MONUMENTAL auf Deutsch
Sur les traces de Foulque Nerra, comte d'Anjou (970/1040), nous
sommes obligés de passer par Montbazon. C’est l’un des nombreux sites construit par le Faucon Noir. Nous avons eu l’occasion de l’évoquer à travers les donjons de Loches et de Langeais.
Le donjon de Montbazon est le plus ancien de France en pierre. Sa construction remonte à 991. C’est l’année ou les moines de l’abbaye de Cormery se plaignent au roi de France (Hugues
Capet) que le comte d’Anjou bâtit sur leurs terres, à Montbazon, une forteresse. Cette construction fait partie de cette conquête de la Touraine lancée fin Xe, face aux
puissants comtes de Blois, depuis Thibaut le Tricheur (v. 940) jusqu’à Eudes Ier et Eudes II au tournant de l’an mil.
C’est dans ce mouvement que Foulque construira ou réaménagera plus d’une vingtaine de sites militaires. Il est aussi un chrétien pieux, qui cherche à expier ses nombreuses cruautés sur les champs
de bataille et ailleurs (il brûla sa première épouse en place publique) en construisant des édifices religieux (dont Beaulieu-les-Loches, datant de 1007 où se trouve son tombeau) et fit
quatre pèlerinages à Jérusalem, ce qui est simplement hors normes pour ce XIe siècle.
Le donjon de Foulque mesure près de 28 mètres et est bien sur de forme rectangulaire, classique pour cette époque. Cette forteresse fut tout de même prise par les
comtes de Blois dès 997. Foulque Nerra mit alors près de 40 ans à la reprendre, vers la fin de sa vie (il meurt en 1040). Son fils Geoffroy Martel y adossa le
petit donjon vers 1050, sorte de tour d’escalier permettant l’accès par le premier étage du donjon (dispositif identique à Loches). Il termina aussi la tour en y ajoutant près d'une dizaine de
mètres.
Les successeurs des comtes d’Anjou, les Plantagenêt continueront de le moderniser. Henri II lance en 1175 un grand chantier avec la
construction de la tour ronde d’entrée (la même existait à Chinon, en lieu et place de l’actuelle Tour de l’horloge), ainsi que des murailles autour du jardin médiéval et une tour pleine, la tour
de l’âne. Ce qui frappe le plus est la rusticité de la maçonnerie. Nous n’avons pas encore de bel appareillage comme les autres constructions : il ne s’agit ici que pierres brutes, qui
semblent arrachées au plateau, qui a d’ailleurs créé le ravin du flanc sud.
Philippe Auguste fait basculer la Touraine dans le domaine royal au début du XIIIe siècle. La forteresse devient alors la propriété d’une
longue succession de famille dont entre autre les Mirebeaux, les Craon, les Rochefoucauld, puis les Rohan, ducs de Montbazon
jusqu’à la Révolution.
Le site connaît durant cette longue période de fortes transformations, dont la construction vers 1425 d’un deuxième château, le château-neuf, face au vieux donjon. Il semble que ce logis
soit renommé pour son élégance. Viendront régulièrement dans ce logis Charles VII, Louis XI. Ce logis est malheureusement au trois quart détruit depuis 1746.
Voici ce qu'il en reste aujourd'hui. Il est le logis des nouveaux propriétaires.
Le donjon reste habité jusqu’en 1782. La partie supérieure du donjon (de Geoffroy Martel), ainsi que le petit donjon s’effondre en 1791. La ville
pense alors à raser les restes. Il n’en est finalement rien. En 1797, un violent coup de foudre vient lézarder le donjon, dont la fissure impressionne encore le visiteur.
Le site est réutilisé au XIXe siècle pour un usage moins noble : le donjon devient un simple entrepôt et, à l’angle sud-ouest, on installe un télégraphe Chappe. Sa balustrade est
toujours visible aujourd’hui.
La conservation commencera en 1860, même si en 1866, le curé de la paroisse fait installé une Sainte-Vierge, haute de 9,50 m., largement subventionnée par
l’impératrice Eugénie.
La sauvegarde viendra d’Amérique lorsqu’un jeune lieutenant des fusiliers marins, venu en France durant la guerre 14/18, William Perry Dudley,
rachète le site en 1922. Avec son amie, l’artiste peintre Lilian Whitteker, il se lance dans une grande restauration du monument.
A la fin des années 50, ils auront consolidé ou reconstruit de nombreux pans de murs du donjon et du logis seigneurial.
Montbazon est aujourd’hui propriété de M. et Mme Atterton. Cet anglais, marié à une française, a permis l’ouverture du château au public (depuis 2003 seulement) en restaurant sur
ces deniers le monument. Dans le donjon, vous pourrez voir de nombreuses photos avant-après et comprendre l’aspect pharaonique des travaux entrepris par Harry & Jacqueline
Atterton. Nous avons longuement discuté avec les maîtres des lieux. Ils sont absolument charmants, amoureux de ce donjon et ont des idées plein la tête. Sont en préparation 3 musées,
deux salles de classe (une couverte, une découverte), un enclos de jeux médiévaux, l’exploitation du parc et de son amphithéâtre pour des animations culturelles (concerts…). Beaucoup de
travail est encore à faire mais le projet est plus qu’alléchant.
Le donjon de Montbazon est résolument notre coût de cœur de l’année. Il est impératif si l’on s’intéresse aux châteaux forts de connaître celui-ci, le plus ancien de France encore en élévation.
De plus, le billet est très peu cher, 3,50 €, et comme cet argent sert directement à restaurer le site, on ne le regrette pas.
Ouvert de Pâques à novembre, tous les jours, et les week-end d’hiver, par beau temps.