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MONUMENTAL

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Actualité du patrimoine. Visites, lectures, expositions, dans des châteaux, des églises. Notre passion du patrimoine à la portée de tous.


Diane en Val de Loire

Publié par Nicolas Mémeteau sur 2 Juin 2006, 00:00am

Catégories : #Un peu d'histoire...

Existe-t-il personage plus charismatique, plus contrasté, plus critiqué, plus idéalisé, plus représentatif d'une époque que Diane de Poitiers... Elle est sans doute la femme qui a le plus marqué le XVIe siècle, avec sa rivale, Catherine de Médicis. Elles sont en effet indissociables, et pourtant si différentes. L'empreinte de ses deux femmes est immense, notamment dans quelques lieux du Val de Loire.

Diane de Poitiers est née en 1499. Des doutes ont longtemps subsisté sur sa date de naissance. Elle a en effet passé sa vie à mentir sur son âge. Elle est la fille de Jean de Poitiers, qui n'a rien à voir avec la ville de Poitiers, mais dont le nom serait plutôt issu des anciennes tribus "pictes" du Dauphiné. Nous devrions l'écrire "Poictiers", pour éviter certaines confusions.
Elle épousa en 1515 Louis de Brézé, grand sénéchal de Normandie. Il lui apporta surtout un rang, un nom, une place à la cour, à défaut de bohneur conjugal. Grâce à son rang, elle devint la perceptrice des enfants royaux, François l'ainé (qui décèdera avant de régner) et Henri (futur Henri II). Elle gardera avec ce dernier un attachement particulier et ils deviendront amants en 1536, alors qu'Henri avait 17 ans, fraîchement marié à la duchesse d'Orbino, Catherine de Médicis. Ils restèrent amants jusqu'à la mort du roi en 1559.
Avant Catherine, Diane fut la rivale de la duchesse d'Etampes, maîtresse de François Ier. Henri devenu roi, elle la fit exiler et devint toute-puissante. Catherine de Médicis, Reine de France, dut elle-même s'effacer devant elle. Diane s'entoura d'une cour brillante, devint duchesse de Valentinois. Henri II fut tellement amoureux de cette femme, pourtant de vingt ans son aînée, qu'il la traita comme une reine. Sans titre, elle bénéficiait d'autant, si ce n'est plus, de fastes que Catherine elle-même. On ne peut que comprendre l'esprit de revanche qui allait animer la reine après la mort du roi, à l'encontre de la favorite.
Malgré son adultère avec Henri, Diane était une catholique fervente, très intolérante vis-à-vis de la réforme. Elle poussa le roi à réprimer et pourchasser les protestants... Son influence dans les décisions politiques fut fréquente, dans bien des domaines.

Le rôle de Diane ne fut pas important qu'en politique. Elle eut influence déterminante dans un certain nombre de constructions, notamment en Val de Loire. Elle aimait le faste et le luxe, notamment dans ses résidences.
Henri II lui fit construire le château d'Anet en 1547. Elle choisit l'un des architectes les plus brillants de la Renaissance Française, Philibert Delorme. Il fit de ce lieu un des joyaux de la Renaissance, superbe écrin pour Diane, à la hauteur de sa beauté, aujourd'hui légendaire. Delorme y apporta toutes les innovations de l'époque en y ajoutant une invention nouvelle qui fit école, la superposition des ordres (dorique, ionique & corinthien). Le roi et sa maîtresse aimèrent s'y retrouver loin du tumulte de la cour. Elle y passa le plus clair de son temps après la mort d'Henri, en 1559, jusqu'à sa mort en 1566.
Malheureusement, le château souffrit beaucoup à la Révolution. Il n'en reste qu'une aile sur les quatre existantes au XVIe. Mais il nous reste la magnifique chapelle centrée, dans laquelle Diane repose, ainsi que le portail du château, à lui seul un chef-d'oeuvre.

En 1547, Henri II lui donna, en même temps que s'élevait Anet, le château de Chenonceau. Dès 1551, Diane aménageat les jardins. Elle s'inspira des merveilleux jardins de Blois et d'Amboise. Elle voulut créer un espace à la fois parterre, verger et potager. A cela s'ajoute une terrasse, divisée par des allées en parcelles géométriques, agrémentées de fontaines.
Elle convoqua ensuite Philibert Delorme, alors surintendant des Bâtiments et architecte ordinaire du roi. Ensemble, ils projetèrent la construction d'un pont, surmonté d'une galerie à un seul étage avec une fenêtre et un balcon à son extrémité pour "prendre l'air", et terminé par deux petits pavillons. Ce pont n'est apparemment pas destiné à être un passage entre les deux rives, bien que fut prévu, dans un devis de 1557, l'éventualité d'une pile supplémentaire et d'un pont-levis.
Elle n'eut pas le temps de réaliser la galerie. Seul le pont le fut sous ses ordres, avant la mort d'Henri II en 1559.
Cet évènement changea la donne dans les châteaux de la Loire. Catherine de Médicis, libre de ses mouvements, chassa Diane de Chenonceau. C'est elle qui termina la célèbre galerie du château.

La "vengence" de la reine ne fut toutefois pas aussi terrible que l'on aurait pu l'imaginer. Catherine contraignit Diane à s'exiler de la cour, à ne plus reparaître devant elle... c'est bien le moins que l'on peut demander à la femme qui a éclipsé la reine de France pendant 23 ans... La reine força également Diane à échanger Chenonceau avec le château de Chaumont. La reine s'était arrangée, dès 1550, pour faire tomber le site de Chaumont, laissé sans succession, dans le domaine royal, sous son administration directe. Ce n'est pas que la construction lui plût, elle n'y vint que très peu ; en revanche le château rapportait beaucoup d'argent, de part sa situation sur la Loire, ainsi qu'avec les nombreux domaines agricoles qui en dépendaient. Il restait néanmoins une construction austère, médiévale, pour la reine de France, au contraire de Chenonceau, un des châteaux les plus prestigieux de son époque... D'où cette idée de Catherine d'échanger un modeste château médiéval avec un joyau de la Renaissance. Ce fut une humiliation suprême pour Diane. La reine Catherine argua que, lorsqu'Henri II donna Chenonceau à Diane, le roi n'en avait pas le droit. En effet, dès qu'un château appartient à la couronne, le domaine royal étant inaliénable, le roi ne peut pas le morceler selon son gré. Elle s'appuie sur ce point juridique, dont elle n'a cure pour se séparer de Chaumont, pour humilier la favorite de feu son mari, le roi de France.
Elle l'accepta, bon gré mal gré, et entra en pleine possession du domaine de Chaumont en 1562. Il est certain qu'elle y vint elle aussi très peu, certains disent jamais. Cela paraît difficile à démontrer aujourd'hui, et cela a-t-il seulement de l'intérêt ? Elle fit tout de même des travaux à Chaumont, c'est ce qui nous intéresse ici. Même si elle ne s'intéresse pas beaucoup à un lieu qu'elle possède, Diane tient à y apposer ses marques.
A Chaumont, elle fit finir les chemins de ronde du châtelet d'entrée et de la tour Saint-Nicolas, non réalisés depuis la construction de ces parties au début du XVIe. Elle y fit sculpter ses emblêmes, D entrelacés, arcs et carquois, ainsi qu'un signe dans la chambre de Ruggieri, sous le chemin de ronde de la tour Saint-Nicolas.

Nous savons toutefois que pour cette période (1559/1566), Diane de Poitiers séjourna majoritairement à Anet, château donné et construit sous les ordres de l'homme de sa vie, Henri II. C'est ici qu'elle décèda en 1566. On ne peut nier l'apport de Diane dans les construction de la vallée de la Loire, jardin de la France au XVIe siècle. Au delà des images d'Epinal et autres lieux communs sur sa personnalité, elle nous a légué quelques beaux aménagements et constructions, preuve de son goût pour les arts de son temps.

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carrosalva 11/06/2007 21:34

Coucou Nicolas, j'ai trouvé ton article interressant, je me suis permise de faire un lien de Diane de Poitiers à ton article pour complèter les informations que j'avais déjà :).Bonne soirée

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