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MONUMENTAL

MONUMENTAL

Actualité du patrimoine. Visites, lectures, expositions, dans des châteaux, des églises. Notre passion du patrimoine à la portée de tous.


Valençay (36)

Publié par Nicolas Mémeteau sur 30 Juin 2006, 00:00am

Catégories : #Ailleurs...

La notoriété du château de Valençay est due à Talleyrand, mais cet illustre occupant ne doit pas faire oublier qu’il n’est pas le responsable de cette superbe construction. Elle est l’œuvre de ses prédécesseurs, notamment la famille d’Etampes au XVIe siècle et Legendre Villemorien dans les années 1760.
 
Le château est situé sur un promontoire donnant à voir toute la vallée du Nahon, excentré par rapport à la vallée de la Loire. Son aspect peut paraître surprenant : une grande aile nord, avec un pavillon d’entrée, une élévation disparate, ponctuée à droite par une grosse tour avec un toit en dôme, de laquelle part une aile ouest, elle aussi terminée par une grosse tour semblable. Entre ces deux ailes se trouve une vaste cour d’honneur, largement ouverte au sud.
Valençay n’a jamais été une forteresse, mais le châtelet d’entrée dispose tout de même d’un crénelage et d’un chemin de ronde de fantaisie. Il est donc une vaste résidence, somptueuse, avec quelques formes pseudo-militaires, symboliques de la Renaissance tardive à laquelle il appartient.
 
Vers 1520-1530, une nouvelle demeure voit le jour sur les restes de la construction médiévale dont il ne reste rien. Le domaine appartient alors à Louis d’Etampes, gouverneur et bailli de Blois, et à son épouse Marie Hurault, fille du général des finances Jacques Hurault de Cheverny.
De cette phase de travaux date la grosse tour nord-ouest, qui est donc la partie le plus ancienne de l’ensemble. A l’extérieur de cette tour, on observe trois niveau de pilastres régulièrement espacés qui rappellent l’élévation de Chambord ,construit dans ces mêmes années pour l’essentiel, même si la tour est finie par son fils, Jacques d’Etampes, vers 1540, notamment la toiture en ardoise. Le chemin de ronde avec des machicoulis traîtés en consoles avec ornements en coquilles rappelle lui l’aile François Ier de Blois.
L’ancienne fonction militaire des châteaux apparaît ici sous une forme purement décorative qui démontre la lente mutation des constructions médiévales durant la Renaissance.
 
En 1599, le châtelet d’entrée se termine malgré l’archaïsme de ces formes : quatre tourelles d’angles et le chemin de ronde par exemple. Cependant, le décor sculpté de ce pavillon avec la superposition des ordres dans les chapiteaux (Renaissance) et surtout le décor de palmes, de rinceaux et de feuillages semble symptomatique du règne d’Henri IV.
De cette même époque date la plus grande partie du logis dont le corps de galerie entre la tour nord-ouest et le pavillon d’entrée avec un portique à cinq arcades. Ces travaux s’échelonnent jusque vers 1640-1650.
 
En 1761, le château est acquis par le fermier général Philippe Charles Legendre de Villemorien et son épouse Marie-Antoinette Bouret. Le couple possède une immense fortune et va pouvoir terminer la construction et lui donner son aspect actuel. L’architecte de Legendre, Joseph Abel Couture, va procéder à des destructions et des constructions de grande ampleur. L’aile orientale est sacrifiée, tout comme le portique sud, ce qui ouvre complètement la cour sur le paysage de la vallée du Nahon.
Sur l’aile ouest, la façade est reconstruite, ainsi qu’une tour au sud-ouest, semblable à la grosse tour nord-ouest de 1540. Cette tour est un étonnant pastiche de la construction Renaissance. Ces interventions sont toutefois formidablement bien intégrées dans le château préexistant, ce qui lui permet d’entrer dans un état satisfaisant dans le XIXe s., lui évitant par là même de lourdes restaurations souvent liées à ce siècle.
 
Legendre meurt en 1789 et son fils vend le domaine à Talleyrand, alors ministre des relations extérieures de la République, en 1803. Talleyrand charge l’architecte Jean Augustin Renard de le remettre au goût du jour. Le mobilier est donc changé, ainsi que l’ensemble de la décoration intérieure, le parc est redessiné. Le pavillon de chasse est construit en 1808 et un théatre est aménagé en 1809 avec un décor néo-classique.
 
A partir de Restauration, le Prince de Bénévent viendra souvent, notamment à l’automne. Les intérieurs évoquent ces séjours de Talleyrand recevant les personnages importants des cours européennes dans un décor d’hotel particulier parisien avec un mobilier empire rappelant entre autre Compiègne ou Fontainebleau.
 
Valençay est une exceptionnelle construction qui vaut d’être vue. Le jardin et la cour d’honneur impressionne, tout comme la vue imprenable sur la vallée avec en fond la pavillon de chasse. Dans la visite, un film dans le pavillon d’entrée sur l’histoire et la construction du monument, et le circuit dans les appartements.
Ici, pas de visites guidées, mais des audio-guides, impératifs mais gratuits (rare). Le texte des audio-guides est très intéressant, assez complet, même si l’objet en lui-même est très désagréable.
Nous avons quelques réserves sur la scénographie. L’ensemble des pièces est meublé dans le style empire qu’à connu Talleyrand. Aucune trace des aménagements antérieurs, ce qui est un peu dommage. Malgré cela le mobilier empire est fort beau. Le site aurait malheureusement besoin de conservation plus sérieuse. Vous apercevrez ici et là des chaises éventrées, une harpes avec des cordes manquantes ou cassées dans le salon de musique… un certain laisser-aller qui agace un peu. Mais vous êtes ici dans un lieu privé, appartenant à Culture Espace (filiale culturelle de Suez), qui n’a pas le souci de conservation des monuments publics. Il y a un effort à faire sur ce point.
La visite est tout de même intéressante de par l’extraordinaire construction que représente Valençay. L'élément qui doit vous convaincre est la cuisine du monument. Vous pouvez visiter les souterrains avec les cuisines et la cave. Ce sont sans doute les plus belles cuisines de château qui nous avons vu jusqu'à présent. Honnêtement, elles valent à elles seules le billet du site !
Etant privé, attendez-vous à un billet assez cher, 8€50 en plein tarif mais on ne les regrette pas à la sortie.
Plus d'infos ici.
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