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Mercure - Itinéraires Culturels

Pourquoi les Rois de France ont vécu en Val de Loire durant les XVe et XVIe siècle ? Cette question est indéniablement la plus souvent posée par les visiteurs, dans tous les sites historiques de la vallée. Il est toujours difficile d’y répondre de manière complète et objective car il existe plusieurs sortes de réponses qui ne satisfont jamais tout à fait.

Cependant, nous sommes obligés d’admettre que la présence royale sur la Loire est un phénomène important sur bien des plans : économique, architectural, culturel, politique… la liste est  là aussi difficilement exhaustive.

 

Pour commencer, donnons-nous des bornes chronologiques. La présence royale en Val de Loire est attestée et quasi quotidienne dès la première moitié du XVe siècle.

Charles VII est le premier à s’installer durablement dans la vallée, de préférence à Chinon, de temps en temps à Loches. Louis XI reste fidèle à Loches où il a grandi. Mais il s’installe à Amboise, après son mariage avec Charlotte de Savoie, et finit ses jours à Pléssis-les-Tours. Sous son règne, Tours fait figure de capitale du royaume, siège d’une activité économique et artistique florissante. Charles VIII épouse Anne de Bretagne à Langeais (v. article) et transfère la cour à Amboise. Ses successeurs,  Louis XII et François Ier, installeront la cour à Blois. Ce dernier va quitter les bords de Loire en souhaitant installer la cour en région parisienne, à Fontainebleau et Saint-Germain-en-Laye.

Mais la royauté ne quitte pas pour autant cette région. Henri II y vient régulièrement, Diane loge souvent à Chenonceau et Catherine de Médicis passe beaucoup de temps à Blois jusqu’en 1559. Le château de Blois était en effet la « pouponnière » royale depuis François Ier (nous reviendrons bientôt sur le château de Blois). Claude de France y mit au monde 7 enfants entre 1514 et 1524 et Catherine y accoucha de 10 enfants en 12 années, de 1543 à 1555. Les enfants de France étaient ensuite élevés au château, jusqu’à être appelés à d’autres fonctions, l’âge venant. Lorsque Catherine récupère Chenonceau (v. article Chaumont), elle y organise pendant longtemps d’importantes fêtes jusqu’à la fin de sa vie (5 janvier 1589).

Les rois de France ne viendront pas beaucoup au XVIIe siècle, mais Louis XIV, grand chasseur, aima beaucoup Chambord où il y fit quelques travaux. Le roi ordonna aussi la poursuite de la construction de la cathédrale  Sainte-Croix d’Orléans, ce qui explique la forme de la rosace sur le transept sud (en forme de soleil).

 

Mais revenons-en à la question première. Les rois de France ont fui la capitale du royaume pendant près d’un siècle et demi.

Le pays est alors en guerre contre l’Angleterre (la guerre de Cent Ans, 1337/1453) et cette dernière tourne mal après la défaite d’Azincourt en 1415. Le souverain (Charles VI) doit fuir Paris et se réfugie en Touraine dans de solides forteresses et des villes fidèles comme Bourges, Chinon, Loches ou Tours. Il semble incontestable que sans la guerre de Cent Ans, le Val de Loire n’aurait pas été fréquenté par la cour, ou du moins, de manière moins importante et la vallée n’aurait sans doute jamais été le berceau de cette révolution artistique du XVIe siècle qu’est la Renaissance. L’aspect centralisé de la monarchie fait le reste, puisque là où est le roi, là est la cour et là est aussi l’administration du royaume. Sont aussi présents autour du roi, les élites intellectuelles, artistiques et religieuses. A l’installation du pouvoir, nous pouvons ajouter la fortune colossale des grands financiers, tels que Jacques de Beaune (Hôtel de Beaune à Tours), Gilles Berthelot (château d’Azay-le-Rideau) ou Thomas Bohier (Chenonceau) par exemple, qui vont lancer la construction de splendides demeures.

 

Nous ne pouvons nier une part de hasard dans l’installation royale, mais il se trouve que la région est riche (voies de communication, terres fertiles, traditions commerciales). Le « Jardin de la France », appellation de cette époque pour la région, avant même de devenir la Vallée des Rois, restera la principale voie de communication entre la Méditerranée, le Lyonnais, l’Italie, Genève, ou, vers le nord, la région parisienne, la Normandie, la Bretagne et les provinces de l’Atlantique, jusqu’à l’invention du chemin de fer.

 

Cette installation royale coïncide avec un évènement politique majeure pour le royaume, surtout dans le domine artistique et culturel : les guerres d’Italie.

Nous disions que là où se trouve le roi se trouvent aussi les artistes. Ils vont, comme toujours, rivaliser d’expressions artistiques pour plaire à la cour et satisfaire le roi. Cela fut visible dans les arts, bien sur, comme la peinture, la sculpture, mais surtout pour ce qui nous concerne, l’architecture, les aménagements intérieurs des demeures, royales ou non dans des lieux comme Amboise, Blois, Azay-le-Rideau, Chenonceau, Chaumont, Villandry (…) et bien sûr Chambord. Ce dernier nous permet de signaler l’importance d’un roi sur tous les autres, celui sans qui cette occupation ligérienne n’aurait pas laisser autant de traces manifestes de la Renaissance : François Ier. Certes il vivra en Val de Loire, mais notez quand même qu’il passe beaucoup de temps en d’autres points du royaume, ou en Italie (souvenons-nous de Marignan, bien sur, mais aussi de Pavie et de sa captivité en Espagne pendant plus d’un an…). Toutefois la personnalité de ce roi est capitale même si sa présence n’est pas quotidienne. Il est passionné par les arts italiens et n’aura de cesse de donner une impulsion essentielle dans les nouvelles recherches architecturales. Son goût pour les nouveautés est effectivement porté à son paroxysme dans la création de SON œuvre : Chambord, chef-d’œuvre de la Renaissance, mais surtout, désir d’un roi. Il lance la construction en 1519, en même temps que celle de son aile à Blois. Ironie de l’histoire, il ne le verra pas fini naturellement. Il y viendra d’ailleurs assez peu, même s’il donne lui-même des instructions pour la construction. Son empreinte est capitale dans l’arrivée de ces nouveautés italiennes, adaptées au goût français, la première renaissance française.

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Cette impulsion est également présente en Ile-de-France. Il décide d’y déplacer la cour à partir de 1528 et y passera de plus en plus de temps dès la fin des années 1530, pour y mourir le 31 mars 1547, à Rambouillet. En région parisienne, les traces de François Ier sont visibles à Fontainebleau, Rambouillet, Saint-Germain-en-Laye par exemple.

 

Même si la présence royale n’est plus manifeste à la fin du XVIe siècle, elle a marqué pendant plus d’un siècle et demi le royaume de France et surtout la vallée de la Loire qui porte encore les stigmates des passages de ces rois. Toutes les installations sont visibles sur le terrain, chacun y a laissé une marque indélébile de Charles VII à Catherine de Médicis et même au-delà. De Nantes à Orléans, vous apprendrez à la fois l’histoire de l’architecture, mais aussi l’histoire royale qui s’y rattache. Ceci laisse imaginer l’immensité et la diversité du patrimoine ligérien dû aux différents rois de France qui y ont séjourné.

par Nicolas Mémeteau publié dans : Des pierres et des êtres
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Victor Laloux (1850/1937)

Victor Alexandre Frédéric Laloux (1850/1937) fut un grand architecte de la fin du XIXe et du début du XXe siècles.

Il est né à Tours le 15 novembre 1850. Le jeune Victor finit ses études au lycée Descartes et fut bachelier en 1867.

Son père le fit entrer dans le cabinet de l’architecte Léon Rohard, qui construisait alors le superbe théâtre de Tours.

Il resta pendant 2 ans et s’inscrira aux Beaux Arts à Paris. Diplômé en 1877, après avoir été mobilisé durant la guerre de 1870, il fut élu au grand Prix de Rome en 1878. Il séjourna d’ailleurs dans la capitale italienne, à la villa Médicis pour compléter sa formation et en profita pour effectuer de nombreux voyages dans le bassin méditerranéen desquels sortirent de sublimes croquis aquarellés.

En troisième et quatrième année, Laloux travailla sur le temple de Vénus à Rome et sur le sanctuaire d’Olympie.

Chantre de l’académisme occupant tous les jurys officiels et les présidences des grandes sociétés d’architectes et d’artistes, il fut aussi le grand patron des Beaux Arts.

 

Il réalisa entre autres les hôtels de ville de Tours et de Roubaix, la basilique Saint-Martin et la gare de Tours, qui inspira ensuite la gare d’Orsay (et non l’inverse comme il a été dit pendant longtemps) et qui influença l’architecture des gares américaines du début du XXe siècle.

par Nicolas Mémeteau publié dans : Des pierres et des êtres
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Catherine de Médicis est né le 13 avril 1519 à Florence. Elle est la fille de Laurent II de Médicis et de Madeleine de la Tour d’Auvergne. Elle épouse en 1533 le duc d’Orléans, qui deviendra roi de France en 1547 sous le nom d’Henri II.
Sous le règne de son mari, la reine fut totalement éclipsée par Diane de Poitiers. Elle ne s’affirma politiquement qu’après la mort d’Henri II en 1559 où elle règna sur le pays avec trois de ses fils (François II, Charles IX et Henri III). C’est alors que son influence en Val de Loire alla grandissant.

En 1550, alors reine de France, elle adminstre pendant près de dix ans le domaine de Chaumont-sur-Loire. Elle s’intéresse assez peu au château qui demeure une construction austère d’aspect médiéval, sans intérêt pour une reine éclairée par le Renaissance. Elle y vint d’ailleurs assez peu. En revanche, le domaine est très lucratif à cette époque : de vastes terres, des vignes, des caves pour les vignerons, un pont (péage obligatoire pour qui veut traverser la Loire), sans oublier le fleuve royal lui-même. Chaumont devenant de fait château royal, chaque bâteau qui souhaite passer devant la résidence doit s’aquitter d’une taxe – l’honneur de passer devant la demeure royale. L’administration d’un tel domaine s’avère très intéressant pour Catherine durant ces dix années.
Henri II décède en 1559 pendant un tournoi. Tout le monde connaît cet épisode célèbre de l’histoire de France, où Montgomery (encore un anglais !) loge un morceau de sa lance dans l’œil du roi. Après une longue agonie le roi meurt. Catherine prend alors les rênes du pouvoir, avec son premier fils François II, qui décède après seulement un an de pouvoir.
Suite à ces évènements, Catherine contraint Diane de Poitiers à échanger Chaumont et Chenonceau. En 1560, dès l’acquisition du site, Catherine va poursuivre la campagne de travaux initié par Diane.
Elle commence par l’organisation dans les jardins de grandes fêtes en l’honneur de la venue de son fils François II et de la reine Marie Stuart. Catherine aime les fêtes et veut faire des jardins de Chenonceau un lieu de réception grandiose. Dès les années 1563-1565, elle réorganise les jardins à l’ouest du château. Pour l’occasion, elle fait peut-être appel à Bernard Palissy, le célèbre céramiste, qui a publié en 1563 l’ouvrage Recette véritable dans lequel il décrit le « jardin délectable » selon lui : « il y a des choses en ce livre qui pourront beaucoup servir à l’édification de votre jardin de Chenonceau ; et quand il vous plaira me commander vous y faire service, je ne [manquerai de] m’y employer ». Il explique aussi comment choisir l’emplacement d’un jardin : « il est impossible d’avoir un lieu propre pour faire un jardin, qu’il n’y ait quelque fontaine ou ruisseau qui passe par le jardin ». D’où la place tenue par les grottes, les jets d’eau et les rochers dans ces aménagements. Elle y ajoute également le jardin vert (plus à la mode italienne) avec des arbres et des arbustes à feuillages persistants, ainsi qu’une volière et une ménagerie. Elle accroît le vignoble de Thomas Bohier et bâtit une magnanerie et une filature.
Une deuxième campagne se déroule à Chenonceau entre 1576 et 1580 ou Catherine décide l’ajout de deux niveaux de galeries sur le pont qui enjambe le Cher que Philibert Delorme avait déjà construit pour Diane de Poitiers. Deux immenses pièces sont alors créées et le château prend l’ampleur qu’il connaît aujourd’hui.

Durant toutes ces années de travaux, Catherine vécut la plupart du temps à Blois, sans pour autant modifier profondément le château, à peine remis des ajouts de François Ier depuis 1519. Elle y fut présente notamment pendant les deux Etats Généraux convoqués par Henri III en 1576 et 1588.
C’est dans la chambre qui porte son nom au château que Catherine s’éteint le 5 janvier 1589 à 13h30. Pierre de l’Etoile raconte : « elle était agée de 71 ans et portait bien l’âge pour une femme pleine et grasse comme elle l’était. Elle mangeait bien et se nourrissait bien […] Deux jours avant qu’elle mourût, elle se fit laver la tête à l’eau froide, contre l’opinion des médecins et de tout le monde, et ce comme par un désespoir (ainsi qu’on présuma) pour avancer la fin de sa vie […] A Blois, où elle était adorée et révérée comme la Junon de la Cour, elle n’eut pas plutôt rendu le dernier soupir qu’on n’en fit non plus de compte partout que d’une chèvre morte. » Ainsi finit une grande reine pour la France qui laissa en Val de Loire des traces indélébiles de son passage.
par Nicolas Mémeteau publié dans : Des pierres et des êtres
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Rares sont les personnages aussi controversés que Charles Maurice de Talleyrand-Périgord.
D’abord écclésiastique, puis ministre des affaires étrangères incontournable de Napoléon, artisan des traités de Lunéville (1801) et d’Amiens (1802), il entra en disgrâce à partir de 1807, complota avec le célèbre Fouché (ancien ministre de l’intérieur de l’empereur), avec le tsar Alexandre Ier. Il participa ensuite à la restauration des Bourbons en 1814, pour redevenir ministre des affaires étrangères de Louis XVIII et de Charles X. En quelques phrase, nous comprenons la complexité de la carrière de Talleyrand au sommet de l’Etat pendant près de 40 ans, queqlue soit les régimes ! Et ils furent nombreux durant cette période…
Né en 1754, il est isu d’une famille de vieille et illustre noblesse. Un accident malheureux le rendit boîteux pendant l’enfance, cela le dirigea vers une carrière ecclésiastique, n’ayant pour cela aucune vocation. Evêque d’Autun en 1789, député du clergé aux Etats Généraux, il se lie avec Mirabeau et propose la nationalisation des biens de l’Eglise. Célébrant la messe à la fête de la fédération le 14 juillet 1790, il fut l’un des quatre évêques à accepter la constitution civile du clergé. Condamné par le pape pour avoir sacré les premiers évêques assermentés, il quitte l’Eglise en 1791.
Après une mission diplomatique en Angleterre à partir de 1792, il ne quittera presque plus ce type de fonctions jusqu’en 1834, avec les différents revers que l’on sait auprès des grands personnages des cours européennes.
 
Talleyrand acquit le château de Valençay, répondant au souhait du premier consul Bonaparte le 7 mai 1803 : « je veux que vous achetiez une belle terre, que vous y receviez brillament le corps diplomatique et les étrangers marquants, qu’on ait envie d’aller chez vous et que d’y être prié soit une récompense pour les ambassadeurs et les souverains dont je serai content », telle était la demande du futur empereur envers son ministre, qu’il fit prince de Bénévent en 1806. Il est clair que Napoléon aida Talleyrand pour acheter le château et ses 19 472 hectares de terre et de bois environnant.
Les séjours du « diable boîteux » furent rares, en dehors des grandes réceptions, jusqu’à la chute de l’empereur en 1814. Se trouvant moins souvent employé sous Louis XVIII et Charles X, il y vint plus régulièrement et agissait alors en aristocrate soucieux de la bonne gestion de ses terres et domaines. On le vit même agir en philanthrope local, reconstruisant les halles, installant des maisons de charité ou établissant une filature au moulin du Pont.
Dans le même temps, Talleyrand acquit le 31 janvier 1818 le proche château de Bouges. Il y a peu résidé mais y exploita les terres et notamment les vignes (un état des titres du domaine de 1822 nous l’apprend). Par le suite il laissa l’épouse de son neuveu Edmond, Dorothée de Périgord devenue duchesse de Dino en 1817, habiter au domaine de Bouges, ce qu’elle fit à de nombreuses reprises.
 
A partir de 1834, se retirant de ses fonctions diplomatiques, il séjourna presqu’à plein temps à Valençay. Il y termina la rédaction de ses Mémoires.
par Nicolas Mémeteau publié dans : Des pierres et des êtres
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Existe-t-il personage plus charismatique, plus contrasté, plus critiqué, plus idéalisé, plus représentatif d'une époque que Diane de Poitiers... Elle est sans doute la femme qui a le plus marqué le XVIe siècle, avec sa rivale, Catherine de Médicis. Elles sont en effet indissociables, et pourtant si différentes. L'empreinte de ses deux femmes est immense, notamment dans quelques lieux du Val de Loire.

Diane de Poitiers est née en 1499. Des doutes ont longtemps subsisté sur sa date de naissance. Elle a en effet passé sa vie à mentir sur son âge. Elle est la fille de Jean de Poitiers, qui n'a rien à voir avec la ville de Poitiers, mais dont le nom serait plutôt issu des anciennes tribus "pictes" du Dauphiné. Nous devrions l'écrire "Poictiers", pour éviter certaines confusions.
Elle épousa en 1515 Louis de Brézé, grand sénéchal de Normandie. Il lui apporta surtout un rang, un nom, une place à la cour, à défaut de bohneur conjugal. Grâce à son rang, elle devint la perceptrice des enfants royaux, François l'ainé (qui décèdera avant de régner) et Henri (futur Henri II). Elle gardera avec ce dernier un attachement particulier et ils deviendront amants en 1536, alors qu'Henri avait 17 ans, fraîchement marié à la duchesse d'Orbino, Catherine de Médicis. Ils restèrent amants jusqu'à la mort du roi en 1559.
Avant Catherine, Diane fut la rivale de la duchesse d'Etampes, maîtresse de François Ier. Henri devenu roi, elle la fit exiler et devint toute-puissante. Catherine de Médicis, Reine de France, dut elle-même s'effacer devant elle. Diane s'entoura d'une cour brillante, devint duchesse de Valentinois. Henri II fut tellement amoureux de cette femme, pourtant de vingt ans son aînée, qu'il la traita comme une reine. Sans titre, elle bénéficiait d'autant, si ce n'est plus, de fastes que Catherine elle-même. On ne peut que comprendre l'esprit de revanche qui allait animer la reine après la mort du roi, à l'encontre de la favorite.
Malgré son adultère avec Henri, Diane était une catholique fervente, très intolérante vis-à-vis de la réforme. Elle poussa le roi à réprimer et pourchasser les protestants... Son influence dans les décisions politiques fut fréquente, dans bien des domaines.

Le rôle de Diane ne fut pas important qu'en politique. Elle eut influence déterminante dans un certain nombre de constructions, notamment en Val de Loire. Elle aimait le faste et le luxe, notamment dans ses résidences.
Henri II lui fit construire le château d'Anet en 1547. Elle choisit l'un des architectes les plus brillants de la Renaissance Française, Philibert Delorme. Il fit de ce lieu un des joyaux de la Renaissance, superbe écrin pour Diane, à la hauteur de sa beauté, aujourd'hui légendaire. Delorme y apporta toutes les innovations de l'époque en y ajoutant une invention nouvelle qui fit école, la superposition des ordres (dorique, ionique & corinthien). Le roi et sa maîtresse aimèrent s'y retrouver loin du tumulte de la cour. Elle y passa le plus clair de son temps après la mort d'Henri, en 1559, jusqu'à sa mort en 1566.
Malheureusement, le château souffrit beaucoup à la Révolution. Il n'en reste qu'une aile sur les quatre existantes au XVIe. Mais il nous reste la magnifique chapelle centrée, dans laquelle Diane repose, ainsi que le portail du château, à lui seul un chef-d'oeuvre.

En 1547, Henri II lui donna, en même temps que s'élevait Anet, le château de Chenonceau. Dès 1551, Diane aménageat les jardins. Elle s'inspira des merveilleux jardins de Blois et d'Amboise. Elle voulut créer un espace à la fois parterre, verger et potager. A cela s'ajoute une terrasse, divisée par des allées en parcelles géométriques, agrémentées de fontaines.
Elle convoqua ensuite Philibert Delorme, alors surintendant des Bâtiments et architecte ordinaire du roi. Ensemble, ils projetèrent la construction d'un pont, surmonté d'une galerie à un seul étage avec une fenêtre et un balcon à son extrémité pour "prendre l'air", et terminé par deux petits pavillons. Ce pont n'est apparemment pas destiné à être un passage entre les deux rives, bien que fut prévu, dans un devis de 1557, l'éventualité d'une pile supplémentaire et d'un pont-levis.
Elle n'eut pas le temps de réaliser la galerie. Seul le pont le fut sous ses ordres, avant la mort d'Henri II en 1559.
Cet évènement changea la donne dans les châteaux de la Loire. Catherine de Médicis, libre de ses mouvements, chassa Diane de Chenonceau. C'est elle qui termina la célèbre galerie du château.

La "vengence" de la reine ne fut toutefois pas aussi terrible que l'on aurait pu l'imaginer. Catherine contraignit Diane à s'exiler de la cour, à ne plus reparaître devant elle... c'est bien le moins que l'on peut demander à la femme qui a éclipsé la reine de France pendant 23 ans... La reine força également Diane à échanger Chenonceau avec le château de Chaumont. La reine s'était arrangée, dès 1550, pour faire tomber le site de Chaumont, laissé sans succession, dans le domaine royal, sous son administration directe. Ce n'est pas que la construction lui plût, elle n'y vint que très peu ; en revanche le château rapportait beaucoup d'argent, de part sa situation sur la Loire, ainsi qu'avec les nombreux domaines agricoles qui en dépendaient. Il restait néanmoins une construction austère, médiévale, pour la reine de France, au contraire de Chenonceau, un des châteaux les plus prestigieux de son époque... D'où cette idée de Catherine d'échanger un modeste château médiéval avec un joyau de la Renaissance. Ce fut une humiliation suprême pour Diane. La reine Catherine argua que, lorsqu'Henri II donna Chenonceau à Diane, le roi n'en avait pas le droit. En effet, dès qu'un château appartient à la couronne, le domaine royal étant inaliénable, le roi ne peut pas le morceler selon son gré. Elle s'appuie sur ce point juridique, dont elle n'a cure pour se séparer de Chaumont, pour humilier la favorite de feu son mari, le roi de France.
Elle l'accepta, bon gré mal gré, et entra en pleine possession du domaine de Chaumont en 1562. Il est certain qu'elle y vint elle aussi très peu, certains disent jamais. Cela paraît difficile à démontrer aujourd'hui, et cela a-t-il seulement de l'intérêt ? Elle fit tout de même des travaux à Chaumont, c'est ce qui nous intéresse ici. Même si elle ne s'intéresse pas beaucoup à un lieu qu'elle possède, Diane tient à y apposer ses marques.
A Chaumont, elle fit finir les chemins de ronde du châtelet d'entrée et de la tour Saint-Nicolas, non réalisés depuis la construction de ces parties au début du XVIe. Elle y fit sculpter ses emblêmes, D entrelacés, arcs et carquois, ainsi qu'un signe dans la chambre de Ruggieri, sous le chemin de ronde de la tour Saint-Nicolas.

Nous savons toutefois que pour cette période (1559/1566), Diane de Poitiers séjourna majoritairement à Anet, château donné et construit sous les ordres de l'homme de sa vie, Henri II. C'est ici qu'elle décèda en 1566. On ne peut nier l'apport de Diane dans les construction de la vallée de la Loire, jardin de la France au XVIe siècle. Au delà des images d'Epinal et autres lieux communs sur sa personnalité, elle nous a légué quelques beaux aménagements et constructions, preuve de son goût pour les arts de son temps.

par Nicolas Mémeteau publié dans : Des pierres et des êtres
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