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MONUMENTAL

MONUMENTAL

Actualité du patrimoine. Visites, lectures, expositions, dans des châteaux, des églises. Notre passion du patrimoine à la portée de tous.


Le château d'Angers (49)

Publié par Nicolas Mémeteau sur 14 Mai 2007, 13:48pm

Catégories : #Val de Loire

On connaît surtout le château d’Angers pour la tenture de l’Apocalypse. Il faut reconnaître qu’elle est fabuleuse. Mais le château mérite tout de même de l’attention, il ne faut pas l’oublier. C’est un chef-d’œuvre d’architecture et d’organisation défensive, né dans de circonstances politiques conflictuelles importantes.

Depuis le milieu du XIIe siècle, un conflit oppose les Capétiens et les Plantagenêts. La reconquête du royaume par Philippe II Auguste après la mort de Richard Cœur de Lion (1199) sur Jean sans Terre se solde par l’éviction des Plantagenêts du continent avec des batailles célèbres comme Château-Gaillard (1204) et l’ouverture de l’ouest avec la reprise de la forteresse de Chinon en 1205. Les Plantagenêts reculent jusqu’à la bataille de Bouvines et le traité qui suit en 1214/1215. Il convient de marquer symboliquement la présence royale dans l’ouest. Chinon est modifié par Philippe Auguste dès 1205, puis de nombreuses tours « philipiennes » sont édifiées un peu partout.
Dans la capitale historique de l’Anjou, on décide l’édification d’une forteresse dès 1230, de manière à marquer le pouvoir de Saint Louis face aux bretons (alliés des Plantagenêts depuis longtemps). C’est Blanche de Castille (mère de Louis IX) qui dirige les opérations.
Nichée sur impressionnant promontoire, face à la Maine, le château possède une muraille, garnie de tours, sur 3 fronts, le front ouest, à pic, n’en ayant pas besoin. Sur les autres côtés du pentagone sont alignées 17 tours, éloignées de moins de 20 mètres chacune. Elles font plus de 12 mètres de diamètre.

Les tours, la courtine et le fossé Les tours et le chemin de ronde

Comme dans chaque château de la Loire, les matériaux locaux servent pour la construction. Cette couleur noire des murailles est due au schiste utilisé, avec des bandeaux de pierre de taille qui contrastent, mais il semble que cela ne soit que décoratif. A l’origine les tours sont plus haute de 8 mètres (par rapport à aujourd’hui), si on y ajoute les toitures et le crénelage (alternance de créneaux et d’archères). La proximité des tours rendait les armes de jet particulièrement efficaces ici. La couleur ajoute à l’aspect austère de l’ensemble tentant de dissuader d’une attaque, y compris avec les deux portes monumentales : la porte de la ville et la porte des champs.

La porte de la ville

L’enceinte fut construite en une seule fois au XIIIe siècle. Il n’en va pas de même pour les logis. Ils furent constamment remaniés. Il est encore possible de voir l’ancienne grande salle (en ruine), l’aula, du château comtal primitif, connue sans doute par les Plantagenêts, mais existante depuis le XIe siècle. Cette salle est très grande, 13 mètres de large pour 26 de long, et fut régulièrement remaniée jusqu’au XIVe siècle.

Grande salle du château comtal, XIe siècle

En revanche, le logis royal, la chapelle et le châtelet sont entièrement construits par Louis II d’Anjou et le Roi René (tirant son nom de ses prétentions sur les royaumes de Naples et des deux Sicile, de Jérusalem et de Hongrie, ajoutées à son titre de duc de Lorraine) , fin XIVe et XVe siécles. L’ensemble des logis a perdu son décor intérieur. Y sont exposées aujourd’hui quelques pièces de tapisseries et de mobilier, mais assez mineures en fait.

Le châtelet, XVe siècle La chapelle, 1410 Logis royal et chapelle

La chapelle, très élégante, construite en 1410, possède une nef unique. Nous y découvrons des éléments d’architecture remarquables : de fines nervures prismatiques courent des arcs aux piliers à peine interrompues par des chapiteaux peu marqués. Cette chapelle est une volonté de Yolande d’Aragon, femme de Louis II d’Anjou, future belle-mère de Charles VII.

Cette élégance se retrouve dans le châtelet, avec ses deux tourelles en encorbellement et ses deux pignons à choux frisés.
L’ensemble de ses constructions est disséminé dans ces imposantes murailles, dans un jardin très agréable. Il faut tout de même reconnaître que nous avons du mal à comprendre globalement l’organisation spatiale du site au Moyen Age.
Les tours des murailles visibles aujourd’hui sont différentes de celle de l’époque du roi René. Elles ont en effet été arasées à la fin du XVIe siècle pour s’adapter à l’installation de l’artillerie dans la défense. Les terrasses à feu sont abaissées d’environ 1,60 mètre par rapport à la hauteur initiale pour arriver au niveau des courtines, de manière à faciliter les circulations et protéger au mieux les canonnières. Les courtines se sont vues renforcées par des remblais de terre d’au moins 6 mètres.

Surélévation d'1,60 m. des canonnières

La promenade sur ces murailles est impressionnante, elle est aussi l’occasion d’avoir des vues exceptionnelles sur la ville et notamment sur la cathédrale Saint-Maurice.

Cathédrale Saint-Maurice vue depuis le château

Evidemment, le plat de résistance de la visite est la découverte de la tenture de l’Apocalypse. Louis Ier d’Anjou, frère du roi Charles V, fait la commande, à la fin du XIVe siècle, de cartons au peintre du roi, Jean de Bruges. C’est à lui que l’on doit la fascinante expressivité des visages de l’ensemble. Tissée dans des ateliers parisiens, de 1373 à 1382, elle encore en très bon état pour son grand âge. On peut observer la qualité exceptionnelle de ces tapisseries et le soin dans le tissage : les extrémités des fils sont cachés dans l’épaisseur du tissage, l’envers est aussi net que l’endroit.

Sur plus de 107 mètres, on découvre la quasi-totalité des scènes de l’Apocalypse selon Saint-Jean. A l’origine la tenture était composée de 6 pièces comportant chacune quinze tapisseries. Il ne manque que de rares scènes sur l’ensemble : certaines perdues, d’autres ont subi les usures du temps. Elle n’en reste pas moins extraordinaire à observer.

La tenture est maintenant exposée dans une galerie spécialement conçue à cet effet, avec éclairage et climatisation pour optimiser la conservation de ces pièces rares. Pour une bonne compréhension de la tenture, nous ne saurions trop vous conseiller de suivre une visite guidée qui sont assurées régulièrement par les agents du monuments qui sauront vous raconter l’Apocalypse et, en même temps, vous initier à l’art extraordinaire de la tapisserie. Vous pouvez aussi suivre la visite grâce à des audioguides, mais vous savez à quel point nous avons ces machines en horreur ! Un guide sera, à notre avis, toujours meilleur que ces machines.

La visite du château d’Angers est un réel plaisir pour plusieurs raisons. C’est l’occasion de déambuler sur des murailles fascinantes et dans un jardin très agréable. La chapelle possède une architecture intéressante, même si elle est malheureusement très vide.

Les logis sont par contre assez peu garnis. Les tapisseries exposées sont de qualité bien moindre que l’Apocalypse, à croire que c’est exprès pour ne pas faire d’ombre au chef-d’œuvre ! Les salles sont assez vides et sombres.

Malgré cela, c’est un site à connaître qui mérite que l’on s’y arrête. Il est clair qu’il existe peu d’endroits en France avec de telles fortifications et la tenture de l’Apocalypse vaut à elle seule le déplacement.

Voûte Plantagenêt de la cathédrale Saint-Maurice ici.
Plus d’infos : angers.monuments-nationaux.fr

Commenter cet article

gandalf 24/01/2010 20:15



Un incendie désastreux qui ravage une fois de plus un des fleuron de notre patrimoine,
quelques autres bonnes photographies à voir sur cette page http://www.chateauxmedievaux.com/angers.php

et surtout, http://www.jesoutienslechateaudangers.fr/ pour aider à la restauration du logis.



Le chevalier du 38 27/05/2007 18:00

Et voila.... Je m'absente quelques temps et tu réalises des articles d'une grande qualité ...... Est ce pour me faire regréter mes vacances ?...... (Cantal et l'Allier furent mes lieux de recherche et de marche).  Les "Pays de Loire" forment une région qu'il me faut mieux "considérer" ..... Que de merveilles il y a !...... Mais tu les décrits si bien que je n'ai pas besoin d'y aller.... Si,si c'est vrai.Mais il est vrai que rien ne remplace l'odeur de la pierre, la chaleur d'un bâtiment......Merci pour cet article qui me donne des envies et m'apprend l'histoire de l'Anjou.

Louvre-passion 20/05/2007 10:46

Cet intéressant article nous montre bien l'évolution des châteaux notamment quand il a fallu s'adapter aux armes nouvelles telles que l'artillerie.

sevy 19/05/2007 14:06

superbe articlemagnifique bonne journéebisous

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