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MONUMENTAL

MONUMENTAL

Actualité du patrimoine. Visites, lectures, expositions, dans des châteaux, des églises. Notre passion du patrimoine à la portée de tous.


Blois à la Renaissance (1515/1589)

Publié par Nicolas Mémeteau sur 29 Janvier 2007, 00:00am

Catégories : #Val de Loire

François d’Angoulême monte sur le trône le 1er janvier 1515. Il a 19 ans. Certes, il va modifier le château de Blois, mais nous savons qu’il a fait bien plus que cela. Dans les premières années de son règne, ou tout lui sourit, il va lancer de grands projets d’architecture, inspirés des découvertes qu’il a pu faire en Italie, mais il su les faire adapter au goût français. Sans le savoir, il lance la Première Renaissance Française, avec Blois, bien sûr, mais aussi avec Chambord, qui est son autre grande réalisation.

Nous avons vu les modifications apportées par Louis XII entre 1498 et 1503 (v. article). Une douzaine d’année seulement après la construction de l’aile de son prédécesseur, François Ier se lance dans l’aménagement du palais de sa capitale. Les travaux commencent vers 1516 ou 1518.

Le jeune monarque est confronté à un problème de taille dans l’édification de son aile, qui vient remplacer le vieux logis occupé par Louis XII, la présence de l’enceinte du XIIIe, contre laquelle est adossé le logis médiéval. L’architecte (non connu) va alors édifier l’aile de part et d’autre de la muraille, c’est la grande originalité de cette construction. Cette fortification se devine encore, lors de la visite, vous devrez passer à travers un énorme mur de refend, pour passer des salles donnant sur la cour aux salles donnant sur la façade des Loges.

La façade des Loges, Blois. Anciennement, elle donnait sur les jardins du Roi

Cette façade donne sur les jardins, déjà évoqués (v. article précédent). Elle est la trace la plus évidente de l’influence italienne au château. Elle s’inspire en effet de la façade conçue par Bramante, finie par Raphaël, au palais du Vatican, dans la cour Saint-Damase. Quant à l’inspiration supposée, pour la travée rythmique, alternance entre pilastres jumelés et arcs, du palais du Belvédère de Bramante, elle est aujourd’hui contestée. L’originalité est que chacune des loges est indépendante, elles ne communiquent pas entre elles. Le but est, bien sûr, de pouvoir profiter, en hauteur, de la vue sur les splendides jardins italiens disparus au XIXe siècle, avec l’arrivée de la gare à Blois.

La façade sur cour est sans doute essentielle dans l’histoire de l’architecture de la Renaissance française. Il manque deux travées à cette aile, détruite par Gaston d’Orléans, pour y installer l’aile classique, ce qui déséquilibre un peu l’ensemble. A l’origine, l’escalier d’honneur était au centre de l’aile, ce qui n’est plus le cas.

Façade François Ier, avec le célèbre escalier

Nous voyons bien que nous sommes à une période de recherche et de changements d’idées, car il existe des traces de modifications liées à la construction. L’ornementation est plus riche à droite de l’escalier qu’à gauche. Nous y retrouvons cependant ce qui deviendra le classique de cette architecture, le quadrillage, créé par les pilastres, autour des croisées, confrontés aux moulures horizontales, entre les étages. Ce quadrillage doit mener le regard vers le haut, attirer par les lucarnes, richement sculptées. Pourtant, ici, on note une imposante corniche, qui gâche cette élévation, c’est là aussi le signe de choix curieux et encore expérimentaux pour la Renaissance. Elle s’interrompt d’ailleurs pas pour le gigantesque et célèbre escalier, elle le contourne.

Quadrillage de la façade, dû aux pilastres qui encadrent les fenêtres, ainsi que les moulures. Lucarnes, presque invisibles, à cause de la corniche.

Cet escalier d’honneur est le point d’orgue de la construction, la façade s’organise normalement autour de lui. Tout en conservant une grande tradition française (la vis hors-œuvre, comme à Chaumont par exemple, même plan, même taille), il est modernisé par un décor sculpté extraordinaire, emblèmes royaux, ornements italiens inspirés du répertoire antique (statues, balustres, candélabres…). Quant à connaître la responsabilité de Léonard de Vinci, dans cette œuvre, comme dans l’escalier de Chambord, elle n’est que conjecture, faute de preuves tangibles. Ceci ne remet pas en cause l’amitié qui lie les deux hommes dans ces années, puisque c’est bien François Ier qui fait venir Léonard en France en 1516, l’installe au Cloux (le Clos Lucé), le considère comme son père, jusqu’à la mort du génie à Amboise, en 1519. C’est d’ailleurs dans la chapelle du château d’Amboise que se trouve le tombeau de l’artiste.

Malgré sa célébrité, cette aile est tout de même peu occupée par François Ier, car dès son retour de captivité en Espagne(1526), il décide l’installation de la cour en Ile de France (vers 1528). Deux ans de captivité ont un peu perturbé la capitale et beaucoup de remous se font sentir à Paris. Le roi souhaite donc s’en rapprocher, s’installe donc dans les environs, Fontainebleau (dont les importantes transformations débutent), Saint-Germain-en-Laye, Rambouillet (ou le roi meurt le 31 Mars 1547).

L'escalier, vu du sol. Détais sculptés Emblêmes royaux de François Ier et de Claude de France

La distribution intérieure du château fut modifiée au XIXe siècle, lors des restaurations de Félix Duban. Nous les évoquerons lors du troisième et dernier article sur le château.

François Ier ne délaisse pourtant pas le Val de Loire après 1528, puisqu’il suit le chantier de Chambord, lancé en 1519 et Blois est depuis son accession au trône la « pouponnière » royale, où Claude de France mettra au monde sept enfants entre 1515 et 1524. Les enfants royaux sont élevés au château par la suite jusqu’à l’adolescence, et le roi vient souvent les voir. Cette tradition perdurera encore avec Catherine de Médicis.

Blois peut recevoir beaucoup de monde et ne s’en prive pas. Le roi y reçoit l’empereur Charles Quint en 1539 et organise de grands bals jusqu’en 1547. C’est d’ailleurs lors de l’un d’eux, en 1545, que Pierre de Ronsard rencontre Cassandre Salviati, fille d’un influent banquier italien, propriétaire du château voisin de Talcy, où Ronsard séjourna et y composa des vers désormais célèbre (v. article sur Talcy).

Les fêtes continuent sous Henri II, ou le roi et Catherine de Médicis rendent visite à leurs nombreux enfants. Le très court règne de François II et Marie Stuart (1559/1560) se déroule essentiellement à Blois. Mais c’est à ce moment que les tensions entre catholiques et protestants poussent le couple à se réfugier à Amboise, puis à Fontainebleau, mieux protégés.

La Régente Catherine de Médicis, pendant la minorité de Charles IX, multiplie les chasses et les fêtes en Val de Loire, à Chenonceau et Blois (v. article), dans les années 1560. En 1571, l’amiral de Coligny reçoit à Blois, en grande pompe le jeune roi et la Régente et un traité avec l’Angleterre y est signé l’année suivante. Charles IX fait d’ailleurs édifier le « Logis Neuf », à l’angle du jardin du roi et Catherine ordonne l’érection sur la cour d’une galerie d’arcades d’ordre dorique pour faciliter les circulations depuis l’escalier François Ier, le long du logis royal. Tout ceci disparut, entre les constructions de Gaston d’Orléans et les restaurations de Duban.

Axe de l'escalier

C’est encore dans ce château que le roi Henri III, dernier fils de Catherine à régner, réunit les Etats généraux en 1576, en conséquence de sa réconciliation forcée avec son frère François d’Alençon. C’est lors de cette réunion que la France adhère à la Sainte Ligue, fraîchement constituée. Ces mêmes Etats généraux sont à nouveau convoqués en octobre 1588, alors que la puissance des ultra-catholiques, notamment les Guise, est à son comble, prêts à faire vaciller le roi. Ceci aboutit d’ailleurs à l’assassinat du Duc de Guise le 23 décembre dans la chambre d’Henri III au château (nous y reviendrons prochainement), peu avant la mort de la Reine Mère, Catherine de Médicis, le 5 janvier 1589, toujours à Blois. La dynastie des Valois prend fin quelques mois plus tard, le 1er août 1589, lorsque Jacques Clément assassine le roi Henri III.

Cela correspond avec la fin indéniable d’une grande époque pour le château et la ville de Blois. A croire que le destin du château était intimement lié à la dynastie des Valois-Angoulême. Car, même si d’autres évènements intéressants vont se dérouler autour de ce château aux XVIIe et XIXe siècle, le siècle de la Renaissance reste sans aucun doute l’âge d’or du château.

Vue d'ensemble

A suivre : Blois, de Gaston d’Orléans à Félix Duban, visiter le château aujourd’hui.

Site du château de Blois (nouveauté 2008) : chateaudeblois.fr

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Le chevalier Dauphinois du moyen age 03/02/2007 10:20

Comment !..qu'apprend je !
Le moyen age eu une fin, et la période se nomme Renaissance !
Mais qu'est ce donc ces fenetres sans archère, ces tours sans breteche..... mais comment défend on un tel chateau ?
..Mais.... est vrai... il n'y a plus de chateaut fort à attaquer ?........
Le vieux chevalier de l'an 1300 est tout surpris..... (hihihi, j'adore faire le naif et le rustre médiéviste !)
...........
Messire, je me suis délecté de votre article...... Il va me falloir prendre quelques jours pour aller redécouvrir ces si beaux chateaux (pas cassés).

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