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Mercure - Itinéraires Culturels

La découverte du prieuré de Saint-Cosme s'impose au printemps ou au début de l'été. Peut-être connaissez-vous déjà l'événement principal de l'année de ce lieu : les journées de la rose, qui ont lieu généralement fin Mai ou début juin, l'occasion de voir et d'acheter des rosiers magnifiques.
Mais au-delà de cet événement, il s'agit ici d'un lieu absolument charmant, bucolique, et poétique, grâce à l'ombre de Pierre de Ronsard qui hante chaque parcelle de jardin, et chaque pierre du prieuré.
L'implantation d'un édifice religieux est attesté depuis le VIe siècle, même si les premières mentions, dans les sources, ne remontent qu'à 922. L'Hermitage d'Hervé, trésorier de Saint-Martin (1014-1018), était à l'abandon quand Béranger y fit une retraite en 1075. La collégiale Saint-Martin y établit un prieuré à partir de 1092 pour 5 chanoines, désireux de suivre la règle de Saint Augustin.

Louis XI (résident au Plessis-les-Tours, juste à côté) finança la réfection de l'église à la fin du XVe siècle, mais ce prieuré reste célèbre par la présence à sa tête du poète Pierre de Ronsard. Il en reçoit la commende en 1565 et la conserve jusqu'à sa mort en 1585. Il y reçut notamment les visites de Catherine de Médicis, Charles IX, ainsi que du futur Henri III.
La plupart des bâtiments ont disparu à partir de 1742, date de la suppression du prieuré, ajouté à la vente du domaine en 1791. L'ensemble de la ville de Tours fut aussi largement bombardé en 1944, pour atteindre ses nombreux ponts ; le site, proche de la Loire, en fit également les frais.

Ce lieu a un triple intérêt de visite : les vestige romans d'un immense ensemble, une maison d'écrivain, vouée à un des plus grands poètes français, un jardin consacré à la culture de la rose.

La maison du prieur est visitable. Il vous sera possible de voir une formidable maquette de l'ensemble du prieuré avant destruction. On se rend alors compte de l'importance du lieu. Le premier étage est consacré à la vie de Ronsard à Saint-Cosme, avec notamment le bureau ou il a composé ses Derniers vers, avant de mourir. Vous pourrez également monté voir les charpente du logis.
Image hébergée par servimg.com
De l'église du prieuré, il ne reste qu'une partie du chœur, avec notamment un morceau du déambulatoire avec deux de ses trois chapelles rayonnantes. L'architecture présente est superbe, et montre à nouveau la richesse du patrimoine roman en Touraine (souvenons nous des vestiges de la collégiale Saint-Martin, du prieuré Saint-Léonard, de Cunault...).
Image hébergée par servimg.comIl est notamment possible, dans la première chapelle, d'apercevoir du faux-joint, assez bien conservé.
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Dans le chœur git encore les reste du poète, mort en ce lieu en 1585. Des études attestent qu'il s'agit bien de Pierre de Ronsard.
Image hébergée par servimg.comVos pas peuvent ensuite vous mener dans l'ancien cloître, dont ne subsiste que le puits elliptique et la fontaine d'ablutions des chanoines. Le réfectoire donne lieu aujourd'hui à de fréquents concerts et spectacles. Seule la chaire, toute en pierre, rappelle l'ancienne fonction de cet énorme bâtiment.
Image hébergée par servimg.com
A côté se tient l'ancienne hôtellerie, transformé en bibliothèque par les Amis de Ronsard, l'occasion de revenir sur la vie passionnante du poète.
L'autre attrait de la visite est bien sûr la déambulation dans les nombreux jardins. Le Conseil Général d'Indre-et-Loire, propriétaire des lieux, a transformé ce lieu en un magnifique centre de culture de la rose, si chère à Ronsard. Honnêtement, l'association est très heureuse. Les centaines de pieds, disséminés partout, donnent au lieu un aspect bucolique, romantique, et même poétique. Il est d'ailleurs possible de lire, au hasard du parcours des vers que Ronsard a consacré à sa fleur favorite.
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Le temps de cette découverte (comptez au moins 1h30 à 2h pour s'imprégner comme il faut... c'est un site qui mérite de prendre le temps), le visiteur se trouve comme hors du temps, dans un sublime jardin, cerné par la poésie de Ronsard, qui ajoute sérieusement à la magie des vestiges romans d'un prieuré historiquement important en Touraine.
Image hébergée par servimg.com
Vous l'aurez compris, nous avons été comblés, et vous les serez aussi, nous l'espérons.

Informations et renseignements :
www.prieure-ronsard.fr ; demeureronsard@cg37.fr
Tel : 02 47 37 32 70.

par Nicolas Mémeteau publié dans : Tours
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Petite précision pour commencer : la basilique Saint-Martin et la collégiale Saint-Martin ne sont pas les mêmes édifices. La collégiale est l’église médiévale, lieu de passage incontournable du pèlerinage vers Saint-Jacques de Compostelle. La basilique actuelle est l’église construite au XIXème siècle par Victor Laloux qui jouxte l’ancienne collégiale (v. article basilique). Nous traitons dans un premier temps la collégiale médiévale, par souci de cohérence chronologique.

 

Saint Martin n’est pas mort à Tours, mais à Candes (aujourd’hui Candes-Saint-Martin, il nous faudra y revenir), à la confluence de la Loire et de la Vienne. Comme il fut évêque de Tours, sa dépouille fut rapportée et modestement inhumée le 11 novembre 397 dans un sarcophage le long de la voie antique (actuelle rue des Halles), dans ce qui semblait être un simple cimetière de chrétiens. Son successeur, l’évêque Brictius, vers 437, couvrit sa tombe d’une chapelle « petite mais au plafond élégant ». Puis l’évêque Perpetuus (461-491) remplaça la modeste chapelle par une somptueuse basilique, dans le but d’exalter le culte à Martin, mais aussi d’établir Tours comme une importante capitale religieuse.

Le lieu subit de nombreuses perturbations dont des incendies en 558 et 994 et une mise à sac par les normands en 800. L’ensemble fut donc reconstruit et consacré en 1014, avec la création d’un nouveau tombeau pour le saint. Des sources font état d’autres sinistres, notamment en 1096, d’une grande reprise de l’édifice vers 1175-1180 et de l’édification de nouvelles chapelles sur les flancs de la nef au XVIème et XVème siècles. Mais ces sources ne disent rien de la réfection du chœur au XIIIème siècle. Le succès de la collégiale fut tel que le quartier entier en fut transformé. De nombreux édifices religieux naissent à côté pour former une cité à part entière, connue sous différents noms : Martinopolis, Sanctum Martinum où plus généralement Châteauneuf. Elle s’unira à la ville de Tours (le castrum gallo-romain) en 1356 avec la réunion des deux au sein d’une seule et même enceinte.

Pillée par les huguenots durant les guerres de religion, victime de la négligence des chanoines, la basilique menaçait ruine à la veille de la Révolution. Transformée en écurie en 1793 et livrée au vandalisme, elle faillit s’écrouler, et les autorités décidèrent une destruction préventive, décidée en 1802 par un préfet clairement anti-clérical, nommé Pommereul. Il décida entre autre le percement de deux rues à l’emplacement de la collégiale. Seules furent conservées deux tours : la tour dite « Charlemagne » (tour nord du transept) et la tour de l’horloge (appelée aussi tour du trésor, la tour sud de la façade de l’église).

Tour du transept dite tour Charlemagne Tour de la façade dite tour de l'horloge


Ces deux tours sont les seuls vestiges encore visibles de l’immense collégiale médiévale. Elle était semblable à l’église Saint-Sernin de Toulouse. Pour être plus exact, quatre églises françaises étaient bâties sur le modèle de Saint-Jacques de Compostelle : Saint-Martin de Tours, Saint-Martial de Limoges, Sainte-Foy de Conques et Saint-Sernin de Toulouse, celles de Toulouse et de Tours étant les plus grandes et les plus proches de Compostelle.

 

Rien ne subsiste du chœur gothique du XIIIème siècle, reconstruit sur le modèle du chœur de la cathédrale de Bourges.

Cependant, la collégiale est très bien connue et souvent décrite. De plus, si nous observons Saint-Sernin de Toulouse, nous avons une bonne idée de l’allure de cette collégiale romane : nef à 5 vaisseaux entièrement voûtée, berceau plein cintre pour le vaisseau principal (avec des arcs doubleaux) et voûtes d’arêtes pour les collatéraux, massif occidental à deux tours, transept débordant important avec des collatéraux et deux absidioles dans chaque bras, sans oublier le déambulatoire à cinq chapelles rayonnantes. Pour ce qui concerne l’élévation, elle était à deux niveaux : les grandes arcades et une tribune (qui surmonte les bas-côtés) qui soutient le berceau.

La seule nuance flagrante entre les deux constructions est l’aspect extérieur, puisque Saint-Sernin est construite de cette pierre rose si caractéristique de la région toulousaine.
Voici une restitution en plan de la collégiale, avec le tracé des rues tel qu'il existe aujourd'hui  :


Restitution en plan

Sont donc encore conservées à Saint-Martin deux tours (A et C) sur l’ensemble de l’imposant édifice. Elles sont toutes deux visibles dans la ville, le long de la rue qui a pris la place de la nef, la rue des Halles. La ville a repavée la rue en lui ajoutant des marques intéressantes pour nous : les marques, en croix, des anciennes piles de la collégiale. Par ce jeu de piste dans cette rue, on peu se rendre compte de la taille de la nef de cette énorme église. Le D est le cloître Sain-Martin. Il n'es reste que quelques vestiges, non visitables car entourés d'habitations privées.

Marquage au sol dans la rue des Halles

Traces au sol des anciens piliers de la collégiale dans la rue des Halles
 

Une nouvelle église sous le même vocable existe aujourd’hui. La basilique Saint-Martin fut reconstruite au XIXème siècle, à un emplacement différent de la collégiale, à cause du développement urbain depuis la destruction. Le choeur vient se superposer à l'ancien, mais dans une direction nord-sud, en perpendiculaire à la rue des Halles. Cette reconstruction ne fut pas simple, mais ceci est une autre histoire…

 
D'autres images dans l'album photo Ville de Tours

Vestiges de la collégiale Saint-Martin, Tours, rue des Halles.
 
par Nicolas Mémeteau publié dans : Tours
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Nous vous disions qu’il ne fallait pas confondre la collégiale et la basilique Saint-Martin. La basilique Saint-Martin est le monument en lieu et place de la collégiale médiévale au XIXe siècle. Cette reconstruction ne fut pas simple et suscita la polémique.

La collégiale médiévale est en grande partie détruite depuis 1802 (v. article collégiale). Le culte à Saint-Martin fut relancé dans les années 1860 après la redécouverte son tombeau. Fallait-il alors reconstruire une église au saint ou non ? C’est la question qui divisa les tourangeaux jusqu’au début du XXe siècle, à tel point que l’on parla d’ « affaire Dreyfus tourangelle ", c’est dire ! D’un côté, les catholiques ultramontains souhaitaient une reconstruction à l’emplacement exact de l’ancien bâtiment, ce qui signifiait la condamnation de la rue des halles, l’une des rues les plus commerçantes de la ville. L’autre point de vue était celui de la municipalité de l’époque, radicale depuis 1865, qui ne souhaitait pas bouleverser toute l’urbanisation d’un quartier pour une église.

Le débat dura une vingtaine d’année et fut fort virulent entre les deux camps. L’archevêque de Tours, Mgr. Meignan, trouva un compromis en 1884. Il se satisferait d’une petite église, orientée Nord-sud, et dont le sanctuaire surplomberait le tombeau de Saint-Martin. Ceci veut dire que les deux églises seraient perpendiculaires l’une par rapport à l’autre et n’auraient que leurs chevets respectifs en commun, de manière à ce que les reliques demeurent dans le chœur de la nouvelle église.

La construction fut confiée à l’architecte tourangeau Victor Laloux, dont ce fut la première œuvre. Cet archiecte allait réaliser des oeuvres majeurs au tournant des XIXe et XXe siècles. Les travaux commencèrent en 1886 et furent achevés en 1902, mais la basilique fut inaugurée en 1890. Le parvis, au sud, fut construit en 1928.

La construction qui en résulte est imposante, bien que la parcelle était assez étroite. Laloux s’est employé a utiliser au mieux sa parcelle en jouant sur les étagements des masses. Elle est très différente de sa grande sœur médiévale. Un parti dit « romano-byzantin » fut choisi, comme un retour au plan basilical des premières églises de la chrétienté durant le Haut Moyen-Âge (IVe – IXe siècles). S’ajoute à ce style, à la croisée, un dôme, typiquement Renaissance, comme la cathédrale de Florence (photos ici) ou Saint-Pierre de Rome par exemple. Ce dôme est surmonté d’une statue assez monumentale de Saint-Martin, qui semble bénir ses sujets, vers le sud. La direction de la bénédiction (au sud) s’explique par le développement de la ville (sur lequel nous reviendrons) vers le sud, vers les nouveaux quartiers, plutôt aisés, du XIXe siècle.


La basilique se compose d’une nef à trois vaisseaux. Le vaisseau principal, ainsi que les deux collatéraux ne sont pas voûtés, mais charpentés, comme dans les églises paléochrétiennes, ce qui ne s’était pas vu depuis longtemps dans ce genre de construction. Les vaisseaux sont séparés par des arcades sur une colonnade de chaque côté. Les colonnes sont galbées, monolithiques et en marbre gris. L’éclairage est abondant, l’élévation importante, d’autant plus au niveau du chœur, puisqu’il est surélevé pour laisser la place à une imposante crypte dans laquelle se trouve les restes du tombeau du saint. L’impression d’espace est donc renforcée par le dôme et la surélévation du chœur.

La crypte est donc semi-enterrée et aveugle. C’est une vaste salle à cinq vaisseaux séparés par d’énormes piliers ; chaque vaisseau est voûté en arêtes. C’est dans cette salle que l’on peut voir le tombeau de Saint-Martin (il s’agit plus vraisemblablement d’une reconstitution du tombeau, là encore c’est un sujet de polémique !)

Lorsque l’on est observateur, on voit, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur, des fissures dans les murs, notamment côté ouest. La basilique souffre beaucoup depuis quelques années. Les soubassements sont, comme souvent à Tours, constitués de pieux en bois. Il semblerait que la structure bouge car les pieux furent mal positionnés et surtout n’étaient pas suffisamment bien traités pour résister à l’humidité des sols. Notez que Tours se situe entre la Loire et le Cher : tous les sous-sols sont humides, voire pour certains quartiers, d’anciens marécages. Bref, les fondations de la basilique sont en mauvais état. Vivra-t-elle aussi longtemps que la collégiale médiévale ? Nous pouvons en douter… à moins que de sérieux travaux soient entrepris.

 

La basilique est encore très fréquentée, et pas seulement par des touristes, mais par nombre de pèlerins. Nous vous le précisons pour que, lors de votre visite, vous ne soyez pas trop surpris. C’est un important lieu de culte, géré par des sœurs très tolérantes envers les touristes. Toutefois, de nombreux offices y sont célébrés, soit dans la crypte, soit dans la basilique, donc, en fonction des offices, une partie peut-être temporairement fermée.

Si vous consacrez une visite aux restes de la collégiale médiévale, n’hésitez pas à entrer dans la nouvelle basilique, elle est fort intéressante. On peut objecter du manque de légèreté de l’ensemble de l’édifice. Il semble à l’étroit, engoncé dans un petit espace, ce qui est vrai. Il est l’un des monuments correspondant à cette fin de XIXe siècle, un peu grossier, un peu pompeux (pour les extérieurs) et très tape-à-l’œil, tout ceci est également vrai. Il ne faut toutefois pas manquer ce monument, tout à fait à l’image d’une époque qui reprend et mélange, avec plus ou moins de goût et de finesse, les codes architecturaux antérieurs.

En face de l’entrée de la basilique existe le cloître Saint-Martin. Il est malheureusement fermé aux visiteurs sauf en de rares occasions, ou lors des journées du patrimoine en septembre. Les vestiges qui restent de ce cloître du XVIe siècle sont aussi intéressants.

 

La basilique Saint-Martin, entrée par la rue Descartes (ça ne s’invente pas !).

Le cloître Saint-Martin, exceptionnellement accessible par le 5 rue Descartes, à Tours.
Article sur la collégiale médiévale ici
D'autres images dans l'album photo Ville de Tours

par Nicolas Mémeteau publié dans : Tours
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Ce genre d’exposition n’est pas courante, donc l’équipe de Monumental se devait d’y courir ! Il s’agit ici d’une grande rétrospective sur 40 ans de recherches archéologiques dans la ville et même plus, puisque sont évoquées aussi les premières fouilles datant du XIXème siècle.

La richesse historique de la ville de Tours est déjà assez connue, de part la venue des Rois de France en Val de Loire. Louis XI en fit même sa capitale.

Ce que le grand public sait moins c’est la richesse antique et médiévale de l’histoire de la ville. Et pourtant, la ville antique de Caesarodunum fut importante, depuis sa fondation impériale au Ier siècle de notre ère, jusqu’à devenir capitale de la IIIe Lyonnaise (l’une des trois provinces romaines de Gaule) à la fin du IIIe s, avec un des 5 plus gros amphithéâtre massif de tout l’empire, un immense temple…

Ensuite est évoquée la trace indélébile de Saint Martin dès le IVe s., l’importance du pèlerinage qui en découla.

Et puis la ville elle-même, retranchée derrière une imposante muraille, la première cathédrale dès 337 ap. JC et la cité de Saint Martin, jouxtant la ville, mais différente. Les divers couvents et monastères entre les deux étaient très nombreux et ont transformé le parcellaire de la ville actuelle pour toujours.

La visite évoque également le château des comtes d’Anjou, construit par Geoffroy Martel, fils de Foulques Nerra, que nos lecteurs fidèles connaissent bien, et enfin la réunion des deux cités en une seule et même ville avec la construction de la muraille de 1356.

Deux étages du château de Tours sont utilisés par cette exposition. Elle est immense et passionnante : plans, photos de fouilles, objets par centaines retrouvés dans divers secteurs de la ville, animation 3D pour des restitutions magnifiques de l’amphithéâtre, de la muraille et du château du XIe s.

Pour être honnête, à la première visite, ils nous ont mis dehors alors que nous n’avions pas fini la visite ! Plus de deux heures et quart n’y ont pas suffi. Tous les panneaux sont intéressants à lire et donc le temps s’égrène sans s’en rendre compte.

Il était important de réaliser une telle exposition, qui synthétise les quarante dernières années de recherches qui ont été très fructueuses.


Un catalogue de 300 pages sera édité durant l’exposition avec un cd-rom qui l’accompagnera, nous pouvons vous dire que nous l’attendons avec impatience. Cela faisait longtemps que nous n’avions pas été aussi enthousiasmé par une exposition à Tours. Pour terminer de vous convaincre, cette exposition est gratuite ! Plus aucune excuse de s’y rendre, même plusieurs fois, tellement le contenu est dense.

Tours antique et médiéval, 40 ans de recherches archéologiques. Du 14 octobre 2006 au 18 mars 2007 au château de Tours, du lundi au dimanche de 14h à 18h (ouverte aux scolaires de 9h à 12h sauf dimanche), gratuit pour tous.

Renseignements au 02 47 70 88 49 ou sur Internet ici.

Affiche de l'exposition

par Nicolas Mémeteau publié dans : Tours
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En Région Centre, on parle beaucoup des cathédrales de Chartres ou de Bourges. C'est bien dommage de passer sous silence d'autres édifices, aussi bien réalisés que ces deux là, peut-être moins cararctéristiques d'un style pur, comme Chartres, mais la cathédrale de Tours a d'autres qualités, à commencer par une histoire très riche.
La première cathédrale fut élevée vers 338 ap. J.C., à l'intérieur de l'enceinte gallo-romaine, sur ordre de Lidoire, second évêque de Tours. Après des troubles au VIe siècle, Grégoire de Tours (auteur de la précieuse "Histoire des Francs"), élu évêque en 573, découvre un édifice en ruine, qu'il ne cessera de reconstruire. A l'abris derrière les murailles, la cathédrale ne semble pas avoir souffert des nombreuses invasions normande des IXe et Xe siècle (connues en 858, 903, par exemple), puis des  rivalités entre les comtes d'Anjou (
Foulques Nerra) et de Blois (Eudes Ier et Eudes II), fin Xe, début XIe siècle.
Au début du XIIe siècle, l'édifice mérovingien est en très mauvais état. Il faut donc le reconstruire. Il est possible que ce soit Hildebert de Lavardin, archevêque de Tours (1125/1133), qui dirige les travaux, après avoir reconstruit la cathédrale du Mans. Elle s'élève au même emplacement que la cathédrale actuelle. Elle est plus vaste que l'ancienne, il a donc fallu raser une partie de l'enceinte gallo-romaine, dans laquelle elle s'insérait.
Il reste encore quelques traces de cette construction romane aujourd'hui : quelques chapiteaux dans le transept sud, dans les tours, salles voûtées à l'angevine ("la chambre des métaux", servait à d'atelier aux peintres et verriers chargés de l'entretien des vitraux, tour nord, XIIe siècle).

La construction de la cathédrale gothique commence en 1236. Contrairement à Chartres, la construction n'est pas homogène, puisque le chantier ne sera réellement terminé qu'en 1547 !
La reconstruction commence par le choeur, mais l'ancienne nef est conservé. Certaines irrégularités proviennent de la difficulté de raccordement entre cette nef et le nouveau choeur. La parenté de Tours, dû aux libéralités de Saint Louis et de Blanche de Castille, avec la
Sainte Chapelle (vitraux semblables, fenestrage identique) est évidente.

Le transept et les parties basses de la nef sont reconstruites au début du XIVe siècle. Les parties hautes seront réalisées grâce aux libéralités de Charles VII et de Jean V, duc de Bretagne, en 1425. La construction de la façade s'échelonne de 1427 à 1484, sous la direction de Jean de Dammartin (1431/1454), de Jean Papin (1451/1483) et de Jean Durant (1483/1500). Elle est un exemple du plus pur style gothique flamboyant de la deuxième moitié du XVe siècle.
A partir de 1507, Pierre de Valence achève le couronnement de la tour nord, dans un style Première Renaissance française. Il avait déjà travaillé pour le cardinal Georges d'Amboise (v. Chaumont) pour le château de Gaillon, en Normandie, et à Rouen. Pierre Gadier couronnera la tour sud de 1534 à 1547, dans un style un peu démodé pour l'époque mias qui s'accorde avec la tour nord.
La cathédrale Saint Gatien souffrit des guerres de religion : les statues du portail de la façade furent brisées. En 1787, le jubé fut démoli. Au début du XIXe siècle, elle a failli être rasée par le préfet de Pommereul, fermement anti-clérical et déjà responsable de la quasi-disparition de la basilique Saint Martin (dont nous reparlerons bientôt).

Le vocable de la cathédrale fut Saint Maurice jusqu'au XIVe siècle. Puis on lui préféra le vocable de Saint Gatien qui aurait été le premier évêque de Tours, prédécesseur de Lidoire. Les Tourangeaux l'appellent d'ailleurs familièrement la "Gatienne", en hommage à leur premier évêque !

Plan de la cathédrale

Visite

Le choeur.
Le chevet (1236/1270) est l'un des exemples les plus parfaits de l'architecture gothique du XIIIe siècle. Chaque pilier est flanqué de quatre colonnes engagées. Les deux piles d'entreé du choeur, plus massives et irrégulières ont été montées au XIIIe, puis reprises au XIVe siècle. Dans le déambulatoire, les cinq chapelles rayonnantes sont semi-circulaires, jusqu'à deux mètres du sol environ, et, plus haut, pentagonales. La clé du doubleau d'entrée évoque le patron à qui elles sont dédiées : Saint Martin donnant son manteau à un pauvre, Saint Pierre avec ses clés, Saint Michel, Saint Jean l'Evangéliste, un évêque tenant un livre et bénissant, la Vierge et l'enfant, Saint Gilles encapuchonné comme un ermite et caressant une biche réfugiée sur ces genoux.
L'importance donnée aux verrières par rapport aux surfaces pleines (v. vitraux de la sainte Chapelle), les arcs-boutants à deux étages sont des traits caractéristiques du gothique du XIIIe siècle.

Le transept.
Le bras gauche du transept surmonte une crypte (qui ne se visite pas) et en a peut-être utilisé les murs comme fondation, ce qui expliquerait l'irrégularité évidente de son plan : sa dernière voûte offre la forme d'un trapèze.
Les bases et les chapiteaux indiquent le XIVe siècle. Les roses du transept, soutenues par un remplage ajouré, rapellent Notre Dame de Paris. Mais la rose qui orne le fond du bras gauche présente une innovation architecturale. Elle s'inscrit dans un carré dont les quatre ecoinçons sont ajourés, tandis qu'à Notre Dame, les écoinçons sont à jour.

La nef.
Elevée en trois campagne succéssives, la nef offre pourtant une certaine unité. Les deux dernières travées, situées près de la croisée, ont été élevées autour des années 1300. Les quatre précédentes doivent dater du XIVe s., ainsi que les chapelles latérales qui correspondent. Les feuillages des chapiteaux sont caractéristiques du XIVe s. Le triforium, les fenêtres hautes n'ont été montées qu'au XVe s. Les deux travées comprises dans le massif antérieur, sans doute construites vers 1430, indiquent assez clairement quelques anomalies entre les campagnes de construction.
On remarquera les dessins très variés qu'offrent les remplages du triforium et des fenêtres hautes, par exemple, le motif de fleur de lys, habituel dans de nombreux édifices flamboyants comme la Trinité de Vendôme (article prochainement) ou Notre Dame de Cléry.

La façade.
Elle n'est qu'un placage sur l'ossature plus ancienne. Au portail, tout un peuple de saints et de saintes était abrîté par des dais reproduisant en miniature l'architecture de la cathédrale : clochetons aigus, pinacles effilés, arcs-boutants minuscules. Au XIXe s., un programme de restauration était prévu, mais seul le statuaire de la porte centrale fut réalisé en 1849 par Pierre Damien.
Au répertoire flamboyant de la façade, succède, dans les parties hautes un décor Renaissance d'une certaine lourdeur accentué par la nécessité de réaliser des motifs discernables d'en bas, comme dans les parties hautes du château de Chambord, à peu près contemporaines.

La cathédrale de Tours est un bel exemple de l'évolution de l'architecture au Moyen-Age. On y observe des constructions du XIIe s., jusqu'au milieu du XVIe s., dans une harmonie malgré tout présente.

A voir dans cette cathédrale :
- le tombeau des "Enfants de France", les enfants de Charles VIII et Anne de Breatgne, Charles Orland (mort en 1495)et Charles (mort en 1496), entérrés dans le transept sud. Ce tombeau est un chef d'oeuvre de la sculpture du XVIe s.
- le cloître de la Psalette. Petit cloître, accolé à la cathédrale. Il est petit, mais tout à fait intéressant. Il complète bien la visite de la cathédrale, avec la possibilité de voir le scriptorium, des peintures murales et un magnifique escalier XVIe, récemment restauré. Visite  du cloître payante, mais très peu chère (2,50 €), et peu fréquentée, même en été ! C'est dommage, mais confort pour ceux qui s'y aventurent !

par Nicolas Mémeteau publié dans : Tours
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