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Mercure - Itinéraires Culturels

Choisir d’évoquer deux murailles gallo-romaines, c’est l’occasion d'envisager les sociétés antiques dans la gaule de l’ouest et surtout le contexte de l’édification de ces enceintes. Elles sont en effet le fruit d’une époque particulière, liées à des évènements particuliers.
C’est aussi l’occasion de rétablir un certain nombre de réalités sur ces constructions, sur lesquelles circulent beaucoup d’idées reçues et de contrevérités.
Le choix de parler des enceintes du Mans et de Tours est lié simplement à la documentation que nous possédons à Monumental. Mais nous aurions aussi bien pu évoquer les murailles d’Orléans ou de Bourges, par exemple. Il se trouve que les vestiges sont plus importants dans les deux villes choisies. Nous reviendrons plus en détail une prochaine fois sur l’aspect historique de ces cités à l’époque antique. Nous nous cantonnons ici de parler des fortifications.

Importance des vestiges :

- Tours : dans le jardins des archives, une centaine de mètres d’enceinte, jusqu’à une tour d’angle. Au sein de ce morceau, trace d’une poterne. Ajoutons à cela une tour d’angle, largement restaurée au XIXe siècle, accolé au musée des Beaux Arts, près de la cathédrale.

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- Le Mans : plus de 800 m. de muraille (sur 1300 m. de périmètre à l’origine), ce qui en fait les vestiges les plus important de toute la Gaule, et les troisième du monde, après ceux de Rome et de Byzance (Istanbul). Quelle ne fut notre surprise de constater cela. La ville du Mans n’était pourtant pas réputée pour cela, comme quoi, les surprises sont partout. Tout au long de ces 800 m., présence de onze tours en élévation, restaurées à différentes périodes, pour certaines, notamment au Moyen-Âge.

Datation :
Toutes les édifications d’enceintes en Gaule du nord-ouest sont tardives. Les cités de cette partie du territoire se développent presque toutes à partir du règne d’Auguste (en 21 avant J.C. pour Le Mans) et au premier siècle (entre 40 et 80 pour Tours). Elles n’ont pas de murailles, durant cette époque florissantes des Ier et IIe siècle. Elles n’en ont pas besoin, l’empire est en paix.
A partir du IIIe siècle, le contexte commence à changer. L’empire ne s’est effondré en quelques semaines en 476. Bien au contraire, l’étiolement du pouvoir de Rome commence très tôt, dès la deuxième moitié du IIIe siècle. On a longtemps évoqué les invasions barbares pour expliquer la construction de murailles. Nous savons aujourd’hui que c’est en grande partie faux.
Le pouvoir de l’empire s’étiolant, l’économie est moins bonne et un certain sentiment d’insécurité commence à faire son chemin dans les villes. Le cadre romain étant de moins en moins présent et efficace, les villes déclinent. Nous savons qu’au IVe siècle, la cité des Turons (Tours, Caesarodunum à l’époque) perd de ses habitants et la surface de la cité se réduit. C’est pourquoi la surface incluse dans la muraille (9 ha.) est largement inférieure à celle du second siècle. Des bâtiments publics sont peu à peu abandonnés, et même démontés, pour servir de remploi, dans les fondations de la muraille. C’est la même chose dans la cité des Cenomans, Vindunum. Les enceintes sont construites à partir de 284 au Mans et 378 à Tours.

Chacun a en tête le petit appareil cubique parfaitement ordonnancé, avec quelques lignes de briques qui viennent s’insérer dans cet appareillage. Il ne faut pas oublier que les fondations sont très solidement conçues en très gros appareil, dont l’essentiel provient de bâtiments antérieurs, qui servent alors de carrière (comme le temple, pour Tours par exemple, dont le fronton triangulaire est visible dans ces soubassements). C’est plus difficile à observer au Mans (Vindunum), car les soubassements sont souvent enterrés, et le peu que l’on voit semble largement refait.
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Le castrum ainsi créé, dans les murailles, est donc plus réduit que la cité antérieure. L’idée de protection est donc meilleure.
La particularité de l’enceinte de Tours est qu’elle vient s’appuyer sur l’amphithéâtre (important, il faudra en reparler) qui a été lui-même fortifié au IIIe siècle. Il devient le pivot du système défensif de la ville.

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Si l’on en croit les idées reçues, ces murailles auraient été construites pour se protéger des invasions. Toutefois, cela pose un problème majeur : une telle construction prend des années à réaliser (une vingtaine d’année au Mans, de 284 à 305), donc il paraît difficile de l’édifier à la « va-vite », en apprenant l’arrivée imminente d’envahisseurs. L’exemple du Mans en est d’ailleurs la preuve. Les Cenomans auraient-ils pris la peine de choisir des appareils de différentes couleurs et de réaliser des figures géométriques dans la maçonnerie, si cette édification avait été dictée par l’urgence d’une attaque ? Bien sur que non. C’est la preuve que ces enceintes furent construites en période de paix, mais, sans doute, à une période ou le « sentiment » d’insécurité, allié à un lent mais progressif étiolement du pouvoir de l’empire.

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Ont-elles servi ensuite à la défense des cités concernées ? C’est le point qu’il est difficile d’éclaircir sans entrer dans les récites extravagants ou légendaires. Durant le haut Moyen-Âge, peut-être, pour l’époque où elles ont été édifiées, vraisemblablement pas ou peu. On parle d’invasions normandes vers les VIIIe ou IXe siècle, qui auraient remontées la Loire jusqu’à Tours. Il existe notamment un trou dans le mur, que l'on appelle "la brèche des Normands", où l'on raconte une légende ou intervient les reliques de Saint-Martin qui aurait sauvé le castrum. Exactitude ou superstitions ?

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Plus généralement, si elles n’ont servi à ces époques, dès les Xe ou XIe, elles sont presque toujours remplacées, délaissées ou complétées par des enceintes nouvelles, plus en phases avec les techniques de défenses médiévales.
Des nombreux morceaux disparaissent, comme à Tours. Le massif occidental de la cathédrale gothique, ainsi que son cloître en arase une partie. Plus tard un logis dit « du gouverneur », s’en servira comme soubassement.

Nous savons que le chevet de la cathédrale du Mans (article ici) va également araser une partie importante de cette enceinte. Les destructions de cet ordre sont toujours des décisions royales. En effet, il faut cet accord ou décision du roi pour procéder à une destruction (ou une construction) d’élément défensif au Moyen-Âge.

De nombreux vestiges de murailles gallo-romaines existent dans toute la France. Il faut les reconnaître et les observer. Elles racontent une part de notre histoire. Le Mans à magnifiquement mis en valeur son enceinte, Tours un peu moins. La ville a promis depuis des années une restauration et une remise en valeur du site. Mais, jusqu'à présent, on ne voit rien venir et la muraille s'abîme un peu plus chaque année. Il serait temps que le patrimoine antique, si riche à Tours, revienne à la mode avnt de perdre cette oeuvre essentielle dans l'histoire de la ville. Nous aurons l'occasion d'y revenir, en vous parlant de l'amphithéâtre, du temple, des thermes (...). Et oui, tout ceci existe en ville, à Tours, mais beaucoup l'ignorent...

A consulter : un excellent site sur l’histoire gallo-romaine du Mans : http://vindunum.free.fr/

Sans oublier l’enceinte de Bourges, également à connaître : encyclopedie.bourges.net/

par Nicolas Mémeteau publié dans : Curiosités
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Le prieuré Saint-Léonard, malgré le peu de vestiges qu’il reste aujourd’hui, n’en demeure pas moins l’un des constructions romanes les plus intéressantes de France.Il s’agit là, en effet, de l’un des édifices romans les plus anciens de France. A ce titre, ces vestiges sont passionnants à étudier.
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Le chantier de ce qui fut dans un premier temps le prieuré Saint-Gilles datent environ de 1067-1069. Bouchard III, seigneur de l’Ile-Bouchard, en était le fondateur. Cette fondation fut approuvée par le comte d’Anjou, son suzerain, Foulques le Réchin, descendant de Foulques Nerra, et de Barthélemy de Chinon, archevêque de Tours.
Il n’en reste maintenant que le chevet, formé d’une abside, d’un déambulatoire et ces trois chapelles rayonnantes. Nous avons là d’ailleurs l’un des premiers déambulatoires à chapelles rayonnantes de l’histoire de l’architecture, d’où l’importance de conserver les restes de cet édifice.

Il semble que le monument, dans son intégralité, était d’assez grandes dimensions. L’état de conservation actuel a plus d’un siècle. Des gravures publiées dans la revue « Magasin Pittoresque » de septembre 1846 montre l’église dans un état approchant celui que nous connaissons actuellment.

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Les cinq grandes arcades du chœur retombent de grosses colonnes aux chapiteaux historiés. Mais les espaces sont obstrués par de petits arcs plein cintre qui retombent eux aussi sur des colonnes plus modestes. Cette curiosité semble être une consolidation du rond-point de colonnes, très ancienne, certainement due à l’approximation de la construction de l’époque. Au début de ce genre de construction, le maître d’œuvre n’a pas su l’édifier avec une solidité suffisante, d’où une modification, assez maladroite, qui explique aussi l’ancienneté du rajout, sans doute quelques années après l’achèvement de cette partie du chantier. Ces rajouts ont longtemps masqué les faces latérales des chapiteaux historiés, qui étaient donc illisibles. C’est aujourd’hui possible pour notre grand plaisir, puisqu’ils sont magnifiques, à en juger par leur âge, et aisément identifiables aujourd’hui.

Le premier chapiteau historié (partant de la droite du monument) nous montre une Nativité. La Vierge repose sur un lit à balustre. L’enfant est emmailloté de bandelettes en spirales et allongé sur une crèche en osier tressé. Nous y voyons aussi la tête de l’âne et du bœuf. Les Rois Mages ont des visages asiatiques, pommettes saillantes et yeux bridés, ce qui n’est pas commun.
Sur le deuxième, nous voyons la présentation de Jésus au temple, le massacre des Innocents, le baptême du Christ et la fuite en Egypte.
Le troisième nous montre Judas, des soldats armés, une Cène très étonnante en terme de perspective. Nous comprenons la difficulté pour l’époque de représenter une perspective d’une table sur un chapiteau, cela relève déjà de l’exploit technique. La crucifixion termine ces faces, du côté du chœur, naturellement.

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Le quatrième et dernier chapiteau historié nous montre la porte de Jérusalem, l’entrée à Jérusalem ainsi que le temple. De part et d’autre, à l’entrée du déambulatoire, les chapiteaux des colonnes ne sont pas historiés, mais sont décorés de feuillages, de chimères, de monstres et de dragons assez impressionnants.
Dans le déambulatoire, la chapelle d’axe est ruinée, il n’en reste que le tracé au sol, à l’orient. Les deux autres sont en place.
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Ne prêtez pas attention à la toiture. Elle n’est là que pour protéger les vestiges, elle n’a aucune vocation d’architecture.

Ce lieu modeste est unique et doit être connu pour tout amateur d’architecture romane. Il est primitif, sans doute, expérimental pour l’époque, mais fait partie des chefs d’œuvres du XIe siècle et est une excellente prémisse des constructions romanes à venir, plus tard au tournant du XIIe siècle.

Ce site est ouvert toute l’année car propriété du ministère de la culture et totalement gratuit. Si vous êtes intéressé, avant de vous y rendre, des descriptifs du site sont disponibles gratuitement à la mairie de L’Ile-Bouchard. Alors, n’hésitez pas, le prieuré Saint-Léonard fait partie des merveilles de l’art roman de notre pays.

par Nicolas Mémeteau publié dans : Curiosités
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     Sur le chemin des noisetiers
 

    Rabelais n’est pas né à Seuilly. Et pourtant sa vie, et son œuvre y demeurent à jamais inscrites sur les parois du pigeonnier et su les murs de la chambre de Grandgousier.

 

    L’accès à la demeure de l’écrivain est bucolique. C’est un petit chemin grimpant, bordé de noisetiers, que notre saint homme emprunta à maintes reprises. Ne serait-ce que pour trouver l’inspiration dans le paysage environnant, le miel de son existence. Ses ouvrages en attestent, et vont bien au-delà, nous informant de son quotidien, au jour le jour, ou presque…

    Derrière l’apparence du délire verbal, le Chinonais nous apprend qu’il n’est pas né à « La Devinière », propriété de son père, mais vraisemblablement non loin de là, sans la prairie de la Saulaie, où Gargantua… a vu le jour.

    Les chemins cahoteux et les carrioles bringuebalantes de l’époque favorisaient les accouchements prématurés. La réalité-fiction de l’écrivain. « La Devinière » demeure son port d’attache, ses récits y prennent forme, ses personnages mythologiques s’en échappent.

    Dans la grand’salle attenante au pigeonnier, Grandgousier fait ripaille. La cheminée aux dimensions rabelaisiennes conserve encore le grillé des châtaigne des veillées d’hiver. C’est une pièce modeste en vérité, que papa Rabelais réservait aux domestiques. Médecin, avocat, religieux, l’auteur de « Gargantua » y retrace sa carrière.

    Le pigeonnier voisin ne se manifeste que de l’extérieur (l’intérieur est une salle de visite), avec ses 288 trous formant un bel ensemble architectural. Il surplombe de magnifiques caves qui, malgré l’esprit rabelaisien, n’ont rien à voir avec l’entrepôt de vin. Il s’agissait plus prosaïquement d’en extraire la pierre.

    On se perd gentiment dans le dédale du tuffeau caressé par une lumière tantôt douce, tantôt projetée brutalement sur l’arête de la pierre où les personnages rabelaisiens prennent forme.

    Gargantua, à qui l’on doit toutes les catastrophes, est cette fois plutôt bonhomme. On rapporte en effet que selon ses humeurs, le héros chinonais a pu façonner une géographie populaire très particulière, dont la carte sur le mur fait bonne figure. Qu’il tape du pied et les vallons et les vallées prennent forme, qu’il se soulage et voici les crues.

    Avec un langage fleuri (et quelques contrepèteries dont il raffole) et non pour ses idées, Rabelais eut à subir les foudres des censeurs. « Mignonne allons nous frotter le lard », écrivait-il à l’époque, précédant un autre poète ligérien qui polissait la rime d’une toute autre manière. Pour l’un et l’autre, la Touraine a aujourd’hui les yeux de Chimène. A chacun son écho.

Loïck Gicquel

Article paru dans le supplément week-end de la NR du 08 décembre 2006

La Devinière, à Seuilly, près de Chinon, ouverte tous les jours, sauf le mardi, de 10h à 12h et de 14h à 17h, 4,50 €. Tel. 02 47 95 91 18

La Devinière à Seuilly
 

L’équipe Monumental a visité la Devinière en 2004. Cet article de journal est l’occasion d’évoquer ce petit site tout à fait charmant. Car la maison de Rabelais est réellement petite, il n’y a que 3 pièces à visiter à l’intérieur. En revanche, le conseil général a eu la bonne idée, pour enrichir la visite de tranformer la grange-pigeonnier en musée sur la vie de Rabelais. C’est l’occasion de se pencher sur la vie atypique de ce personnage.

La grange pigeonnier, à l'intérieur de laquelle se trouve le musée Rabelais

Nous vous conseillons de suivre une visite guidée, pour ne pas passer à côté du personnage. Les guides de la Devinière sauront vous expliquer en détail l’œuvre de l’écrivain et surtout l’impact de la Touraine et du Chinonais sur ces écrits, mais aussi l’aspect exaltant et particulier de la vie de Rabelais.

En résumé, même si le site est minuscule, il est envoûtant et permet de plonger dans l’univers d’un écrivain bien singulier du XVIe siècle. Vous en ressortirez avec une grande envie de (re)lire les pérégrinations de Grandgousier et de Gargantua et vous repenserez nécessairement aux lieux dont il parle, et notamment Seuilly.

Où comment un lieu peut vous donner le goût de la lecture… rien que pour ça, c’est un site magnifique !

Plus d'infos sur la page internet des monuments du conseil Général ici.
Merci à François Barré pour ses photos.

par Nicolas Mémeteau publié dans : Curiosités
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Depuis sa création, Monumental vous emmène dans des monuments ouverts au public, généralement payants et faciles à trouver dans les guides touristiques. Mais nous souhaitons aussi vous emmener dans des lieux atypiques, pas toujours détaillés sur les guides, voire absents, souvent gratuits, parfois en ruine (ceci expliquerait la gratuité ?!!!), de manière à ce que vous sortiez des sentiers battus et des circuits proposés par les offices de tourisme. C’est l’occasion de se débrouiller tout seul et de voir des choses plutôt connus des locaux et moins des touristes, l’occasion aussi d’être seul sur un site, ce qui est toujours précieux. Par contre, pour ces visites, n’ayez pas peur de marcher dans la boue et de vous frotter à des murs très salissants ! Les visites comme celle-là sont les meilleures. Mon ami blogueur le chevalier du 38 ne me contredira pas !

Les amateurs de l’antiquité romaine vont peut-être connaître ce site. Le pile funéraire de Cinq-Mars (à Cinq-Mars-la-Pile !) est l’un des monuments funéraires les mieux conservés de toute la Gaule, connue et décrite dans pas mal d’ouvrages spécialisés. Il est étonnant qu’il faille venir en Touraine pour découvrir une architecture monumentale de cette qualité.

Soyons précis, il faut d’abord la trouver. Celle-ci est facile à observer car elle est visible depuis la route départementale qui mène de Tours à Langeais (qui se poursuit vers Saumur et Angers). Vue de la route, on peut penser d’abord à une sorte de cheminée d’usine du XIXème siècle, mais non, c’est plus ancien, presque deux mille ans !

 Pile funéraire, vue d'ensemble

Ce monument funéraire gallo-romain est une sorte de tour pleine de plan carré de 5,80m. de côté. La pile est positionnée à mi-hauteur du coteau, ce qui explique que l’on la voit si bien depuis la route. Elle mesure exactement 100 pieds romains de hauteur (soit 29,40m.). Elle est constituée de brique pour les parements sur les 4 faces, mais est remplie de moellons à l’intérieur.
Elle est composée de deux parties distinctes grâce à un ressaut tout à fait visible un peu au-dessus de la mi-hauteur. La partie supérieure se termine en pyramide (abîmée) avec ces quatre « pilettes » carrées caractéristiques aux quatre coins. Sur cette partie, on remarque 12 compartiments carrés - deux rangées de 6 sur toute la partie haute soit 4,40m. - (côté sud, vers la Loire) composées des plaquettes de briques polychromes avec de magnifiques couleurs du grenat au blanc et disposées en losange, en triangle, en chevrons ou en carré. Seuls 4 sont intacts, les autres souvent incomplets. Ce décor renvoie à d’autres monuments romains ou gallo-romains comme un entrepôt d’Ostie par exemple.

Polychromie, face sud

Cette construction est aussi l'occasion d'admirer la perfection de la maçonnerie gallo-romaine. Remarquez l'agencement parfait des lignes de briques.

Détail de la base, face nord

Au pied de la pile a été mise au jour récemment, sur un mur de soutènement, une représentation de Sabazios, divinité orientale très rare en Gaule et surtout en Gaule du nord. D'origine phrygienne, Sabazios fut vénéré en tant que divinité identique à Dionysos. Il était fils de Perséphone et de Zeus. Il a une allure vraiment étonnante, personnage barbu avec une sorte de couvre-chef qui le fait ressembler sans plaisanter au grand schtroumpf.
Nous ne pouvons expliquer clairement la raison du choix de la divinité par le propriétaire des lieux de l’époque et locataire probable sous la pile ! Il faut dire que beaucoup de théories ont été donné sur ce monument et sur sa signification. Aux XVIIIème et XIXème siècles, il fut défini comme un trophée militaire ou une limite de cité… La pile fut redécouverte et dessinée en 1770 par Le Royer de la Sauvagère, dans son recueil d’antiquité dans les Gaules. Elle est apparentée aux piles du sud-ouest de la France ou aux « piliers » de la région de Trèves (en Allemagne).
La datation attesté semble la faire remonter au deuxième moitié du IIe siècle après J.C., ce qui semble être la période prospère de la région et notamment de la capitale de cité, Caesarodunum, des Turons.

Dans ces affirmations beaucoup de choses sont issues des recherches récentes. Il y a encore 10 ou 15 ans nous n’aurions pu affirmer son rôle de monument funéraire avec autant d’assurance. C’est une vraie curiosité pour les amateurs de l’Antiquité romaine en Gaule dont la région est bien plus riche que beaucoup le pensent, nous y reviendront bientôt.

L'accès au pied de la pile est possible et facile, en franchossant une barrière, qui est naturellement déjà repoussée sur le côté.Ceci dit, prévoyez tout de même de bonnes chaussures !


Face sud. Situation : sur le côteau, au milieu des maisons actuelles.
par Nicolas Mémeteau publié dans : Curiosités
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L'antiquité romaine se matérialise par deux choses essentielles en Gaule, par rapport à l'occupation gauloise antérieure : l'organisation du territoire (plan des villes, cadastration des provinces) et la maîtrise de l'eau. C'est ce dernier point qui nous intéresse.
Les romains sont des fanatiques des fontaines et des bains et la création de thermes est le stigmate le plus évident dans les villes romaines. Selon l'importance des villes il peut y en avoir plusieurs, il en existe même qui sont privées pour un notable par exemple. Le problème de cette manie romaine est qu'elle est très gloutonne en eau. C'est pourquoi ils vont développer des techniques assez extraordinaires pour l'époque pour faciliter l'aduction d'eau. Nous sommes encore étonnés aujourd'hui lorsque nous pouvons voir un de ces fameux aqueducs, comme le pont du Gard, par exemple.
Précision de vocabulaire : l'aqueduc est le conduit qui permet à l'eau de circuler et donc d'arriver jusqu'à la fontaine ou aux thermes. Cette conduite est le plus souvent enterrée dans le sol, sauf lors du passage de grandes vallées ou les romains ont eu l'idée de construire des ponts, en maintenant une pente légère mais constante pour que l'eau continue son chemin, puisque la seule technique connue est l?aduction par gravité, c'est-à-dire prendre l'eau en point haut et l'amener à un point plus bas. Donc ce que nous appelons généralement aqueduc (dans l'imaginaire de chacun), nous devrions l'appelé pont-aqueduc. Le pont du Gard est un pont-aqueduc, l'aqueduc lui-même n'est que le petit conduit situé en haut de la construction et que les visiteurs ne voient jamais, d'ailleurs !

L'aqueduc de Luynes n'est certes pas aussi impressionnant que le pont du Gard, mais il n'en est pas moins intéressant. Ce pont est facile à trouver, il se trouve à environ 2 Km à l'extérieur de la ville de Luynes (37) et des pancartes vous guideront dès le centre-ville.
Comme toujours, les monuments gallo-romains qui nous sont parvenus offrent plus de questions que de réponses. Nous ne savons pas bien à quoi et surtout à qui servait ce pont. A l'emplacement actuel de la ville de Luynes existait une ville secondaire dans la cité des Turons. Avait-elle pour autant besoin d'un aqueduc ? Nous n'en savons rien. Il est possible que ce pont ne desserve pas une ville mais une importante villa privée ou un établissement agricole situé vers ce qui est aujourd'hui le prieuré Saint-Venant (transformé en chambres d'hôtes). Dans ce prieuré existe les fondations d'une villa, avec plus de 10m. d'élévation gallo-romaine, mais nous n'y avons pas accès et les propriétaires ne souhaitent pas nous faire partager leur trésor. Même des chercheurs du CNRS ne peuvent y accéder malgré de nombreuses demandes, c'est vous dire ! Le nom gallo-romain de ce domaine est connu grâce à Grégoire de Tours : Malliacum.

Aqueduc de Luynes, quelques unes des arcades reliées.
Pour voir le pont, c'est très facile, puisqu'il borde une route. Il subsiste actuellement 44 piles du pont sur plus de 300 mètres, dans des états de conservations assez divers. Neuf sont tout de même reliées entre elles par des arcs en plein-cintre et qui supportaient la conduite d'eau. Depuis la source jusqu'à son aboutissement, la pente constante atteint 1,64 m. par kilomètre.
Cette conduite était sans doute couverte et maçonnée. C'est un bel exemple de construction gallo-romaine avec un petit appareil de moellons réguliers. La brique n'est présente que dans les claveaux des arcs.

Claveau des arcs avec les briques

Cet aqueduc est daté du Haut-Empire, deuxième moitié du Ier siècle ou IIe siècle. Ceci correspond tout à fait au développement de la région puisque la capitale de cité, Caesarodunum, est une fondation impériale de la même époque. Le pont semble avoir été en fonction jusqu'à l'époque carolingienne puisqu'un diplôme de Charles le Chauve (roi de 843 à 877) indique des réparations sur cet aqueduc.

Vue d'ensemble

Cet aqueduc est une curiosité à découvrir si vous passez dans les environs. Il contribue à la richesse de la région dans le patrimoine gallo-romain à protéger. Avec la pile funéraire, c'est l'un des plus intéressant monument antique de Touraine, mais d'autres sont à voir, nous en reparlerons.

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par Nicolas Mémeteau publié dans : Curiosités
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