Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

MONUMENTAL

MONUMENTAL

Actualité du patrimoine. Visites, lectures, expositions, dans des châteaux, des églises. Notre passion du patrimoine à la portée de tous.


La basilique Saint-Martin, Tours

Publié par Nicolas Mémeteau sur 15 Décembre 2006, 00:00am

Catégories : #Val de Loire

 

Nous vous disions qu’il ne fallait pas confondre la collégiale et la basilique Saint-Martin. La basilique Saint-Martin est le monument en lieu et place de la collégiale médiévale au XIXe siècle. Cette reconstruction ne fut pas simple et suscita la polémique.

La collégiale médiévale est en grande partie détruite depuis 1802 (v. article collégiale). Le culte à Saint-Martin fut relancé dans les années 1860 après la redécouverte son tombeau. Fallait-il alors reconstruire une église au saint ou non ? C’est la question qui divisa les tourangeaux jusqu’au début du XXe siècle, à tel point que l’on parla d’ « affaire Dreyfus tourangelle ", c’est dire ! D’un côté, les catholiques ultramontains souhaitaient une reconstruction à l’emplacement exact de l’ancien bâtiment, ce qui signifiait la condamnation de la rue des halles, l’une des rues les plus commerçantes de la ville. L’autre point de vue était celui de la municipalité de l’époque, radicale depuis 1865, qui ne souhaitait pas bouleverser toute l’urbanisation d’un quartier pour une église.

Le débat dura une vingtaine d’année et fut fort virulent entre les deux camps. L’archevêque de Tours, Mgr. Meignan, trouva un compromis en 1884. Il se satisferait d’une petite église, orientée Nord-sud, et dont le sanctuaire surplomberait le tombeau de Saint-Martin. Ceci veut dire que les deux églises seraient perpendiculaires l’une par rapport à l’autre et n’auraient que leurs chevets respectifs en commun, de manière à ce que les reliques demeurent dans le chœur de la nouvelle église.

La construction fut confiée à l’architecte tourangeau Victor Laloux, dont ce fut la première œuvre. Cet archiecte allait réaliser des oeuvres majeurs au tournant des XIXe et XXe siècles. Les travaux commencèrent en 1886 et furent achevés en 1902, mais la basilique fut inaugurée en 1890. Le parvis, au sud, fut construit en 1928.

La construction qui en résulte est imposante, bien que la parcelle était assez étroite. Laloux s’est employé a utiliser au mieux sa parcelle en jouant sur les étagements des masses. Elle est très différente de sa grande sœur médiévale. Un parti dit « romano-byzantin » fut choisi, comme un retour au plan basilical des premières églises de la chrétienté durant le Haut Moyen-Âge (IVe – IXe siècles). S’ajoute à ce style, à la croisée, un dôme, typiquement Renaissance, comme la cathédrale de Florence (photos ici) ou Saint-Pierre de Rome par exemple. Ce dôme est surmonté d’une statue assez monumentale de Saint-Martin, qui semble bénir ses sujets, vers le sud. La direction de la bénédiction (au sud) s’explique par le développement de la ville (sur lequel nous reviendrons) vers le sud, vers les nouveaux quartiers, plutôt aisés, du XIXe siècle.

 

La basilique se compose d’une nef à trois vaisseaux. Le vaisseau principal, ainsi que les deux collatéraux ne sont pas voûtés, mais charpentés, comme dans les églises paléochrétiennes, ce qui ne s’était pas vu depuis longtemps dans ce genre de construction. Les vaisseaux sont séparés par des arcades sur une colonnade de chaque côté. Les colonnes sont galbées, monolithiques et en marbre gris. L’éclairage est abondant, l’élévation importante, d’autant plus au niveau du chœur, puisqu’il est surélevé pour laisser la place à une imposante crypte dans laquelle se trouve les restes du tombeau du saint. L’impression d’espace est donc renforcée par le dôme et la surélévation du chœur.

La crypte est donc semi-enterrée et aveugle. C’est une vaste salle à cinq vaisseaux séparés par d’énormes piliers ; chaque vaisseau est voûté en arêtes. C’est dans cette salle que l’on peut voir le tombeau de Saint-Martin (il s’agit plus vraisemblablement d’une reconstitution du tombeau, là encore c’est un sujet de polémique !)

Lorsque l’on est observateur, on voit, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur, des fissures dans les murs, notamment côté ouest. La basilique souffre beaucoup depuis quelques années. Les soubassements sont, comme souvent à Tours, constitués de pieux en bois. Il semblerait que la structure bouge car les pieux furent mal positionnés et surtout n’étaient pas suffisamment bien traités pour résister à l’humidité des sols. Notez que Tours se situe entre la Loire et le Cher : tous les sous-sols sont humides, voire pour certains quartiers, d’anciens marécages. Bref, les fondations de la basilique sont en mauvais état. Vivra-t-elle aussi longtemps que la collégiale médiévale ? Nous pouvons en douter… à moins que de sérieux travaux soient entrepris.

 

La basilique est encore très fréquentée, et pas seulement par des touristes, mais par nombre de pèlerins. Nous vous le précisons pour que, lors de votre visite, vous ne soyez pas trop surpris. C’est un important lieu de culte, géré par des sœurs très tolérantes envers les touristes. Toutefois, de nombreux offices y sont célébrés, soit dans la crypte, soit dans la basilique, donc, en fonction des offices, une partie peut-être temporairement fermée.

Si vous consacrez une visite aux restes de la collégiale médiévale, n’hésitez pas à entrer dans la nouvelle basilique, elle est fort intéressante. On peut objecter du manque de légèreté de l’ensemble de l’édifice. Il semble à l’étroit, engoncé dans un petit espace, ce qui est vrai. Il est l’un des monuments correspondant à cette fin de XIXe siècle, un peu grossier, un peu pompeux (pour les extérieurs) et très tape-à-l’œil, tout ceci est également vrai. Il ne faut toutefois pas manquer ce monument, tout à fait à l’image d’une époque qui reprend et mélange, avec plus ou moins de goût et de finesse, les codes architecturaux antérieurs.

En face de l’entrée de la basilique existe le cloître Saint-Martin. Il est malheureusement fermé aux visiteurs sauf en de rares occasions, ou lors des journées du patrimoine en septembre. Les vestiges qui restent de ce cloître du XVIe siècle sont aussi intéressants.

 

La basilique Saint-Martin, entrée par la rue Descartes (ça ne s’invente pas !).

Le cloître Saint-Martin, exceptionnellement accessible par le 5 rue Descartes, à Tours.
Article sur la collégiale médiévale ici
D'autres images dans l'album photo Ville de Tours

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Le chevalier du 38 20/12/2006 21:25

Bonsoir messire..... Voila un monument devant lequel je serai surement passé sans trop le regarder...... comme quoi, il vaut mieux se renseigner toujours avant de visiter une région.
c'est amusant les histoires "de clocher". il y a tuoujours dans les petites villes, ou village une décision qui divisent en 2 camps..... Merci pour cette article.

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents