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MONUMENTAL

MONUMENTAL

Actualité du patrimoine. Visites, lectures, expositions, dans des châteaux, des églises. Notre passion du patrimoine à la portée de tous.


Le château de Chenonceau (37)

Publié par Nicolas Mémeteau sur 11 Février 2008, 15:02pm

Catégories : #Val de Loire

Il est toujours difficile d’évoquer un site célèbre sans tomber, soit dans des banalités habituelles, soit dans des critiques acerbes et stériles. Chenonceau fait partie de ce genre de monuments. Qui n’a jamais entendu parler de Chenonceau ? Qui n’en a jamais vu, ne serait-ce qu’une image, comme sa célèbre silhouette sur le Cher ?

Nous nous sommes rendus au château à Noël, plus exactement le 24 décembre, pour profiter des décorations florales proposées à cette période. Ce fut donc aussi l’occasion de chroniquer le célèbre monuments dans ces pages.

À l’évidence, Chenonceau est un château Renaissance. Mais il ne faudrait pas oublier que ce fief est connu dès le XIIIe siècle. Le passé médiéval du château est toujours présent par la Tour des Marques et l’avant-cour qui délimite l’ancien château fort, rasé en 1411, en punition du ralliement bourguignon de Jean Marques. Le château est peu à peu reconstruit par Jean II Marques, fidèle de Charles VII. Thomas Bohier profite de difficultés financières de la famille Marques pour racheter le château en 1513. Il rase alors le Moulin Fortifié pour se lancer peu à peu dans la construction d’un château renaissance.
Thomas Bohier est le général des Finances de Normandie. Sa femme, Catherine Briçonnet, appartient au milieu d’affaire tourangeau, gravitant notamment, grâce à des alliances familiales, autour de Jacques de Beaune-Semblançay (déjà évoqué ici), contrôleur général des Finances du roi. Le couple fait partie des nombreux financiers qui construisent en Touraine à cette époque, comme Berthelot à Azay ou Jacques de Beaune.

Le donjon est conservé, mais rhabillé de décor sculpté conforme à l’époque. Sur l’arche de l’ancien moulin, Bohier lance la construction du logis de Chenonceau. Le logis adopte un plan régulier, carré et centré. Ce carré cantonné par quatre tours circulaires n’est pas sans évoquer Chambord, de conception contemporaine. Les nombreuses influences italiennes, dans le décor, et même dans la conception des circulations nous rappellent que Bohier a participé aux campagnes d’Italie, dès 1494, auprès de Charles VIII, puis de 1507 à 1509, avec Louis XII. Il est même nommé par le roi surintendant des finances en Italie en 1511.
Dans les innovations remarquables, l’escalier est d’importance. Il s’élève au milieu de l’édifice, mais est surtout dans-œuvre et à rampes droite, alors que la mode, même royale, est plutôt aux vis hors-œuvres (Blois, Chaumont…). Il est sans doute l’un des premiers de ce type en Val de Loire, sur le modèle italien. La voûte qui le couvre est rampante, avec des nervures se coupant à angles droits. Les caissons ainsi délimités sont ornés de figures humaines, de motifs floraux ou fruitiers. Au palier, le repos permet de voir le Cher, formant une loggia à balustrade, là aussi une nouveauté.
La distribution des salles est restée la même aujourd’hui, avec le large vestibule qui traverse tout le château, disposition exceptionnelle au début du XVIe sicle. Les pièces sont, dans l’ensemble, intimes et confortables.

Toutes les façades sont rythmées verticalement par les travées de fenêtres. Chaque fenêtre est encadrée par des pilastres, solidaires de la baie qu’ils encadrent, pour accentuer la verticalité (comme à Azay-le-Rideau, Blois…). Des moulures horizontales séparent les étages et courent sur les façades. L’architecture mêle habilement vieilles traditions (hautes toitures, tourelles en encorbellement, culs-de-lampes, voûtes d’ogives et chapelle à pans coupés) et les nouveautés italiennes (ouverture de toutes parts sur le paysage, escalier rejeté sur le côté, décor de pilastres et de chapiteaux…). Chenonceau est vraiment une parfaite illustration de ce qu’est la Première Renaissance Française dans cette première moitié du XVIe siècle.
Les cuisines, restées célèbres, sont sises dans les deux premières piles, dans le lit du Cher. Elles demeurent les plus belles cuisines Renaissance visibles aujourd’hui.

La couronne récupère le domaine en 1535, légué par le fils Bohier, Antoine, une des suite du retentissant procès de Jacques de Beaune, qui entacha toutes les familles alliés, dont les Bohier, mais aussi les Berthelot à Azay ou les Hurault à Cheverny.

François Ier y reçut Charles-Quint en 1539. Henri II donne, dès 1547, cette merveille à sa favorite, Diane de Poitiers. Elle reprend l’exécution du jardin, qui porte aujourd’hui son nom, et la construction du pont sur le Cher, confié à Philibert Delorme, de 1556 à 1559. Cette même année, le roi décède et Catherine de Médicis entreprend de récupérer le château en contraignant Diane à l’échanger avec Chaumont (article ici).
La reine entreprend aussi de grands travaux : modifications de la façade nord, adjonction à l’est d’un avant-corps entre la librairie et la chapelle, établissement de deux niveaux de galeries sur le pont de Diane (1570/1576), constructions des communs dans l’avant-cour (1580/1585). Il semble qu’elle avait aussi prévu la construction d’un autre bâtiment à l’extrémité du pont, les pierres d’attente sont encore en place aujourd’hui, ainsi que la composition maniériste en avant du logis des Bohier, connue par les gravures d’Androuet Du Cerceau.

L’occupation royale permit l’organisation de somptueuses fêtes, largement connues, de par les nombreuses gravures qui existent encore.
La belle fille de Catherine, Louise de Lorraine hérite du château, et des dettes ! Elle y mène une vie de recluse après la mort d’Henri III, assassiné par Jacques Clément, en 1589. Sa chambre, recouverte de noire, est l’une des merveilles à visiter dans ce château.

Après sa mort, le site sera largement abandonné durant tout le XVIIe siècle et la première moitié du XVIIIe. De nombreux propriétaires se succèdent entre 1730 et la fin du XIXe siècle. Une importante restauration est lancée en 1863, pour lui redonné son aspect « primitif », d’après les gravures de Du Cerceau (annulation de constructions, même de Catherine de Médicis, comme l’avant-corps entre librairie et chapelle). Le décor est refait, mais fut bombardé en 1940 et 1944. Cette période est même l’occasion pour le château d’être le lieu de passage entre les zones libres et occupées ; la porte sud de la galerie donne en zone libre, alors que l’entrée du château est en zone occupée.

Nous tenons à dire que nous fûmes agréablement surpris par la visite, comme à Villandry. La célébrité du site et sa grande exposition médiatique ne nuisent pas à ses qualités premières, au moins durant l’hiver. Il est clair que l’été le monde ajouté aux nombreuses animations proposées (tour en barque, petit train…) peuvent donner l’aspect d’un parc d’attractions, plus que d’un monument historique.
Nous n’avions pas vu Chenonceau depuis de nombreuses années, et nous avons apprécié la qualité des collections dans les nombreuses pièces ouvertes à la visite (19 salles plus les jardins). C’est d’ailleurs le premier « bon » point : beaucoup de pièces plutôt bien garnies et bien mises en scène sont à voir. Nous avons certes été surpris par la présence d’un portrait de Catherine de Médicis sur la cheminée de la chambre de Diane de Poitiers (qui n’est même pas représentée dans sa chambre !). Mais en dehors de ce détail, nous avons plutôt apprécié l’ensemble, et notamment la chambre de Louise de Lorraine, qui est absolument lugubre, et donc sublime. L’ensemble des sapins de Noël et décorations florales donne une touche très sympathique à la visite, notamment dans la grande galerie. De plus, les vues spectaculaires du château, depuis le jardin de Diane ou celui de Catherine, ne se démentent jamais, pour peu qu’un rayon de soleil vienne agrémenter les façades.
Nous avons eu la chance d’avoir peu de monde au château, et nous avons bien conscience du privilège que nous avons eu, car c’est généralement un château  qui ne désemplit pas, avec l’inconfort que cela procure pour profiter des lieux, été comme hiver.

Le seul point noir, vraiment notable pour le visiteur, est évidemment le tarif : 10 € pour un adulte et 7,50 € dès 7 ans. Ajoutez à cela 4 € de location pour Ipod, si vous souhaitez faire la visite avec l’audio guide, à décider d’ailleurs dès la billetterie, et non pas à l’entrée où ils sont distribués, l’addition pour une famille moyenne peut paraître salée. Le prix en soi n’est pas exorbitant lorsque l’on voit la qualité exceptionnelle du site, mais il est vrai que cela entame fortement un budget familial pour des vacances en Val de Loire.

Chenonceau est en effet un lieu incontournable, un château essentiel de la Renaissance en Val de Loire. La beauté du site, de la galerie sur le cher, reste exceptionnelle et il convient de la connaître lorsque l’on prétend visiter les châteaux de la Loire. Historiquement, architecturalement, c’est un site majeur de notre patrimoine. Reste que Chenonceau est un site privé, qui a besoin de fonds pour exister. Cela en fait un site cher, c’est vrai, qui peut paraître même excessif à certains pour tout visiter, avec audio guides. Notez qu’il n’y a pas de guides et des visites guidées, juste des Ipod (payants) ou une brochure, qui est plutôt bien faite d’ailleurs, mais qui ne remplaceront jamais le talent  d’un bon guide dans un château de la Loire.

Chenonceau ou Chenonceaux ?
En fait, les deux ! Chenonceaux, avec un X est le nom actuel du village. L’appellation sans X correspond au nom du château à l’époque Renaissance.

D'autres infos : www.chenonceau.com


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Flo-Avril2 26/02/2008 17:08

toujours d'aussi belles photos chez toiTu ne devrais pas mettre ton adresse mail sur ton blog, tu as le lien contact que tu peux reproduire de la sortehttp://ann.over-blog.com/blog-contact.php?ref=267530

Le chevalier Dauphinois 15/02/2008 22:24

Comme tu le dis si bien : "Il est toujours difficile d’évoquer un site célèbre sans....".  C'est la raison qui ne me fait décrire que des ruines peu connues. Mais il est vrai que parfois, l'envie de décrire ses sensations titille les blogueurs que nous sommes.  J'ai adoré ton article. J'ai visité plusieurs châteaux de cette belle région il y a bien longtemps (non, non , pas vers 1207... cette merveille n'était pas construite et j'aidais Simon de Monfort un peu plus au sud...hihihihi). Cela me titille de le revoir grâce à toi..... Le mois de Mai est encore loin... dommage. 

Gildas 13/02/2008 08:20

Chenonceau est un site majeur de notre patrimoine qui illustre admirablement cette période architecturale de la Renaissance française, à visiter absolument quand on fait un circuit «Vallée de la Loire » . Les cuisines du château sont exceptionnelles et que dire de la galerie… Pour moi qui suis de Nérac un lien supplémentaire d’attachement pour ce château à travers l’illustre Catherine de Médicis qui séjourna à la cour de Nérac ( l‘édit de Nérac en 1579 )…Gildas

David 12/02/2008 22:07

Bonsoir Nicolas, votre article sur chenonceaux est tres interessant c'est un chateau vraiment magnifique!!!En fait je viens aussi vous dire que je vous ais tagué. Pour en savoir +  je vous invite à visiter mon blog  ou seront expliqués les regles de ce jeu.Bonne soirée a vousDavid

Louvre-passion 12/02/2008 21:58

On en apprend toujours autant surtout pour un site tellement connu qu'on en oublie l'essentiel. Mais quand vous parlez du "général des Finances de Normandie" n'est ce pas plutôt le contrôleur général des finances ?

Nicolas Mémeteau 12/02/2008 23:00

Tout à fait, mon cher. Merci de cette précision. Cette petite erreur était passée entre les mailles de mes relectures !Chose réparée ! Merci de nous lire avec autant d'assiduité et de précision.

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