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MONUMENTAL

MONUMENTAL

Actualité du patrimoine. Visites, lectures, expositions, dans des châteaux, des églises. Notre passion du patrimoine à la portée de tous.


Chinon de 943 à 1205

Publié par Nicolas Mémeteau sur 18 Juin 2007, 16:00pm

Catégories : #Val de Loire

La forteresse royale de Chinon est l’un des lieux où des évènements clés de l’histoire de France se sont déroulés. De plus, l’histoire de la Touraine est intimement liée avec les différentes étapes de l’histoire de ce site. Il y a concrètement deux périodes importantes dans l’histoire du châteaux : le XIIe siècle et les Plantagenêt et le XVe avec la présence de Charles VII. Nous allons d’abord évoquer l’histoire du monument de sa fondation jusqu’à la prise du château par Philippe Auguste, en 1205, et les transformations qui en découlèrent.

Tout commence au Xe siècle, vers 943, quand Thibaut le Tricheur (910/975), comte de Blois, fait construire la première motte castrale. Chinon et la Touraine font alors partie des possessions des comtes de Blois. A ce moment, Chinon fait office de poste « frontalier », encore que ce mot n’existe pas au Moyen Age, vis-à-vis des possessions du comte d’Anjou, toutes proches.
Cette motte n’est pas connue dans le détail, car l’emplacement supposé n’a jamais été fouillé jusqu’à présent. Nous ne pouvons que nous baser que sur les connaissances théoriques : une palissade et au milieu de la basse-cour ainsi délimitée, une tour, vraisemblablement carrée, le tout étant évidemment constituée de bois. Y avait-il à la base de ces édifices, palissade et tour, une assise en pierre ? Des fouilles permettraient sans doute de la dire.

Entre 1025 et 1040, Foulques Nerra prend la Touraine, et donc Chinon, dans cet intervalle, pour l’intégrer au comté d’Anjou. Nous ne savons pas s’il modifie le site. Nous connaissons les donjons laissés à la postérité par ce dernier : Loches (le mieux conservé), Montbazon, Montrichard, Langeais. Pour autant à Chinon, n’étant pas alors à proximité d’un territoire ennemi, mais plutôt au cœur des terres angevines, l’intérêt semble moindre pour ce lieu, stratégiquement du moins. L’aspect symbolique de la construction d’une tour ne semble pas nécessaire à ce moment. S’il y a bâti un monument quel qu’il soit, en pierre de taille, il n’en reste rien. Mais nous pouvons quand même en douter sérieusement.

Il faut attendre le milieu du XIIe siècle pour voir de sérieuses transformations à Chinon, doublées d’une importance politique non négligeable. C’est l’époque ou se dessinent les trois sites séparés par des fossés que sont le fort Saint-Georges, le château du Milieu et le fort du Coudray.
Henri II Plantagenêt (1133/1189), comte d’Anjou depuis 1151, marié à Aliénor d’Aquitaine (1122/1204) en 1152 et roi d’Angleterre depuis 1154, choisit Chinon comme capitale « continentale » de l’empire Plantagenêt. Il a besoin d’un lieu relativement sûr, donc facile à défendre et neutre politiquement, car il souhaite y entreposer le trésor royal. C’est pourquoi il délaisse les capitales historiques habituelles des Plantagenêt comme Poitiers (capitale de l’Aquitaine d’Aliénor), Angers, Le Mans (sa ville natale), Caen ou Rouen, par exemple.

La partie orientale du site, le fort Saint-Georges, est connue depuis peu. Des fouilles archéologiques s’y sont déroulées de 2003 à 2006. Elles ont permis d’avoir une meilleure idée du fort, qui s’avérait être alors un palais, et non un château fort, c’est-à-dire un lieu d’administration et de justice, donc non fortifié sous Henri II. Ce palais est donc constitué de trois grandes ailes parallèles, reliées entre elles par une aile perpendiculaire, donnant à l’ensemble la forme d’un E couché au sol. Dans ce palais le roi pouvait y tenir audience et y rendre la justice. C’est aussi vraisemblablement dans cette partie que se situait le logis Plantagenêt. Toutefois, on sait très bien qu’Henri II n’y séjourna que très peu, vu l’étendue de son empire, de l’Écosse aux Pyrénées. Sur 35 ans de règne, il passa 22 noëls dans des lieux différents, c’est dire à quel point le roi d’Angleterre passe son temps sur les routes, et non dans ses châteaux.

Chantier de fouilles du fort Saint-Georges

Le château du Milieu est donc le dépositaire du trésor royal, dans la tour dite « du trésor ». Accolé à cette tour se trouvait, en lieu et place du logis de Charles VII actuel, une chancellerie, qui n’était qu’un simple rez-de-chaussée, pour ce que l’on en sait. Le tracé encore visible aujourd’hui des murailles qui ceinturent le château du Milieu date de cette époque, vers les années 1160-1170.
Dans cette partie du site demeure aussi un prieuré avec une église, la chapelle Sainte-Melaine, dans laquelle mourut, soi-disant, Henri II, le 6 juillet 1189. Qu’il soit mort au château ne semble pas faire de doutes, mais que cela se passa dans la chapelle, rien n’est moins sûr…
Le fort du Coudray, la troisième partie, la plus à l’ouest, naît aussi sous l’impulsion des Plantagenêt, avec une ceinture de murailles et un donjon primitif qui n’est qu’une tour de refuge, garnie d’archères, la tour du Moulin. C’est l’occasion d’y voir une archère Plantagenêt, ainsi qu’une voûte angevine, ou Plantagenêt, à Chinon. On peut en voir aussi dans la église Saint-Maurice, chapelle royale d’Henri II, dans la ville médiévale, au pied du château.

La tour du moulin (époque Plantagenêt)

Les modifications défensives vont apparaître vers 1200. Depuis le retour de captivité et de croisade de Richard Cœur de Lion (1157/1199), les Plantagenêt et les Capétiens sont en guerre, à la suite de la trahison de Philippe II Auguste en Terre Sainte. Dès 1194, les 5 dernières années du règne de Richard ne sont qu’une succession de sièges et de bataille qu’il gagne presque toutes face au roi de France : Fréteval (en Loir-et-Cher, 1194) et surtout Gisors et Château Gaillard, jusqu’au siège fatal de Châlus ou Richard est mortellement blessé, en 1199. C’est à ce moment que le fort Saint-Georges est fortifié pour la première fois. Les archéologues ont maintenant repéré l’existence d’une porte fortifiée, dite « porte des Champs ».

La motte castrale du Xe siècle, dans le château du Milieu est-elle encore visible ? Cela parait difficile à dire. Mais l’on sait qu’à la toute fin du siècle, le rempart est se modifie fortement, avec l’ajout de tours de défense, notamment les tours de l’échauguette et du coin.

Tour du coin, coin des murailles est et nord Le rempart est, jouxtant la tour de l'horloge Le rempart est, vu d'en haut (chemin de ronde de la tour de l'horloge)

Le successeur de Richard Ier n’est autre que son plus jeune frère Jean Sans Terre (1167/1216), roi de 1199 à 1216. Il n’est pas le grand stratège qu’était Richard, et c’est sous son règne que les Plantagenêt vont perdre l’essentiel de leurs possessions continentales, avec notamment les prises de Château Gaillard, en 1204, Chinon en 1205, jusqu’à la fameuse bataille de Bouvines en 1214. Philippe Auguste mit 9 mois pour prendre la forteresse de Chinon. Il s’entête malgré les difficultés, car il sait que symboliquement, il est important de prendre la capitale continentale des rois d’Angleterre. Avec la prise de Chinon, c’est toute la Touraine qui bascule dans le domaine royal. Après avoir été successivement sous domination blésoise, angevine et Plantagenêt, la Touraine est une terre royale et ne changera plus de suzerain désormais.

Philippe Auguste venant de prendre la forteresse va rapidement la faire modifier. Connaissant ses points faibles, il va tenter d’y remédier : nouvelles murailles autour du fort Saint-Georges dans un premier temps. Le château du Milieu va voir ses murailles rehausser de plusieurs mètres pour parer aux nouvelles armes de jet, faisant leur apparition dans les sièges du XIIIe siècle. Il va en plus faire ajouter des tours de défense, dont la tour des Chiens, en forme de fer à cheval, plus efficace contre ces mêmes machines : le boulet en pierre ricoche, roule sur les formes arrondies de la maçonnerie, mais ne fait pas de brèches dans les murs.
Les transformations les plus remarquables se font dans le fort du Coudray, avec l’ajout de la tour maitresse du Coudray et de la tour de Boissy notamment. La tour du Coudray est un magnifique exemple de tour dite « philipienne », l’une des mieux conservé aujourd’hui. Philippe Auguste a dû s’adapter au terrain et c’est pourquoi sa tour n’est pas entourée totalement par un fossé. Le fossé sec n’est que d’un seul côté, séparant le château du Milieu du fort du Coudray. Il semble qu’il existait sous Henri II, mais est alors fortement approfondi et élargi.

La tour des Chiens La tour de Boissy Le fossé, séparant le château du Milieu et le fort du Coudray et la tour du Coudray

A partir du XIIIe siècle, la forteresse royale de Chinon devient un point d’appui essentiel dans la reconquête face aux Plantagenêt, dans un premier temps, puis dans l’affirmation du pouvoir des rois de France, dans un second temps. Cette période est importante pour le site de Chinon bien sûr, mais plus généralement dans l’histoire de la France et de l’Angleterre, deux pays indissociables, autant qu’inconciliables.

Tour du Coudray, détail

Toutefois, pour Chinon, la glorieuse histoire ne se termine pas avec la reprise de 1205. Une autre époque importante attend la forteresse, avec une nouvelle occupation royale, celle de Charles VII, accompagné de la cour de France où vont se croiser des personnages hauts en couleurs et dont celui de Jeanne d’Arc n’est pas le plus terne…

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hugues AOUSTIN 23/06/2007 11:23

un peu de chauvinisme A bien y réflechir, on se dit que si les "anglais" ont globalement abandonné la culture de la vigne sur leur sol et paradoxalement ont continuer le frêt et le courtage en vin, c'est probablement la conséquence de la possession de terres en France comme le Médoc, Bordeaux, Charentes, Saumur, Chinon ... On imagine que les "anglais" ont du beaucoup apprécier les produits locaux comme , touristes, ils l'apprécient toujours. On sait qu'on ne peut certes pas appeler les Plantagenets de l'époque d'Henri II et Richard Ier des "anglais" au sens moderne mais l'origine de leur (bon) goût pour le vin français provient probablement de cette époque ...

Louvre-passion 22/06/2007 21:16

En lisant cet article je me rends de toute la symbolique de ce lieu.Philippe-Auguste conquiert cette forteresse aux Anglais et la Touraine est annexée au domaine royal. C'est cette même Touraine qui sera le refuge de la royauté aux heures sombres de la guerre de cent ans qui seront sans doute évoquées dans le prochaine article. 

Nicolas Mémeteau 22/06/2007 22:30

Absolument, mon cher. Quel clairvoyance !

Le chevalier admoratif 18/06/2007 18:48

Bien le bonjour messire Nicolas  Voila une évocation de la 1ère partie de la vie de cette forteresse qui est vivante, enjouée,détaillée et visuelle..... Wahouuu......Cette prose me donne envie de prendre mon destrier et d'admirer ce chateau dès demain........... grrr... hélas, je travaille..... grrr......Quelques dragons à esbaudir avant vendredi.   Il est amusant de constater que souvent 1 seul homme donne sa physionomie à un château :   * Charles III duc de Bourbon pour Murat et Archambault   * Jean Ier Duc de Berry pour Mehun   *......Comme cette région m'est peu connue, j'ai dévoré ton article.... l'attente pour la suite va etre une tourture...... Félicitation pour ce "travail" Messire

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