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Mercure - Itinéraires Culturels

La citadelle de Loches est certainement l'un des ensembles les plus complets qui nous soit parvenu depuis le Moyen-Age. Je parle de citadelle, car le terme château est incomplet ici. Nous avons une grande enceinte, dans laquelle se trouve la ville médiévale, le donjon, le logis royal, sans oublier la collégiale ; nous sommes donc en présence d'un espace complet.

Au VIe s., Grégoire de Tours mentionne déjà une forteresse à Loches. Détruite en 742 par Pépin le Bref, elle fut rebâtie par Charles II le Chauve (823/877), qui l'aurait donnée à Adalande. La petite fille de ce dernier épousa Foulques le Roux, par qui la place entra en possession des comtes d'Anjou. Elle fut l'un des atouts de Foulques Nerra, dans ses luttes contre la maison de Blois, et un enjeu entre les rois d'Angleterre et les rois de France aux XIIe, XIIIe siècles. En 1193, Jean sans Terre (1167/1216) avait livré Loches à Philippe Auguste (1165/1223). Mais l'année suivante, Richard Coeur de Lion (1157/1199) s'en emparait, après un siège de seulement trois heures. En 1205, après la mort de Richard, Philippe Auguste investit Loches et finit par prendre le château, et le donna au fils du vainqueur, Dreu de Mello. En 1249, Saint Louis (1214/1270) racheta le château, qui ne cessa plus d'appartenir à la couronne de France, sous la garde de gouverneurs royaux.
Il fut une résidence privilégiée pour Charles VII (1403/1461) et pour Louis XI (1423/1483). De la fin du XVe s., jusqu'à la fin de Révolution, il fit office de prison, avec quelques prisonniers célèbres, dont Ludovic Sforza, Duc de Milan, prisonnier vers 1500, jusquà sa mort en 1508.

Le donjon est la partie la plus ancienne du complexe. Il semble qu'il soit dû à Foulques Nerra. Les datations sont différentes selon les historiens & archéologues. Les deux dates les plus vraisemblables sont 1017 ou 1030 pour la construction, ce qui en fait une des plus anciennes constructions en pierre encore existante, avec les autres châteaux dus au même comte d'Anjou : Langeais ou Montbazon.
Le donjon s'élève à 37 m., mais le couronnement et les toitures manquent. Accolée sur sa face nord, une tour de 25 m. de haut, improprement appelé "petit donjon", en protégeait la porte. Aux angles sont étayés des contreforts hémi-cylindriques engagés dans des dosserets, proches de ceux de Montbazon.
Le rez-de-chaussée, la "cella", était divisé par un mur de refend longitudinal rajouté à postériori. Il est éclairé par des jours haut placés, équipé d'un puits et desservi par un escalier à l'angle SE.
Les trois étages sur planchers, dont la grande salle de reception, (aujourd'hui disparus), étaient chauffés par des cheminées superposées à hotte coniques, que l'on peut très bien voir aujourd'hui. Des fenêtres cintrées, au fond de larges niches, permettaient l'éclairage des différents niveaux. Les escaliers  des étages (à rampe droite) sont encastrés dans l'épaisseur du mur oriental. Pour accéder au troisième, il fallait traverser la pièce et emprunter un escalier en vis, partant de l'angle opposé.
Au premier étage,  un couloir voûté est creusé dans les murs nord et ouest. Cette circulation compliquée était évidemment conçue pour dérouter les agresseurs.
La seule entrée du donjon se trouve à l'opposé du front d'attaque, à 3 m. de hauteur, dans le "petit donjon". Posée dans la cage d'escalier, et défendant symboliquement le seuil, la chapelle Saint-Salleboeuf à conservé son abside en cul-de-four.

Le donjon est à lui seul une forteresse sur une motte, mais il fut assez rapidement intégré à l'enceinte du château. Au cours du XIIe s., trois enceintes furent successivement ajoutées pour couvrir le donjon au sud : la troisième, sous le règne d'Henri II Plantagenêt (1154/1189), flanquée de tourelles semi-circulaires pleines, de 3 à 5 m. de diamètre. Dans le même temps fut creusé en plein roc l'immense fossé isolant définitivementla place du plateau. Au XIIIe s., le fossé fut élargi à 12 m., trois tours à bec furent rajoutées.
Attribué sans preuves à Philippe Auguste, cette campagne de travaux dut se poursuivre jusqu'au rachat du site par Saint Louis en 1249.

Dans la deuxième moitié du XVe s., trois ouvrages sont réalisés.
Le pavillon d'entrée est un corps rectangulaire accolé au "petit donjon" du XIe s., réutilisant la porterie primitive. Les progrès de l'artillerie ont imposé, sous Louis XI la construction d'une barbacane, appelée la marche.
La tour neuve est placé au point de rencontre des enceintes, du château et de la ville, est en fait un nouveau donjon (partiellement écroulé en 1814). C'est une tour à trois étages avec machicoulis, cheminées, latrines et une poterne à pont-levis, donnant accès à l'enceinte du château.
Au fond du fossé, ou il faut descendre pour prendre la mesure du site, le martelet desservait une galerie défensive courant à la base du fossé. Le martelet date de 1569.

La visite du donjon est vraiment captivante. Pour ceux qui souhaite découvrir un vrai château fort, une construction défensive parmi les plus anciennes de France, cette étape est incontournable.
C'est une des rares constructions médiévales dans un aussi bel état de conservation. De plus, Loches est l'une des places les plus riches de l'histoire de France, lieu de confrontations entre les royaumes de France et d'Angleterre au Moyen-Age, et qui a vu également les passages des plus grands rois, comme Philippe Auguste, Charles VII et Louis XI, par exemple, sans oublier Richard Coeur de Lion.

A suivre... le logis royal, la collégiale Saint-Ours.
Plus d'infos sur la page patrimoine du Conseil Général d'Indre et Loire ici et sur le nouveau site monuments-touraine.fr

par Nicolas Mémeteau publié dans : Val de Loire
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