Après huit années de travaux de consolidation, une première campagne de fouilles est menée sur le site du donjon de Montbazon. L’occasion d’en savoir un peu
plus sur un des plus puissants seigneurs de Touraine.
Foulques Nerra a-t-il, oui ou non, arraché d’un coup de dent un bout du tombeau du Christ au nez et à la barbe des Sarrasins ? Les fouilles
entreprises sur la tour maîtresse du donjon de Montbazon ne permettront ni d’infirmer ni de confirmer la légende attribuée au « Faucon Noir ».
Elles sanctionnent par contre l’état d’avancement d’un chantier que l’on aurait pu, passant outre le risque d’anachronisme, qualifier de pharaonique.
Propriétaire du site depuis 1999, Harry et Jacqueline Atterton ont consacré plus d’un million d’euros à la mise en sécurité du plus ancien ensemble féodal
français.
Avec son accent digne des Plantagenêt et sa courtoisie toute anglo-saxonne, Harry Atterton explique que l’on est au milieu du gué. « Il faudra quinze ans
pour restaurer la forteresse. Aujourd’hui, nous sommes en mesure d’accueillir le public dans de bonnes conditions. Demain, nous allons mettre en place toute une série d’actions visant à mieux
faire comprendre la période charnière des années mille. »
Les souterrains seront ainsi accessibles en 2008, l’entrelacs de galeries existantes ayant été répertorié. On prévoit aussi d’ouvrir deux salles de classes – couverte
et ouverte – afin de continuer à accueillir écoliers et collégiens.
Enfin, un musée se déploiera sur quatre pôles respectivement consacrés à la naissance des châteaux forts en France, à l’histoire de la seigneurie de Montbazon,
aux jardins médiévaux, à l’évocation de l’artiste américaine Liliane Whittecker qui s’était largement impliquée dans les premières opérations de réhabilitation.
Plus vieux que Loches et peut-être que Langeais
Les fouilles se poursuivront jusqu’au 17 août. Elles sont dirigées par Marie-Denise Dalayeun. La jeune femme avait consacré en 2003 un mémoire de maîtrise à
l’architecture du site. Aujourd’hui, il s’agit de vérifier que les indices de fouilles enregistrés au cours des années 50 sont exacts. « On avait alors pensé qu’un mur devait traverser
la tour dans toute sa longueur. Ce mur, nous l’avons retrouvé en explorant les deux premiers mètres de comblement. »
Le dénivelé de 6,50 m. constaté entre la base du mur extérieur et celle de l’intérieur n’est pas non plus sans poser de questions.
« Nous pensons que la tour maîtresse ne devait être occupée que de façon épisodique. Elle n’offre pas d’éléments de confort présents au donjon de Loches. On
ne voit pas par exemple de traces d’arrachement de cheminées. »
Les archéologues espèrent aussi trouver des restes de charbons dans les mortiers, ce qui permettrait de dater l’édifice de façon précise, grâce au carbone 14. En
finira-t-on alors avec la guerre des donjons en Touraine, avec la polémique visant à attribuer la palme de la longévité à Montbazon plutôt qu’à Langeais ?
Une compétition qui fait sourire Harry Atterton. « La polémique, nous l’encourageons, elle est un peu feinte mais elle permet de faire parler de nos châteaux
et, partant, d’attirer des visiteurs que nous avons bien besoin de faire venir si on veut être financièrement à même de pouvoir poursuivre les travaux de restauration. »
Philippe Samzun
Sous-exploité faute d’accès
Présidente de l’association La confrérie du donjon, Évelyne Pace déplore la sous-exploitation d’un site pénalisé par son enclavement. « Un chemin de grande
randonnée aboutissait au pied du donjon de Montbazon après avoir serpenté dans les ruelles moyenâgeuses du bourg. Malheureusement, la vétusté d’une maison menaçant ruine a conduit la commune à
prendre un arrêté de péril, ce qui interdit désormais l’accès par cette voie. »
Une mesure qui aurait de grandes conséquences sur la fréquentation. « Les gens engagés sur l’ex-nationale ont du mal à localiser le monument. Résultat, on
stagne à 10.000 visiteurs par an alors qu’on devrait attirer beaucoup plus de monde. C’est dommageable pour nous, ça l’est aussi pour l’ensemble de la commune qui se prive ainsi des retombées
touristiques », ajoute Harry Atterton.
Articles parus dans la Nouvelle République du mercredi 8 août 2007
Le donjon se visite tous les jours en été de 10h à 12h et de 14h à 18h. Le chantier de fouille est accessible au public.
Tarifs : adultes 3, 50 € ; enfants de 8 à 12 ans 2 € ; groupes de plus de 20 personnes 3 €.
Renseignements au 02 47 34 34 10. Sans oublier le site internet : donjon-montbazon.net