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MONUMENTAL

MONUMENTAL

Actualité du patrimoine. Visites, lectures, expositions, dans des châteaux, des églises. Notre passion du patrimoine à la portée de tous.


Bouges le Château (36)

Publié par Nicolas Mémeteau sur 3 Juin 2006, 00:00am

Catégories : #Ailleurs...

Monumental souhaite vraiment vous parler du château de Bouges. Pour beaucoup, il est inconnu est c’est franchement dommage. Il s’agit d’un petit monument tout à fait charmant, dans le plus pur style XVIIIe. Il vous fera penser au Petit Trianon de Versailles ou au château de Pignerolle, à l’est d’Angers. Si les villages de l'Indre peuvent s’enorgueillir de toutes leurs robustes églises ou manoirs médiévaux ou Renaissance, cette demeure du XVIIIe siècle vous surprendra.
L’histoire de Bouges commence au début du Xe siècle, en 917 exactement où la terre de Bouges est mentionnée pour la première fois, dans la charte de fondation de l’abbaye de Déols. Au XIIIe s., cette terre relève de la chatellainie de Levroux. Elle se transmettra par les femmes jusqu’au XVe s., ce qui explique la complexité avec laquelle on suit l’histoire de ce site. L’alliance de Jacquette du Peschin avec Bertrand de la Tour, comte d’Auvergne, fait enter la seigneurie, vraisemblablement constituée d’une motte féodale, dans la famille de la future reine de France, Catherine de Médicis. Famille de la Tour d’Auvergne dont est issue également Diane de Poitiers, la rivale de Catherine au XVIe s., dont nous avons déjà parlé.
Le petit castel est décrit comme « une maison-fort, fossés, basse-cour, maison et jardin étant en ladite paroisse et bourg de Bouges ». Il ne disposait pas des mêmes attraits que les châteaux de Chaumont-sur-Loire, que Chenonceau ou que le palais des Tuileries élevé hors les murs de Paris par Philibert Delorme. Il ne paraît pas avoir bénéficié des acquis de l’art de la Renaissance qui s’épanouit dans les châteaux voisins de Valençay et Villongis.
Les documents manquent pour suivre les transformations du château jusqu’en 1759, mais l’acte de vente indique que la motte castrale fut fortifiée, vraisemblablement lors des guerres de religions et de la Fronde.
La famille Leblanc de Marnaval, après une forte ascension sociale, due à une grosse fortune dans les forges, acquiert le château en 1759. A ce moment, il n’est pas question de conserver l’ancienne maison forte. Elle est rasée et, sur ses vestiges, l’actuel château est construit à partir de 1765 (ou 1762).
Dans son organisation en pavillon, Bouges ressemble à beaucoup d’hotels particuliers de son temps, comme l’hotel Peyrenc de Moras à Paris (actuel Musée Rodin), mais aussi à des travaux d’architectes pour des maisons de plaisance, comme le château de Marly, de Jules-Hardouin Mansart, pour Louis XIV.
Bouges devient propriété de Jean-François, marquis de Rochedragon, baron de Mirebeaux, chevalier de l’ordre de Malte et de Saint-Louis, en 1781. Augmenté et administré avec soin, le domaine assure des revenus confortables. Il passe la Révolution sans trop de problèmes. Sa descendance occupe le site jusqu’en 1818, date à laquelle Talleyrand acquiert le château, pour la somme de 650 000 francs. Le château est dit alors « formant pavillon carré à l’italienne, avec terrasses, jardins, parcs, cour d’honneur, basse-cour, écurie, remises, pavillon de concierge, bâtiment d’exploitation ». Talleyrand passe peu de temps à Bouges, préférant résider à Valençay, tout proche, mais, en 1822, il fait dresser un état des titres du domaine, dont il exploite les vignes. L’épouse de son neuveu Edmond, Dorothée de Périgord, princesse de Courlande, devenue Duchesse de Dino en 1817 dispose de la demeure et y séjourne souvent.
Dans son histoire compliquée, Bouges passera encore dans les mains du riche homme d’affaire Masson, puis dans celles d’un général, Mahmoud Benaïad, famille de Djerba, puis des Dufour en 1857. Henri Dufour remania le domaine jusqu’à sa mort en 1913. Les Duchêne créèrent le jardin, notamment Achille, fils du célèbre Henri, qui, avec son frère fut le créateur du parc de Chaumont et de beaucoup d’autres jardins en France, à la fin du XIXe s.
Le dernier propriétaire du château fut Henri Viguier de 1917 à 1967. Le directeur du BHV et sa femme Renée habitent le château, le modernisent. Ils redonnent vie au château en ajoutant des boiseries et du mobilier ancien. Ils sélectionnent de préférence de petits meubles volants, aux marqueteries simples ou en acajou, et des sièges d’époque Louis XVI. Comme à Talcy, ce petit site regorge de pièces de qualité, surtout XVIIIe. A sa mort en 1967, Viguier céda le site à l’état.
 
Il nous faut vous parler du mobilier, qui est tout simplement extraordinaire. Toutes les pièces du château sont meublées, pour la pluapart avec des éléments XVIIIe d'une rare qualité. Vous y trouverez des fauteuils, des bergères, des chaises ponteuses, des chaises percées, ainsi que quelques curiosités comme un rafraîchissoir en acajou (sorte de glacièreavant l'heure !), une table de trictrac, des tables bouillotes, des consoles... Tout ceci rappelle le XVIIIe s. et est en parfait état. Le mobilier vaut à lui seul la visite.
 
Ensuite, après votre tour du château, profitez des jardins, mais surtout allez aux écuries. Elles sont petites (beaucoup plus que celles de Chaumont par exemple), mais sont très intéressantes, avec une collection imposante dans la sellerie. Dans la remise des voitures, vous verrez un grand nombre de véhicules hippomobiles, dans des états de conservations assez divers.
Il faut visiter ce monument pour le calme de cette région, l’harmonie des façades et des différents jardins ainsi que pour la qualité du mobilier que vous y trouverez. A cela s’ajoute les dépendance, dont de petites écuries tout à fait charmantes, et un jardin fleuri, de fleurs sauvages, délicieux.
La seule déception concerne la visite guidée, obligatoire ici qui n’était pas d’une grande qualité (visité en 2005). Ce peut être le fruit du hasard. Mais cela n’a pas gâché notre plaisir de visiter ce monument, qui est à coup sûr, notre coup de cœur de l’année passée. Il faut y aller !
 
C'est assez loin de tout, c'est pourquoi si vous passez par là, nous vous recommandons de visiter également Valençay... mais ceci est une autre histoire !
 
Château de Bouges
36110 Bouges-le-Château
Plan d'accès ici
 
Tel. 02 54 35 88 26 Web : bouges.monuments-nationaux.fr
Visites commentées : avril, mai, juin, septembre octobre : tlj (sauf mardi) 11h, 15h, 16h, 16h45.
Juillet, août : tlj 11h, 12h, 15h, 16h, 17h, 17h45
Mars & novembre : WE 15h, 16h, 16h45. Fermé de décembre à février & le 1er mai.

Commenter cet article

nicolas 03/05/2007 17:58

Je voulais vous féliciter pour votre blog. Très intéressant et très bien écrit ! C'est merveilleux de voir que d'autres personnes ont la même passion que moi ! Continuez !
Bien cordialement.
Nicolas

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