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MONUMENTAL

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Actualité du patrimoine. Visites, lectures, expositions, dans des châteaux, des églises. Notre passion du patrimoine à la portée de tous.


Présence royale en Val de Loire

Publié par Nicolas Mémeteau sur 8 Janvier 2007, 00:00am

Catégories : #Un peu d'histoire...

Pourquoi les Rois de France ont vécu en Val de Loire durant les XVe et XVIe siècle ? Cette question est indéniablement la plus souvent posée par les visiteurs, dans tous les sites historiques de la vallée. Il est toujours difficile d’y répondre de manière complète et objective car il existe plusieurs sortes de réponses qui ne satisfont jamais tout à fait.

Cependant, nous sommes obligés d’admettre que la présence royale sur la Loire est un phénomène important sur bien des plans : économique, architectural, culturel, politique… la liste est  là aussi difficilement exhaustive.

 

Pour commencer, donnons-nous des bornes chronologiques. La présence royale en Val de Loire est attestée et quasi quotidienne dès la première moitié du XVe siècle.

Charles VII est le premier à s’installer durablement dans la vallée, de préférence à Chinon, de temps en temps à Loches. Louis XI reste fidèle à Loches où il a grandi. Mais il s’installe à Amboise, après son mariage avec Charlotte de Savoie, et finit ses jours à Pléssis-les-Tours. Sous son règne, Tours fait figure de capitale du royaume, siège d’une activité économique et artistique florissante. Charles VIII épouse Anne de Bretagne à Langeais (v. article) et transfère la cour à Amboise. Ses successeurs,  Louis XII et François Ier, installeront la cour à Blois. Ce dernier va quitter les bords de Loire en souhaitant installer la cour en région parisienne, à Fontainebleau et Saint-Germain-en-Laye.

Mais la royauté ne quitte pas pour autant cette région. Henri II y vient régulièrement, Diane loge souvent à Chenonceau et Catherine de Médicis passe beaucoup de temps à Blois jusqu’en 1559. Le château de Blois était en effet la « pouponnière » royale depuis François Ier (nous reviendrons bientôt sur le château de Blois). Claude de France y mit au monde 7 enfants entre 1514 et 1524 et Catherine y accoucha de 10 enfants en 12 années, de 1543 à 1555. Les enfants de France étaient ensuite élevés au château, jusqu’à être appelés à d’autres fonctions, l’âge venant. Lorsque Catherine récupère Chenonceau (v. article Chaumont), elle y organise pendant longtemps d’importantes fêtes jusqu’à la fin de sa vie (5 janvier 1589).

Les rois de France ne viendront pas beaucoup au XVIIe siècle, mais Louis XIV, grand chasseur, aima beaucoup Chambord où il y fit quelques travaux. Le roi ordonna aussi la poursuite de la construction de la cathédrale  Sainte-Croix d’Orléans, ce qui explique la forme de la rosace sur le transept sud (en forme de soleil).

 

Mais revenons-en à la question première. Les rois de France ont fui la capitale du royaume pendant près d’un siècle et demi.

Le pays est alors en guerre contre l’Angleterre (la guerre de Cent Ans, 1337/1453) et cette dernière tourne mal après la défaite d’Azincourt en 1415. Le souverain (Charles VI) doit fuir Paris et se réfugie en Touraine dans de solides forteresses et des villes fidèles comme Bourges, Chinon, Loches ou Tours. Il semble incontestable que sans la guerre de Cent Ans, le Val de Loire n’aurait pas été fréquenté par la cour, ou du moins, de manière moins importante et la vallée n’aurait sans doute jamais été le berceau de cette révolution artistique du XVIe siècle qu’est la Renaissance. L’aspect centralisé de la monarchie fait le reste, puisque là où est le roi, là est la cour et là est aussi l’administration du royaume. Sont aussi présents autour du roi, les élites intellectuelles, artistiques et religieuses. A l’installation du pouvoir, nous pouvons ajouter la fortune colossale des grands financiers, tels que Jacques de Beaune (Hôtel de Beaune à Tours), Gilles Berthelot (château d’Azay-le-Rideau) ou Thomas Bohier (Chenonceau) par exemple, qui vont lancer la construction de splendides demeures.

 

Nous ne pouvons nier une part de hasard dans l’installation royale, mais il se trouve que la région est riche (voies de communication, terres fertiles, traditions commerciales). Le « Jardin de la France », appellation de cette époque pour la région, avant même de devenir la Vallée des Rois, restera la principale voie de communication entre la Méditerranée, le Lyonnais, l’Italie, Genève, ou, vers le nord, la région parisienne, la Normandie, la Bretagne et les provinces de l’Atlantique, jusqu’à l’invention du chemin de fer.

 

Cette installation royale coïncide avec un évènement politique majeure pour le royaume, surtout dans le domine artistique et culturel : les guerres d’Italie.

Nous disions que là où se trouve le roi se trouvent aussi les artistes. Ils vont, comme toujours, rivaliser d’expressions artistiques pour plaire à la cour et satisfaire le roi. Cela fut visible dans les arts, bien sur, comme la peinture, la sculpture, mais surtout pour ce qui nous concerne, l’architecture, les aménagements intérieurs des demeures, royales ou non dans des lieux comme Amboise, Blois, Azay-le-Rideau, Chenonceau, Chaumont, Villandry (…) et bien sûr Chambord. Ce dernier nous permet de signaler l’importance d’un roi sur tous les autres, celui sans qui cette occupation ligérienne n’aurait pas laisser autant de traces manifestes de la Renaissance : François Ier. Certes il vivra en Val de Loire, mais notez quand même qu’il passe beaucoup de temps en d’autres points du royaume, ou en Italie (souvenons-nous de Marignan, bien sur, mais aussi de Pavie et de sa captivité en Espagne pendant plus d’un an…). Toutefois la personnalité de ce roi est capitale même si sa présence n’est pas quotidienne. Il est passionné par les arts italiens et n’aura de cesse de donner une impulsion essentielle dans les nouvelles recherches architecturales. Son goût pour les nouveautés est effectivement porté à son paroxysme dans la création de SON œuvre : Chambord, chef-d’œuvre de la Renaissance, mais surtout, désir d’un roi. Il lance la construction en 1519, en même temps que celle de son aile à Blois. Ironie de l’histoire, il ne le verra pas fini naturellement. Il y viendra d’ailleurs assez peu, même s’il donne lui-même des instructions pour la construction. Son empreinte est capitale dans l’arrivée de ces nouveautés italiennes, adaptées au goût français, la première renaissance française.

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Cette impulsion est également présente en Ile-de-France. Il décide d’y déplacer la cour à partir de 1528 et y passera de plus en plus de temps dès la fin des années 1530, pour y mourir le 31 mars 1547, à Rambouillet. En région parisienne, les traces de François Ier sont visibles à Fontainebleau, Rambouillet, Saint-Germain-en-Laye par exemple.

 

Même si la présence royale n’est plus manifeste à la fin du XVIe siècle, elle a marqué pendant plus d’un siècle et demi le royaume de France et surtout la vallée de la Loire qui porte encore les stigmates des passages de ces rois. Toutes les installations sont visibles sur le terrain, chacun y a laissé une marque indélébile de Charles VII à Catherine de Médicis et même au-delà. De Nantes à Orléans, vous apprendrez à la fois l’histoire de l’architecture, mais aussi l’histoire royale qui s’y rattache. Ceci laisse imaginer l’immensité et la diversité du patrimoine ligérien dû aux différents rois de France qui y ont séjourné.

Commenter cet article

Caroline 12/01/2007 17:52

Merci pour ces explications très claires ! Je rajoute que la région possède une sépulture royale, celle de Philippe Ier, arrière-petit-fils d'Hugues Capet, enterré à l'abbaye de Fleury (aujourd'hui Saint Benoît sur Loire) dont il fut l'un des bienfaiteurs. Son gisant est visible dans la partie gauche du choeur et son sarcophage (non accessible car à l'intérieur de la clôture) sous le maître autel.
 

Nicolas Mémeteau 13/01/2007 09:44

Je connais bien cette abbaye, à Saint-Benoit-sur-Loire, c'est un véritable chef-d'oeuvre ! Il faudra que nous en parlions un jour. Et si tu passes par là, n'hésites pas à t'arrêter à l'abbaye de Cléry-Saint-André. Tu y verra le tombeau de Louis XI.A bientôt.

pc 10/01/2007 11:19

Bravo pour ce site ,je vous ai mis dans les liens .

Louvre-passion 09/01/2007 21:04

Bonne analyse, effectivement les circonstances historiques ont joué. Pendant une période Paris n'était pas sûr et à même été occupé par les Anglais. A tout cela il faut ajouter le caractère "nomade" de la monarchie de l'époque.

sav 08/01/2007 18:38

eh eh, le hasard fait bien les choses ! on s'est posé cette question à table ce week-end... merci pour cette réponse ;-)

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