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MONUMENTAL

MONUMENTAL

Actualité du patrimoine. Visites, lectures, expositions, dans des châteaux, des églises. Notre passion du patrimoine à la portée de tous.


Chinon au XVe siècle

Publié par Nicolas Mémeteau sur 2 Juillet 2007, 16:59pm

Catégories : #Val de Loire

Depuis la prise de la Touraine par Philippe Auguste, en 1205, la forteresse de Chinon demeure un lieu de garnison important du royaume. Elle accueillit même les dignitaires templiers, en 1308, pour quelques semaines de résidence surveillée, après le rendu du verdict du célèbre procès. C’est toutefois le hasard qui poussera les condamnés et leur troupe à séjourner ici. Le pape, Clément V, alors à Poitiers, souhaite rencontrer ces derniers. On les conduits donc de Tours (lieu du verdict) à Poitiers. Or, sur le chemin, un certain nombre des prisonniers et des gardiens tombent malades, on ne sait pourquoi (intoxication alimentaire ?). Il faut alors trouver un endroit sûr pour s’arrêter et se soigner. Ce devait être dans la région puisque la troupe et ses fameux prisonniers (dont Jacques de Molay) y séjourne quelques temps vers août 1308. C’est l’occasion pour les prisonniers, qui occupent la tour du Coudray, de réaliser de splendides graffitis, dans la pièce principale de la tour. A cause de ces dessins, ce passage est resté célèbre, alors qu’il relève plus de l’anecdote qu’autre chose.

Après la défaite d’Azincourt, en 1415, la France est occupé conjointement par les anglais et les Bourguignons. Paris est même occupé dès 1418, ce qui pousse le dauphin de France, le futur Charles VII à fuir la capitale. Il court se réfugier à Bourges, dans un premier temps, puis à Chinon.

Le traité de Troyes, de 1420,  est signé entre l’Angleterre et la France. Le royaume est alors représenté par Isabeau de Bavière, la reine, le roi Charles VI dit « le Fol » portant alors bien son surnom et étant dans l’incapacité de la signer. Ce traité, entre autre, désigne Henri V d’Angleterre comme successeur sur le trône de France, après la mort de Charles VI. Le Dauphin est donc déshérité du trône, avec l’accord de sa propre mère. Toutefois, en 1422, après la mort du roi de France, le souverain anglais décède à son tour, quelques semaines plus tard, ce qui fait du Dauphin Charles, le nouveau roi de France, malgré tout.

Charles VII devient donc le roi de France, mais sans sacre, la ville de Reims étant toujours dans les possessions anglaises. Et comme le roi de France est roi de droit divin, tant qu’il n’est pas sacré se pose un problème de légitimité.

Le roi s’installe dans ses nouveaux logis vers 1425. Chinon sera sa résidence principale jusqu’à la fin de son règne. Les nouveaux logis royaux prennent place dans le château du Milieu, en lieu et place de l’ancienne chancellerie Plantagenêt (voir article précédent sur Chinon) et de quelques modestes constructions commencées sous Charles V. Le logis est en 3 parties : la grande salle, les appartements privés de Charles VII et de la reine Marie d’Anjou et une partie intermédiaire, de 2 grandes salles, lieux de passage du roi vers la grande salle.

Vestiges de la grande salle, avec le manteau de la cheminée

Cette grande salle est resté célèbre, avec la fameuse scène dite « de la Reconnaissance », qui donne son nom à la salle aujourd’hui. Ici, Jeanne d’Arc, le 8 Mars 1429, reçue pour la première fois au château, reconnut Charles VII, qui, pourtant, s’était caché au milieu des autres courtisans, tout en ayant placé quelqu’un sur le trône à sa place. Malgré le subterfuge, Jeanne reconnaît le souverain et se jette à ses pieds. Cette salle est en ruine actuellement et ne sera pas reconstruite dans le chantier actuel (article ici), car elle est tout simplement mal connue. Beaucoup de textes racontent la scène, mais personne ne parle du décor, ce qui est bien dommage pour les restaurateurs de monuments ! La seule chose certaine est qu’il n’y avait pas de niveau sous combles, et donc, au-dessus des têtes de la cour s’étendait la grande charpente. La dite Jeanne ne séjourna qu'une fois au château, avant son départ pour Orléans, vraisemblablement vers avril 1429. Elle logea alors dans l'ancienne "camera" de la tour du Coudray, d'où elle avait un accès privatif vers la chapelle Saint-Martin.

D’est en ouest, dans les logis, outre la grande salle, se trouve ,accolés à cette dernière, deux espaces intermédiaires, semi-publics, lieux de passage obligé du roi, pour se rendre de ses appartements privés à la grande salle. Les appartements privés de Charles VII et de Marie d’Anjou occupent la partie ouest du logis.

Logis royal, front ouest, appartements privés de Charles VII

Une courtine est ajoutée qui relie le logis à la tour de Boissy. Elle est surmontée d’une galerie de circulation. Le fort du Coudray et le château du Milieu se retrouve ainsi relié, ce qui n’était pas la volonté de Philippe Auguste. Le fossé sec est alors délimité par ce mur, alors qu’il était totalement ouvert vers la ville, au XIIIe siècle.

Le bâti reste cependant assez modeste dans le château. Cela signifie que la cour n’est pas logée au château. L’entourage royal doit se débrouiller et se loger dans la ville médiévale, aux pieds du château. La cité médiévale en a gardé aujourd’hui de magnifiques traces, par des maisons exceptionnelles du XVe siècle.

Le successeur de Charles VII, Louis XI, s’installera à Tours, et notamment au Plessis-les-Tours. Le site de Chinon est totalement abandonné dans les années 1460. C’est sûrement l’un des seuls sites du Val de Loire de cette importance dont l’histoire s’arrête brutalement au Moyen Age. Les chinonais viendront à plusieurs reprises pour utiliser cette exceptionnelle carrière de pierre, à ciel ouvert. Et ils ne seront pas les seuls : Richelieu fait racheter le site en 1634, pour lui aussi l’utiliser comme carrière de pierre, pour son propre château, alors en construction, à Richelieu., distante d’un vingtaine de kilomètres seulement.

Cinq siècles de total abandon explique l’état de ruine de l’essentiel du bâti aujourd’hui, jusqu’en 1855, date à laquelle Prosper Mérimée décide la consolidation et la conservation de l’ensemble.

La tour de l’horloge, bâtie au XIVe siècle, est toujours en un seul morceau, on ne sait réellement pourquoi. Il existe une sorte de superstition, à propos de la cloche de la tour, la Marie-Javelle, fondue en 1399. Une inscription, peut-être contemporaine indique : « Marie-Javelle je m’appelle / celui qui m’as mis, m’a bien mis / celui qui m’ôtera s’en repentira ». De là à dire que c’est la raison pour laquelle la tour est intacte… nous ne pouvons l’affirmer.

Tour de l'horloge, vue de l'intérieur du site Tour, vue de l'extérieur Chemin de ronde, tour de l'horloge

Elle abrite maintenant le musée Jeanne d’Arc, retraçant l’épopée de la pucelle. Ce musée et ses collections sont gérés par une association, la société des Amis de Jeanne d’Arc. Au sommet de cette tour, vous accédez au chemin de ronde. Vous pouvez alors faire le tour du chemin, observer les machicoulis. on a alors une vue exceptionnelle sur la ville médiévale située au pied du château.

Le site est en travaux pour encore plus d’un an et demi (fin prévue des travaux fin 2008, début 2009, voire article sur le chantier ici). Visiter le site aujourd’hui, c’est donc un accès à toutes les tours de défense, la tour de l’horloge et son musée mentionnée plus haut, ainsi qu’un chapiteau montée dans le parc du château du Milieu ou est projeté un diaporama historique, avec des éclairages amusant sur une maquette du site.

Sont fermés : la tour du Coudray, en restauration jusqu’à la fin 2007, et les logis royaux, dont la réouverture est pour l’instant prévue début 2009.

N’oubliez pas les visites guidées, elles y sont passionnantes : l’occasion d’évoquer la grande histoire du château, ainsi que des éclaircissements sur le chantier en cours. Et dès le mois de juillet, le chantier sera visitable, avec un guide, uniquement le week-end, lorsque les ouvriers ne travaillent pas.

Tout ceci pour la modique somme de 3 €, on ne peut faire beaucoup mieux, par les temps qui courent ! Une grande fortresse royale à connaître absolument, même si quelques parties sont actuellement fermées. N’hésitez pas d’ailleurs à le découvrir maintenant, pendant les travaux et après, une fois finis.
Soyez sûrs que nous suivrons au plus près l'avancée des ces gigantesques travaux.


D'autres infos sur la page de Chinon de monuments-touraine.fr

Commenter cet article

Thoutmes 02/07/2012 17:46


Je ne suis pas tout à fait d'accord avec la mention qui est faite ici du caractère anecdotique du passage des templiers à Chinon. En effet, pendant leur détention ils ont été interrogés par les
légats du pape qui les avait mandés à Poitiers. En 2001, une chercheuse agréée par le Vatican Barbara Frale a exhumé des archives un manuscrit (publié depuis) qui est désormais connu sous le nom
de "parchemin de Chinon", et qui prouve que le pape avait accordé son absolution aux templiers après qu'ils se soient repentis et aient confessé leurs fautes, probablement vénielles. Il a
probablement fallu toute la volonté de philippe le Bel pour maintenir ensuite la condamnation et faire disparaître ces documents


L'étape de Chinon dans le parcours des templiers est donc très importante.

FAB 13/08/2007 12:42

Bonjour,Nous sommes de ceux qui pensons que visiter la France est déjà bien beau au lieu de toujoirs vouloir filer  l'étranger. Les châteaux de la Loire sont un de nos objectifs, je l'avoue. Je reviendrai suivre ets articles intéressants.

Louvre-passion 08/07/2007 16:47

Cet article est fort intéressant, on y voit le destin de beaucoup de châteaux où monuments qui ont servi de carrières de pierres à des périodes où la notion de patrimoine n'existait pas.

le chevalier presque en vacances 04/07/2007 23:30

Bien le bonjour messire.... 3 piatres la visite, c'est vraiment un cadeau pour un château autant chargé d'histoire... de plus, il y a 4 semaines, j'ai visité 2 châteaux en Auvergne dont le cout était beaucoup plus élevé.  C'est curieux le hasard, je viens de terminer un article parlant d'un château ayant abrité Jeanne d'arc, juste avant un combat contre les "Anglois". Et tu perle d'elle....  Bravo pour cet article qui ravive en moi une partie de notre hstoire que j'avais oublié...... Tu nous donnes vraiment envie de venir visiter ta région.

sav 04/07/2007 12:08

3 € ce n'est rien en effet ! je pense qu'un guide est tres utile dans ces visites, pour expliquer l'histoire, la grande et la petite, du lieu...

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