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MONUMENTAL

MONUMENTAL

Actualité du patrimoine. Visites, lectures, expositions, dans des châteaux, des églises. Notre passion du patrimoine à la portée de tous.


Blois depuis le XVIIe siècle (fin de cycle)

Publié par Nicolas Mémeteau sur 9 Février 2007, 11:02am

Catégories : #Val de Loire

Une décision d’Henri IV, du 25 juin 1598, relance un certain nombre de nouveaux projets au château, connues par des dessins de Du Cerceau. Mais ces constructions ne seront jamais finies, elles s’effondreront même en partie en 1756, et le reste sera détruit une dizaine d’année plus tard.

Henri IV séjourne de nombreuses fois au château, qui conserve donc son statut de résidence royale. Louis XIII et Anne d’Autriche y passent aussi en 1616 et Marie de Médicis y est assigné à résidence par le jeune roi de 1617 à 1619. Elle s’en évade d’ailleurs dans la nuit du 21 au 22 février, profitant des travaux dans le château.

Louis XIII donne ensuite le comté d’Orléans en apanage à son frère Gaston. Ce dernier décide alors de s’installer à Blois en 1634 et de s’y faire construire un château entièrement neuf.

La conception est confié à François Mansart qui opte pour le nouveau parti à la mode : le logis en fond de cours. Les modifications, apportées par Gaston lui-même, font s’envoler le coût de la construction. La stérilité du couple royal explique l’acceptation sans sourciller des demandes financières toujours en augmentation de Gaston d’Orléans qui, en l’absence d’héritier, est, de fait, le successeur de Louis XIII.

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Mais le chantier s’arrête brutalement en 1638 après la naissance de Louis Dieudonné, futur Louis XIV. Alors que le projet comportait quatre ailes, et même des modifications sur les abords du site, seule une aile en fond de cour est construite, à la place de la « perche aux bretons » et du logis de Charles IX. Une partie du logis de François Ier est détruite, ce qui explique le non symétrie actuelle de la façade Renaissance (l’escalier n’est plus au milieu !) et la jonction maladroite entre les deux ailes.

Jonction entre les ailes François Ier et Gaston d'Orléans

Malgré l’installation définitive de Gaston vers 1652-1653, après la fronde, les travaux ne reprennent pas et il vit dans l’aile François Ier. L’avant-corps central est vide, ce n’est qu’une cage d’escalier sans escalier (il ne sera réalisé qu’en 1932 !) et des logis sans plancher ! Gaston d’Orléans meurt au château le 2 février 1660.

Cette « aile Gaston d’Orléans », même si elle n’est qu’une coquille vide, est tout de même un chef-d’œuvre de l’architecture classique et l’affirmation d’un architecte de génie du XVIIe siècle, François Mansart. La composition est caractérisée par cet imposant avant-corps en saillie, au centre, qui est en fait une énorme cage d’escalier. Le but sera d’y faire tenir le fameux escalier suspendu de Mansart.

La façade présente ce que le classique fait de mieux : la superposition des ordres sur les trois niveaux (dorique, ionique, corinthien). L’antiquité omniprésente de cette architecture se caractérise par la présence importante de colonnes et de pilastres à l’antique, avec, donc, des ordres différents selon les niveaux, sur les chapiteaux sculptés. Cette technique est déjà utilisée en France durant la Renaissance,notamment grâce à Philibert Delorme, lui-même inspiré du traité italien d’architecture de Sebastiano Serlio (1537), testé par ce dernier à Ancy-le-Franc. Ce traité a révolutionné l’architecture de la deuxième Renaissance française et sera systématisé au XVIIe, avec de grands architectes comme Salomon de Brosse, au Palais du Luxembourg à Paris. Ce palais est d’ailleurs une sorte de modèle pour l’édification de cette aile.

Détail de l'avant-corps central, colonnes doriques (RDC) et ioniques (1er étage)

Cet avant-corps présente notamment deux nouveautés : une double coupole emboîtée l’une dans l’autre et la charpente à comble brisé, qui fera école et sera réutilisé durant tous les XVIIe et XVIIIe siècles.

Double coupole emboîtée de la cage d'escalier

Le portique concave vient adoucir la saillie de l’avant-corps, avec toujours la présence forte de colonnes cannelées, comme sur les temples antiques, à la différence près que certaines cannelures ne sont pas terminées, puisque le chantier s’est arrêté du jour au lendemain.

Abandonné par Louis XIV, la Régence pense un temps y faire venir en exil le parlement, vers 1720. Le projet est abandonné la destruction est même programmé en 1788, date à laquelle le ministère de la guerre propose d’y installer un régiment.

La Révolution fait disparaître la statue équestre de Louis XII ainsi que la quasi totalité des armoiries et emblèmes royaux. La démolition est à nouveau envisagé, avant que Napoléon décide de céder le monument à la ville de Blois, le 10 août 1810. Malgré la présence militaire, l’aile François Ier est ouverte à la visite sous la Restauration. Les visiteurs sont de plus en plus nombreux, notamment Hugo, Balzac et Dumas. Le concierge du château est alors chargé de la visite et son imagination débordante fait naître quelques légendes qui ont encore la vie dure, comme les oubliettes et les fameux placards à poison de Catherine de Médicis.

Les monuments historiques de Mérimée décident en 1844 la réhabilitation du château et c’est Félix Duban qui est chargé des études préalables. On lui doit de splendides aquarelles du château, avant restaurations. Duban est ensuite en charge du chantier de restauration, secondé par Jules de la Morandière, qui a déjà officié à Chaumont-sur-Loire (v.article), dans les années 1840.

Ce chantier fera date, puisque Duban décide la complète « recréation » des intérieurs de l’époque Renaissance, d’après des estampes d’époque ou des travaux d’érudits comme Louis de la Saussaye par exemple. Il s’appuie aussi sur la recherche de motifs textiles existant au XVIe siècle et sur sa connaissance des décors polychromes italiens de l’Antiquité romaine, de la Renaissance italienne et de l’expérience de son précédent chantier, celui de la Sainte-Chapelle. Il en reste des décors idéalisés, rêvés disent certains, en tout cas, extrêmement colorés, comme ils pouvaient l’être à l’époque de François Ier. Il redéfinit aussi, de fait, la distribution intérieure, mais ne recrée pas de mobilier. Cette philosophie fait école et sera employé dans les années suivantes dans presque tous les châteaux de la Loire, comme Chenonceau, Chaumont, Azay-le-Rideau, Amboise, Langeais, Le Lude ou Meillant.

Le reste du château, aile Louis XII, chapelle Saint-Calais et salle des Etats, est restauré sous le second empire et se poursuit jusqu’à la mort de Duban en 1871. L’aile Gaston d’Orléans devra attendre. Le projet de Duban, que souhaite réaliser Jules de la Morandière n’est pas du goût de Viollet-le-Duc. L’escalier ne sera donc réalisé qu’en 1932.

Vue générale de la cour

Visiter aujourd’hui :


La distribution intérieure est donc l’œuvre de Duban. Nous ne pouvons savoir qu’elle était les pièces d’origine de l’aile François Ier, donc la salle des capitaines des gardes, la galerie de la Reine (…) sont des recréations des appartements royaux. Beaucoup avaient disparu déjà avec la construction de Gaston d’Orléans. La seule salle authentique est le cabinet de la Reine (en bordure de l’aile XVIIe) avec ses 180 panneaux décorées en candélabres, tous différents, qui est, à elle seule, un chef-d’œuvre unique de la Renaissance française. Elle s’ouvre par de petits placards, dont les portes s’ouvrent avec de petites pédales. Ce sont ceux qui ont alimentes la légende de Catherine alors que nous savons aujourd’hui que c’était le cabinet du roi – et non de la reine ! – qui aimait à y exposer des objets de valeurs, et non des poisons !

Le cabinet de la Reine et ses famaeux panneaux décorés en candélabres

Le rez-de-chaussée de l’aile François Ier vous donnera aussi l’occasion d’admirer un musée lapidaire intéressant qui expose des sculptures originales, remplacées lors des restaurations successives.

L’aile Louis XII est l’actuel Musée des Beaux-Arts de la ville. On y découvre une galerie de tapisseries et de portraits exceptionnelles, sans oublier les peintures du XVIIe et XVIIIe siècles. L’aile Gaston d’Orléans permet de découvrir des expositions temporaires et d’accueillir des séminaires et conférences (notamment durant les Rendez-Vous de l’histoire, dont nous avons parlé en octobre).

La visite est passionnante, même si les intérieurs, recréés au XIXe siècle, peuvent choquer. Cependant, l’histoire du château est tellement riche (privilégiez la visite guidée) que c’est un site incontournable de la vallée de la Loire.

Le château est ouvert toute l’année. Plus d’infos sur la visite et les horaires du château ici.

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Stéphane 11/09/2010 10:15



Une très belle présentation de ce lieu ... Je m'apprête à en montrer la visite sur mon blog, et mettrai le lien sur vos articles. (sauf avis contraire de votre part bien sûr ). Je continue
la promenade sur vos pages



tietie007 15/09/2007 11:43

Peut-être mon château préféré ...avec ses 4 façades déroulant l'histoire de l'architecture française ....à voir aussi les monstres mécaniques du musée de la Magie, en face du château, qui toutes les heures, jaillissent des fenêtres !

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