ne semble pas nécessaire à ce moment. S’il y a bâti un monument quel qu’il soit, en pierre de taille, il n’en reste rien. Mais nous pouvons quand même en douter sérieusement.

Il faut attendre le milieu du XIIe siècle pour voir de sérieuses transformations à Chinon, doublées d’une importance politique non négligeable. C’est l’époque ou se dessinent les trois sites séparés par des fossés que sont le fort Saint-Georges, le château du Milieu et le fort du Coudray.
Henri II Plantagenêt (1133/1189), comte d’Anjou depuis 1151, marié à Aliénor d’Aquitaine (1122/1204) en 1152 et roi d’Angleterre depuis 1154, choisit Chinon comme capitale « continentale » de l’empire Plantagenêt. Il a besoin d’un lieu relativement sûr, donc facile à défendre et neutre politiquement, car il souhaite y entreposer le trésor royal. C’est pourquoi il délaisse les capitales historiques habituelles des Plantagenêt comme Poitiers (capitale de l’Aquitaine d’Aliénor), Angers, Le Mans (sa ville natale), Caen ou Rouen, par exemple.

La partie orientale du site, le fort Saint-Georges, est connue depuis peu. Des fouilles archéologiques s’y sont déroulées de 2003 à 2006. Elles ont permis d’avoir une meilleure idée du fort, qui s’avérait être alors un palais, et non un château fort, c’est-à-dire un lieu d’administration et de justice, donc non fortifié sous Henri II. Ce palais est donc constitué de trois grandes ailes parallèles, reliées entre elles par une aile perpendiculaire, donnant à l’ensemble la forme d’un E couché au sol. Dans ce palais le roi pouvait y tenir audience et y rendre la justice. C’est aussi vraisemblablement dans cette partie que se situait le logis Plantagenêt. Toutefois, on sait très bien qu’Henri II n’y séjourna que très peu, vu l’étendue de son empire, de l’Écosse aux Pyrénées. Sur 35 ans de règne, il passa 22 noëls dans des lieux différents, c’est dire à quel point le roi d’Angleterre passe son temps sur les routes, et non dans ses châteaux.

Chantier de fouilles du fort Saint-Georges

Le château du Milieu est donc le dépositaire du trésor royal, dans la tour dite « du trésor ». Accolé à cette tour se trouvait, en lieu et place du logis de Charles VII actuel, une chancellerie, qui n’était qu’un simple rez-de-chaussée, pour ce que l’on en sait. Le tracé encore visible aujourd’hui des murailles qui ceinturent le château du Milieu date de cette époque, vers les années 1160-1170.
Dans cette partie du site demeure aussi un prieuré avec une église, la chapelle Sainte-Melaine, dans laquelle mourut, soi-disant, Henri II, le 6 juillet 1189. Qu’il soit mort au château ne semble pas faire de doutes, mais que cela se passa dans la chapelle, rien n’est moins sûr…
Le fort du Coudray, la troisième partie, la plus à l’ouest, naît aussi sous l’impulsion des Plantagenêt, avec une ceinture de murailles et un donjon primitif qui n’est qu’une tour de refuge, garnie d’archères, la tour du Moulin. C’est l’occasion d’y voir une archère Plantagenêt, ainsi qu’une voûte angevine, ou Plantagenêt, à Chinon. On peut en voir aussi dans la église Saint-Maurice, chapelle royale d’Henri II, dans la ville médiévale, au pied du château.

La tour du moulin (époque Plantagenêt)

Les modifications défensives vont apparaître vers 1200. Depuis le retour de captivité et de croisade de Richard Cœur de Lion (1157/1199), les Plantagenêt et les Capétiens sont en guerre, à la suite de la trahison de Philippe II Auguste en Terre Sainte. Dès 1194, les 5 dernières années du règne de Richard ne sont qu’une succession de sièges et de bataille qu’il gagne presque toutes face au roi de France : Fréteval (en Loir-et-Cher, 1194) et surtout Gisors et Château Gaillard, jusqu’au siège fatal de Châlus ou Richard est mortellement blessé, en 1199. C’est à ce moment que le fort Saint-Georges est fortifié pour la première fois. Les archéologues ont maintenant repéré l’existence d’une porte fortifiée, dite « porte des Champs ».

La motte castrale du Xe siècle, dans le château du Milieu est-elle encore visible ? Cela parait difficile à dire. Mais l’on sait qu’à la toute fin du siècle, le rempart est se modifie fortement, avec l’ajout de tours de défense, notamment les tours de l’échauguette et du coin.

Tour du coin, coin des murailles est et nord Le rempart est, jouxtant la tour de l'horloge Le rempart est, vu d'en haut (chemin de ronde de la tour de l'horloge)

Le successeur de Richard Ier n’est autre que son plus jeune frère Jean Sans Terre (1167/1216), roi de 1199 à 1216. Il n’est pas le grand stratège qu’était Richard, et c’est sous son règne que les Plantagenêt vont perdre l’essentiel de leurs possessions continentales, avec notamment les prises de Château Gaillard, en 1204, Chinon en 1205, jusqu’à la fameuse bataille de Bouvines en 1214. Philippe Auguste mit 9 mois pour prendre la forteresse de Chinon. Il s’entête malgré les difficultés, car il sait que symboliquement, il est important de prendre la capitale continentale des rois d’Angleterre. Avec la prise de Chinon, c’est toute la Touraine qui bascule dans le domaine royal. Après avoir été successivement sous domination blésoise, angevine et Plantagenêt, la Touraine est une terre royale et ne changera plus de suzerain désormais.

Philippe Auguste venant de prendre la forteresse va rapidement la faire modifier. Connaissant ses points faibles, il va tenter d’y remédier : nouvelles murailles autour du fort Saint-Georges dans un premier temps. Le château du Milieu va voir ses murailles rehausser de plusieurs mètres pour parer aux nouvelles armes de jet, faisant leur apparition dans les sièges du XIIIe siècle. Il va en plus faire ajouter des tours de défense, dont la tour des Chiens, en forme de fer à cheval, plus efficace contre ces mêmes machines : le boulet en pierre ricoche, roule sur les formes arrondies de la maçonnerie, mais ne fait pas de brèches dans les murs.
Les transformations les plus remarquables se font dans le fort du Coudray, avec l’ajout de la tour maitresse du Coudray et de la tour de Boissy notamment. La tour du Coudray est un magnifique exemple de tour dite « philipienne », l’une des mieux conservé aujourd’hui. Philippe Auguste a dû s’adapter au terrain et c’est pourquoi sa tour n’est pas entourée totalement par un fossé. Le fossé sec n’est que d’un seul côté, séparant le château du Milieu du fort du Coudray. Il semble qu’il existait sous Henri II, mais est alors fortement approfondi et élargi.

La tour des Chiens La tour de Boissy Le fossé, séparant le château du Milieu et le fort du Coudray et la tour du Coudray

A partir du XIIIe siècle, la forteresse royale de Chinon devient un point d’appui essentiel dans la reconquête face aux Plantagenêt, dans un premier temps, puis dans l’affirmation du pouvoir des rois de France, dans un second temps. Cette période est importante pour le site de Chinon bien sûr, mais plus généralement dans l’histoire de la France et de l’Angleterre, deux pays indissociables, autant qu’inconciliables.

Tour du Coudray, détail

Toutefois, pour Chinon, la glorieuse histoire ne se termine pas avec la reprise de 1205. Une autre époque importante attend la forteresse, avec une nouvelle occupation royale, celle de Charles VII, accompagné de la cour de France où vont se croiser des personnages hauts en couleurs et dont celui de Jeanne d’Arc n’est pas le plus terne…

par Nicolas Mémeteau publié dans : Val de Loire
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