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MONUMENTAL

MONUMENTAL

Actualité du patrimoine. Visites, lectures, expositions, dans des châteaux, des églises. Notre passion du patrimoine à la portée de tous.


La cathédrale du Mans

Publié par Nicolas Mémeteau sur 26 Février 2007, 12:47pm

Catégories : #Ailleurs...

En 1055, sur des bases d’une ancienne cathédrale carolingienne, le comte d’Anjou Geoffroy Martel, fils de Foulques Nerra souhaite lancer la construction d’un nouvel édifice. Il nomme pour cela Vulgrain, moine d’Angers, connu pour être un excellent bâtisseur. Il va détruire le monument précédent et construire une cathédrale romane, conforme aux modes de l’époque. Cette construction va s’échelonner de 1060 à 1120, date de la dédicace de la cathédrale par Hildebert de Lavardin (le 25 avril), en présence du comte Foulques V.

C’est depuis cette cathédrale en chantier que le pape Urbain II vient prêcher la croisade en 1095.

Deux incendies viennent endommagés l’église en 1134 et 1137, notamment la charpente de la nef. C’est alors que l’évêque Hugues de Saint-Calais va décider le voûtement en pierre de la nef, dans le style angevin, qui va devenir célèbre sous l’appellation de « voûte Plantagenêt », que l’on retrouve partout en Anjou, dans les construction à partir de la deuxième moitié du XIIe siècle. Elle précède et est un peu différente de la croisée d’ogives qui règnera durant tout le XIIIe siècle. Pour les spécialistes et observateurs, vous remarquerez que la voûte Plantagenêt est beaucoup plus bombée que l’ogive et que la clé de voûte est très haute, par rapport au départ des arcs de cette même voûte.

La cathédrale est consacrée en 1158 et c’est alors un bâtiment homogène : nef, transept, chœur et crypte Saint-Julien.

Le roi de France reprend la main sur l’ouest de la France au début du XIIIe siècle, après avoir vaincu Jean sans Terre, roi d’angleterre. L’évêque du Mans, Maurice, rêve alors d’une cathédrale nouvelle, plus haute et plus spacieuse, qui ressemblerait plus aux critères nouveaux, mis en place en Ile-de-France et dans la région dans deux chantiers importants, Chartres et Bourges. En 1217, Philippe-Auguste autorise la construction d’un chœur qui irait au-delà de la muraille gallo-romaine, qui la ceint. Il faut en effet cette autorisation royale pour détruire des murailles, fussent-elles gallo-romaines.

Plan au sol

La reconstruction du chœur, achevée en 1273, nécessite une modification du transept vers la fin du XIVe siècle, pour coller avec la nef, romane, qui ne sera jamais transformée, faute de temps, d’argent et de contexte politique complexe : guerre de cent ans (territoire anglais au XVe siècle), guerres de religion (particulièrement violentes dans la région du Mans et qui fit souffrir la cathédrale)

Chevet gothique de la cathédrale
La visite de cette cathédrale est plus que passionnante car elle est une leçon d’architecture à elle toute seule, entre le roman finissant et l’art gothique. Lorsque vous vous trouvez à la croisée du transept, un regard d’un côté vous montre un chevet gothique parfait, lumineux, majestueux, un regard de l’autre vous montre une nef romane massive, plus sombre, magnifiquement voûté à la mode Plantagenêt.
Chevet Chevet intérieur
Le chœur est tout à fait conforme aux canons gothiques du XIIIe siècle avec notamment de nombreuses colonnettes qui montent d’un jet vers la voûte sur près de 27 mètres, de quoi donner le vertige. Le triforium est l’occasion de voir de magnifiques vitraux contemporains de la construction. Les fenêtres hautes culminent à 34 mètres du sol et s’achèvent dans les voûtes, des croisées d’ogives parfaites. Le déambulatoire à chapelles rayonnantes est le morceau de bravoure de cette partie puisqu’il est double, séparés par des colonnes-piliers impressionnantes. Il est surmonté de deux hauteurs de voûtes différentes dans chacune des travées, ce qui est spectaculaire. La partie basse supporte en fait le triforium qui court tout autour du chœur.
Les deux hauteurs du déambulatoire Détail des voûtes du déambulatoire Partie tournante du choeur, vu du déambulatoire

Des chapelles rayonnantes, l’axiale, dédiée à la Vierge est la mieux conservée (du XIVe siècle) et la plus intéressante. Les voûtes des quatre travées sont totalement peintes et évoquent intégralement la musique : partitions, textes de prières et collections d’instruments de musique incroyable. Elles sont les vestiges médiévaux de peintures murales les plus intéressants que nous ayons vu depuis longtemps.

Voûte de la chapelle axiale (XIVe siècle)

Et puis, bien sûr, la nef angevine, du XIIe siècle, qui est notre coup de cœur. Les grandes arcades reposent alternativement sur des colonnes cylindriques ou sur des piliers à colonnes engagées. Certains chapiteaux sont taillés à la manière corinthienne, d’autres sont juste épannelés (c’est-à-dire à peine dégrossis). Au-dessus, un faux triforium court de part et d’autre de la nef, tantôt aveugle, tantôt ouvert par de petites fenêtres. Le voûtement des cinq travées nous touche particulièrement. A Monumental, nous avons une affection particulière pour la voûte Plantagenêt, elles sont ici magnifiques. Elles culminent à 24 mètres du sol.

Nef avec le voûtement Plantagenêt Voûte Plantagenêt à la croisée du transept
Les bas-côtés sont voûtés d’arêtes bien sûr, dans la grande tradition romane. Vous noterez une particularité, la bichromie (unique dans le nord de la France) de la pierre, blanche et rouge, qui n’est pas sans rappeler les églises romanes du sud de la France, Auvergne ou Pyrénées entre autres.
Bas-côté nord, vue intérieure. Regardez la bichromie de la maçonnerie. Bas-côté sud, vue extérieure. Regardez la maçonnerie, typiquement romane.

La croisée du transept reste sans doute le point d’observation le plus incroyable de ce lieu ou roman et gothique avec une grande habileté, alors que ces deux parties n’étaient pas censées cohabitées. Elles le font tout de même, et c’est passionnant.

Lorsque vous passerez au Mans, nous vous conseillons de vous perdre dans le dédale des ruelles médiévales (nous y reviendrons), mais surtout, prenez le temps de découvrir dans le détail l’une des cathédrales les plus atypiques, les moins connues aussi, mais surtout une des plus instructives que nous connaissions.

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Aurélie 08/05/2008 18:48

Très belle description de cette cathédrale que je connais bien également puisque j'habite au mans et que je suis un cours d'histoire des arts. Je l'ai donc étudié et re-étudiée ! Tout ca est bien dit. & savez vous que les culées en forme de "Y" sont les seuls de ce genre en France ? Et oui, il faut parler de la vielle ville, c'est magnifique de s'y perdre...

lol 10/01/2015 13:38

ok

David 27/01/2008 21:59

Bel article sur une cathedrale que je connais bien  puisque je vis a 25km du Mans!! Connais-tu le livre "Redecouvrir la cathedrale du Mans" paru en 2000 aux editions de la Reinette? il est tres instructif et raconte encore + en detail la construction et l'histoire de la cathedrale et avec pas mal de photos et croquis.Par ailleurs je reve depuis longtemps déja de la reproduire en miniature. Peut etre que dans 2-3 ans....David

lol 10/01/2015 13:39

ok

Urban :0033: 04/03/2007 20:51

Bonsoir Nicolas, j'ai mis ton blog dans mes liens, si tu désires des photos pour illustrer un de tes articles, fais moi signe ;-)) Bonne soirée @+

Le chevalier Dauphinois 03/03/2007 11:13

Bien le bonjour messire Nicolas..... Les cathédrales, la construction d'église et l'art religieux sont des sujets que je connais peu et que je ne me sens pas capable d'aborder dans mon blog. Et c'est avec plaisir que j'ai dévoré ton article. At pluis ces photos en "perspectives" donnent une dimensions à cette construction
Encore messire, encore... le chevalier "guerrier" a besoin de ces sujets emplis de pleinitude..... Merci

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